En hommage à Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay, François Hollande a lu le discours du président de la République.

Un discours de bonne et parfois belle facture. Une évocation juste de ces hommes et de ces femmes exemplaires : « Quatre grandes Françaises et Français qui incarnent l’esprit de la Résistance, l’esprit de résistance. » Une définition exacte de ce qui les unit : le patriotisme qui donne sens à leur courage. La nation retiendra que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay ont été honorés, en son nom, par le chef de l’Etat, président de la République. C’est là l’essentiel.

Le discours du 27 mai avait aussi valeur de message à l’intention des Français. Patrie. République. Engagement. Courage. Liberté… Tous les mots sont là, manifestement destinés à unir les esprits et à mobiliser les énergies. Nous sommes dans la parole symbolique, concrètement incarnée par celles et ceux qui vont entrer dans « le monument de notre mémoire nationale ». Il faut acquiescer, fermement. Le président de la République s’adresse à la collectivité nationale et à chacun de ses citoyens. Nous devrions nous sentir respectés et incités à dépasser nos querelles et pourtant, passé le temps de la cérémonie, il y a malaise.

Ce malaise, qui grandit au fil des relectures, tient à l’opposition entre l’homme et la fonction. François Hollande lit le discours du président de la République mais le discours du président de la République est étranger à la pensée et aux actes de François Hollande. France déclarée coupable des crimes commis par l’Occupant et ses complices. Destruction méthodique de l’œuvre économique et sociale de la Libération. Soumission aux Etats-Unis, à l’Allemagne, aux organes de l’Union européenne, au Patronat, aux banques… Perpétuation, après Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, d’un régime oligarchique qui est la négation de la République et qui a subverti la Constitution gaullienne. L’abandon de la souveraineté nationale, le mépris de la souveraineté populaire, la négation de la nation française par le fantasme européiste, l’incompréhension totale de ce qu’est et de ce que pourrait être l’Europe, c’est exactement le contraire de l’esprit de la Résistance et de l’esprit de résistance.

Il faut aussi revenir sur un passage du discours présidentiel qui nous concerne tout particulièrement : « Deux hommes, deux femmes, qui incarnent la Résistance. Pas toute la Résistance, la Résistance a tant de visages: des glorieux, des anonymes, ces soutiers de la gloire, ces soldats de l’ombre qui ont patiemment construit leurs réseaux. Ces partisans pour qui la défense de la patrie s’ajoutait à l’idéal qui les transcendait. Il y avait des Français, il y avait des étrangers qui étaient venus donner leur sang au sol qui les avait accueillis. La Résistance a tant de martyrs: des fusillés, des déportés, des torturés. Communistes, gaullistes, socialistes, radicaux et même royalistes. Ce qu’ils étaient hier, ils ne se le demandaient plus. Ce qu’ils voulaient être, c’est être tous compagnons de la même Libération. »

Cette vision de la Résistance est conforme à l’histoire, telle qu’elle est en train d’être faite par les historiens. Mais dans l’évocation des tendances politiques, le même est de trop quand il s’agit d’évoquer les royalistes. Nous nous méfions ici des pièges de la mémoire partisane – surtout quand il s’agit de la mémoire du royalisme. Aussi prenons-nous appui sur l’histoire dans ce qu’elle a de plus banalement attesté pour affirmer qu’il n’est pas pertinent de suggérer que l’engagement des royalistes dans la Résistance relève de l’incongru, de l’anomalie, de l’inattendu… Pendant la Première guerre mondiale, les royalistes ont combattu, à tous postes et à tous grades, comme les autres Français dans la même volonté de défendre le territoire national. Le monarchiste Lyautey, pour ne citer que lui, fut bon serviteur de l’Etat sous la 3ème République. Quant à l’engagement des royalistes dans la Résistance voici ce qu’en dit un historien reconnu : « Ce qui les anime, c’est un patriotisme sans concession et un sens de l’honneur dont la force de l’évidence ne se paie pas de mots » (1). Qu’on ne nous paie pas avec un « même ».

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(1) François Marcot, in Dictionnaire historique de la Résistance, article « Monarchistes », pages 899-900. Editions Robert Laffont, 2006.