Huit jours seulement avant sa signature fixée au 22 janvier 2019, a été annoncée la conclusion par la chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron d’un traité de coopération.

Cinquante-six ans après le traité de l’Élysée conclu par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle, celui-ci aura vu le jour à Aix-la-Chapelle, en Salle du Couronnement, haut-lieu du Saint Empire romain germanique. En porte-t-il l’empreinte ? Certes, on s’y attendait, la plupart des dispositions de l’Union européenne s’inspirant déjà de la tradition fédéraliste carolingienne dont, pour notre bonheur, s’émancipèrent nos Capétiens.

De là à cumuler tant de mesures litigieuses ou inopportunes, il y avait un pas – dont le public n’a pas eu l’heur de s’inquiéter, puisque le courant dominant médiatique en esquiva toute analyse pour se moquer de quelques inquiétudes alsaciennes. A ceux qui l’ont depuis parcouru, le document apparaît comme incongru dans les actuelles circonstances comme à l’égard de l’Union européenne, et minant gravement la souveraineté de la France.

Incongru, quoiqu’en phase avec l’attitude des trois derniers présidents de la République vis-à-vis de la chancelière allemande. Les démonstrations fusionnelles de Sarkozy engendrant Merkozy, ce monstre composite, Hollande, qui se fit bon élève de la dame sans rien en apprendre, enfin l’actuel, répandu en « câlins » de complaisance. Si bien que le traité a l’air de consacrer la France chouchou de sa cousine germaine, excusant le jeune homme de faire bande à part avec elle dans une Europe d’autant plus impérieuse qu’elle est en voie de délitement.

De ce traité, on ignore à qui il profitera le plus. A la Chancelière qui, faible à l’intérieur, joue son va-tout en puissante relance économique et vaste recrutement de main-d’œuvre étrangère sur fond d’appétit de conquête étendue politiquement à l’international ? Ou au président français, pour faire diversion de la jacquerie que lui-même et sa caste peinent à juguler sous un tir croisé de balles de défense et de débats en réalité augmentée ? Montrer que « pendant les soldes » de la citoyenneté et les raouts versaillais, les affaires sérieuses continuent…

Aux relations européennes, le traité n’ajoute pour commencer que des doublons. Une bénédiction urbi et orbi à la mondialisation des échanges (modèle CETA !), et à la « convergence des économies et des modèles sociaux ». A quand l’importation de Gilets jaunes en RFA ? Confirmation de notre co-appartenance obligée à l’OTAN, avec incitation à fusionner nos moyens militaires pour agir « en faveur d’une politique étrangère et de sécurité commune » (et partage de notre dissuasion nucléaire ?).

Or voilà ces moyens étendus à « la sécurité extérieure et intérieure ». La police allemande sécurisant l’avenue Kléber contre les « casseurs » réveillera de pieux souvenirs… Est convenue une « approche commune en matière d’exportation d’armements », et même « une unité commune en vue d’opérations de stabilisation dans des pays tiers ». Nous irons donc ensemble rétablir l’ordre en Grèce, en Italie… profiter du soleil ? Quelle belle perspective ouvre ici l’amitié franco-allemande !

Pour finir, est écrit : « L’admission de la RFA en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies est une priorité de la diplomatie allemande ». A la bonne heure ! Mais que vient faire cette noble ambition dans un traité franco-allemand, sinon en faire aussi la priorité de la diplomatie française ?

Passons sur d’autres « convergences » du même tonneau pour relever la plus succulente …encore étrangère au droit européen officiel, mais l’amour excuse tout ! Il s’agit de créer des « zones économiques franco-allemandes » avec « harmonisation bilatérale de leurs législations, notamment dans le domaine du droit des affaires ». Nous voilà libérés des entraves même de Bruxelles, naviguant en poissons-pilotes dans un archipel de provinces transfrontalières revisitées à la luxembourgeoise, paradis junckeriens fiscalement enivrés d’exterritorialité !

On voit qu’il y a là matière à discuter. Non seulement l’insouciance des partenaires à l’égard du droit existant, mais surtout le mépris du signataire français pour la souveraineté nationale sans laquelle il n’est pas de politique du bien commun.

Luc de GOUSTINE

Editorial du numéro 1160 de « Royaliste » – 2019