La politique étrangère du Président de la République est bonne ; elle se situe dans la droite ligne du projet défini par le général de Gaulle, déclarait en substance le comte de Paris sur TF1 le 30 septembre.

La netteté du jugement peut surprendre. Le Prince serait-il devenu socialiste ou, du moins, aurait-il décidé de s’aligner sur le chef de l’Etat ? D’aucuns s’empresseront de le penser, confondant l’approbation et la complaisance, le soutien à une politique définie et l’adhésion à une idéologie supposée. Il est pourtant clair qu’il ne s’agit, en l’occurrence, ni du socialisme ni de la gauche puisque le Prince soulignait au cours de la même émission qu’il ne se situait dans aucun des deux camps : seule la France lui importe, et la politique qui est menée en son nom.

L’approbation exprimée par le comte de Paris est d’autant plus importante qu’elle intervient au moment où la France est présente sur deux théâtres d’opérations et doit maintenir une attitude très ferme en matière de défense. Or, depuis deux mois, des inquiétudes se sont manifestées, quant aux risques pris par la France et quant à la capacité de décision du chef de l’Etat. Rompant avec l’attitude prudente de l’opposition, M. Lecanuet a même déclaré, quelques jours avant l’ouverture du sommet franco-africain, que la France avait « perdu de son autorité » tandis que M. Daillet, de l’UDF également, dénonçait une « confusion de pensée », un « embarras dans le discours » et une « paralysie dans l’action sans précédent sous la Vème République ».

LIBERTE D’ACTION

Une analyse un tant soit peu attentive de la politique menée par le chef de l’Etat ne permet pas de souscrire à cette diatribe. Du message de Cancun aux déclarations publiées dans la presse française, du discours prononcé devant le Bundestag à celui de l’O.N.U., le Président de la République n’a cessé d’exprimer les mêmes principes : indépendance de la politique française, volonté de dépasser la logique des blocs, aide aux pays pauvres, défense de l’intégrité territoriale de chacun et action en faveur des droits de l’homme. Quant aux actions entreprises, elles ont montré que M.Mitterrand était à la fois une homme indépendant et déterminé.

L’indépendance du chef de l’Etat est manifeste. Pourtant, dans le conflit tchadien comme dans la crise libanaise, les pressions n’ont pas manqué. Au mois d’août, les Etats-Unis souhaitaient une confrontation directe entre la France et la Libye. Parallèlement, certains responsables de l’opposition dénonçaient les hésitations présidentielles et appelaient au combat contre un colonel Khadafi présenté abusivement comme un Hitler islamique. Le Président a su résister à ces pressions convergentes et s’est habilement démarqué des offres américaines de coopération. En refusant d’intervenir immédiatement, la France montrait qu’elle ne faisait que répondre à une agression extérieure perpétrée contre un pays ami et que, loin d’intervenir dans une querelle interne, elle ne songeait qu’à la défense de l’intégrité du Tchad. Le recul permet de constater qu’en traçant la fameuse ligne rouge, la France posait les conditions d’une négociation. Et M. Mitterrand se trouve aujourd’hui «dans la situation extraordinaire d’être accepté par toutes les parties comme médiateur alors qu’il a envoyé ses troupes sur le terrain» comme le soulignait le quotidien Libération à la veille du sommet de Vittel.

De même, dans la crise libanaise, le Président est demeuré entièrement libre à l’égard des groupes de pression maronite et syrien. A ce propos, il convient de souligner que la dénonciation rituelle du « pouvoir socialo-communiste » devient franchement ridicule. Qu’il s’agisse du Tchad, du Liban ou de la sécurité européenne, M. Marchais, son parti et les ministres communistes n’ont aucune influence. Le P.C. est au gouvernement, où il fait de la figuration intelligente. Il n’est certainement pas au pouvoir. Indépendant des partis, y compris du Parti socialiste, prenant seul ses responsabilités, le Président est en outre un homme qui sait faire passer ses sympathies personnelles (à l’égard des Etats-Unis, d’Israël, des socialistes allemands) après la défense des intérêts de son pays.

DETERMINATION

Quant à la détermination du chef de l’Etat, elle est évidente. Les hésitations présidentielles, qu’il nous est arrivé de regretter en politique intérieure, n’existent pas, ou plus, dans la conduite de la politique étrangère. Comme l’écrivait Michel Jobert à propos du Tchad, ce qu’on a appelé de l’hésitation « était plutôt de la détermination froide à attendre le moment et à ne céder à aucune pression ». Alors que son prédécesseur avait en décembre 1980, retiré les troupes françaises devant les Libyens, M. Mitterrand a arrêté les agresseurs sans que nous ayons à tirer un coup de feu. De même au Liban, dans une situation périlleuse, la France a refusé de prendre parti pour un camp et n’a agi militairement qu’à partir du moment où elle se trouvait en état de légitime défense. Là encore, l’attitude présidentielle est cohérente puisque la France est intervenue pour soutenir un pouvoir légitime, avec pour objectif le rétablissement de l’unité du pays c’est à dire le refus d’un partage entre « Russo-Syriens » et « Américano-Israéliens » comme le précisait récemment Claude Cheysson.

Ce refus de la logique des blocs est enfin clair en matière de défense. En juin dernier, la signature de la déclaration de Williamsburg sur la sécurité « indivisible » pouvait faire redouter une grave déviation. Il s’agissait seulement d’une…inadvertance, le Premier Ministre ayant précisé le 20 septembre que la France refusait toute extension de l’Alliance atlantique tandis que le Président réaffirmait, devant l’O.N.U., l’indépendance de la force nucléaire française.

L’action du Président de la République correspond donc aux intentions qu’il n’a cessé d’exprimer. Sans doute a-t-il pris des risques. Sans doute tout n’est-il pas accompli. Mais le projet diplomatique de la France existe et se développe conformément à la vocation de notre pays.

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Editorial du numéro 389 de « Royaliste » – 12 octobre 1983