Nous avons la possibilité de faire, pour le premier tour, un choix positif. Nous n’allons pas nous en priver.

Lors du 31ème congrès de la Nouvelle Action royaliste, nous avons analysé une nouvelle fois la situation, examiné la stratégie des candidats, rappelé et précisé les propositions que nous faisons depuis des années pour le salut de la République et pour assurer l’avenir de notre nation dans une Europe redéfinie, redessinée et réorientée. Ces projets, nous les formulons sans prétention, assurés que nous sommes de partager avec d’autres amis, camarades et compagnons, maints projets inspirés par un authentique souci politique.

Au cours de cette campagne, nous sommes restés incrédules devant les catalogues de promesses présentés par Nicolas Sarkozy et François Hollande. Trop de formules parfaitement équilibrées par les services de communication. Trop de clientèles électorales minutieusement ciblées. Trop de souvenirs des campagnes passées, au cours desquelles les oligarques lisaient des discours oubliés dès leur accession au pouvoir. En 1997, Lionel Jospin nous a menti. En 2002, Jacques Chirac nous a menti. Pendant cinq ans Nicolas Sarkozy a mis en œuvre une politique ultralibérale après avoir fait croire qu’il était un patriote volontariste et novateur. Et puis, autour du candidat sortant, trop de scandales dont la chronique, depuis des mois, vient démentir les discours sur les valeurs

Plus grave encore que les mensonges de la démagogie communicationnelle : l’effacement de la Constitution. La plupart des promesses faites sont celles de chefs de parti, candidats au poste de Premier ministre et exposant un projet de gouvernement. Les directeurs de l’opinion publique auraient pu rappeler à Nicolas Sarkozy et à François Hollande que nous sommes dans un régime parlementaire et que tout programme politique suppose le soutien d’une majorité stable de députés. Le candidat socialiste pourrait répondre que le mouvement qui le portera peut-être à l’Elysée se prolongera aux élections législatives – sans que le Premier ministre qu’il nommerait puisse être assuré d’une majorité homogène. La victoire inattendue de Nicolas Sarkozy peut au contraire provoquer une vive réaction, qui donnerait aux socialistes et à leurs alliés la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Que ferait alors l’autocrate privé de ses moyens ? Sur cette question décisive, les Français sont tenus dans l’ignorance.

Autre effacement : la crise de la zone euro. Elle n’existe pas dans les discours de Nicolas Sarkozy et de François Hollande qui s’échinent tous deux à montrer comment ils rétabliront l’équilibre budgétaire – tâche impossible fixée au nom d’une doctrine imbécile. Pourtant, les informations publiées avec parcimonie dans la grande presse montrent que la crise s’aggrave en Grèce, au Portugal, en Espagne et en Italie (1). Le président des riches ment lorsqu’il affirme que la crise est terminée. Le candidat socialiste est pour le moins insuffisant lorsqu’il annonce la renégociation du traité du 9 décembre qui aurait pour seul objectif une déclaration sur la croissance.

Il nous fallait donc choisir parmi d’autres candidats, non par tactique, mais selon nos convictions. François Bayrou s’est fait le chantre d’une extrême rigueur budgétaire qui aggraverait la logique de récession. Après avoir maladroitement tenté de répéter les arguments contre le libre-échange et la monnaie unique, Marine Le Pen a repris le discours de guerre civile qui répond au vœu des islamistes qu’elle prétend combattre : créer en France une division ethnoculturelle permettant de construire des identités haineuses. Jean-Luc Mélenchon appelle à une bien étrange révolution, qui se ferait dans la zone euro et en régime de libre échange !

Nous avons donc décidé d’appeler à voter pour Nicolas Dupont-Aignan. Nous avons des différences de points de vue et nous restons en amical débat. Mais nous constatons que le candidat gaulliste milite comme nous pour que la France sorte de l’euro, rompe avec le libre-échange et quitte l’OTAN. Son projet, conforme à la mission du président de la République, est d’assurer l’indépendance de la nation. Avec lui, nous sommes pour la France libre.

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(1)Voir l’article de Jacques Sapir : http://www.marianne2.fr/Europe-les-traders-siffleront-bientot-la-fin-de-la-recre_a216822.html

Editorial du numéro 1011 de « Royaliste » – 8 avril 2012