La crise sanitaire a fait fleurir de bien beaux discours. Retour de l’État ? Retour de la nation ? Mais ils ne sont jamais partis ! Simplement, les élites du pouvoir, des affaires et des médias cultivent en temps ordinaire la fiction de la mondialisation et le mythe de l’intégration européenne. Mais quand tout va mal – qu’il s’agisse d’une crise financière comme en 2008 ou d’une pandémie – on demande l’aide de l’État et on appelle à la cohésion nationale.

Il y a douze ans, les élites avaient découvert les effets désastreux du capitalisme financier après avoir méprisé tous les avertissements. Cette année, les mêmes élites “découvrent” la grande misère des hôpitaux publics dont elles avaient été averties par de multiples grèves et manifestations – une grande misère qu’elles avaient elles-mêmes provoquée à coup de réductions de crédits. Et elles “découvrent” que la nation est dépendante de l’étranger pour les masques médicaux et pour des médicaments essentiels – comme si, là encore, les périls de la gestion en flux tendu et au moindre coût n’avaient jamais été dénoncés.

La conséquence de cet aveuglement volontaire, c’est la somme impressionnante d’improvisations, de ratages et de mensonges qui a tenu lieu de politique de lutte contre la pandémie. C’est aussi ce constat, fait par tout un peuple confiné : les arrogants gestionnaires de la “start up nation” ne savent même pas gérer !

Pour ne pas perdre la face, la “gouvernance” oligarchique a repris au début de la pandémie les mots et les propositions qu’elle n’avait cessé de dénoncer : indépendance nationale, souveraineté, relocalisations, nationalisations… On a même lu dans le quotidien de la bourgeoisie libérale une tribune favorable à la planification !

Attention cependant : un discours aux accents “souverainistes” n’annonce pas nécessairement la restauration d’un pouvoir politique pleinement souverain et la mise en œuvre d’une politique d’indépendance nationale. La France est toujours enfermée dans la zone euro, ruineuse pour son économie. Bruxelles annonce le retour à l’austérité sous prétexte de remboursement de la dette publique. Le Medef est à la manœuvre pour relancer la machinerie du capitalisme industriel et financier et tente déjà d’obtenir une nouvelle panoplie de mesures anti-sociales.

Il faut bien entendu un programme de lutte contre la crise sanitaire, qui n’est pas terminée, contre la crise économique, qui ne fait que commencer, contre la crise sociale qui s’aggrave, contre la crise financière qui menace. Les reports de charges, les prêts garantis, les primes et secours exceptionnels apportent un soulagement mais ne permettent pas de sauver l’économie française ni de réduire les fractures sociales et territoriales.

Pour affronter les multiples crises, pour mettre en œuvre un nouveau développement, la politique de la nation doit être en tous points cohérente.

Pas d’exercice cohérent de la souveraineté sans monnaie nationale, sans protection de notre économie, sans budget affranchi des contraintes bruxelloises.

Pas de stratégie anti-crise sans nationalisation du crédit et des secteurs -clés de l’économie.

Pas de développement sans l’abandon du productivisme et la planification de la transition écologique.

Pas de démocratie sans participation des citoyens à la mise en œuvre de la planification et à la gestion des entreprises.

Les diverses fractions de l’oligarchie sont incapables de concevoir un redressement et une réorientation de cette ampleur.

Il faudra que la nation se donne à nouveaux des représentants capables de donner à notre collectivité un avenir. C’est dans cette perspective que nous présentons, en deux documents successifs, les analyses et les propositions de la Nouvelle Action royaliste. Elles sont le fruit de réflexions et de débats menés depuis bientôt cinquante ans. Elles sont destinées à tous ceux qui tracent, aujourd’hui, les chemins de la renaissance.

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Article publié dans le numéro 1190 de « Royaliste » – mai 2020