Je suis heureux de publier les réflexions de Raoul Gaillard, qui anime depuis de nombreuses années, les débats des « Mercredis de la Nouvelle Action royaliste ».

La prestation de mademoiselle Greta Thunberg le 23 juillet 2019 devant la représentation nationale, le jour même où était voté le CETA symbolise bien l’incohérence de toutes ces approches écologiques prédictives.

Il s’agit d’une mise en scène hautement médiatisée, exploitant tous les ressorts de l’émotion et gravement infantilisante. Sérieusement, on ne peut prédire des événements que s’il y a peu de facteurs en jeux. Cette culpabilisation des populations, qui subissent les conséquences de choix économiques sur lesquels elles n’ont que peu de responsabilités, au profit d’intérêts privés, mérite que l’on s’attarde un peu sur la notion de progrès et du bien-être qu’il est supposé apporter. Chaque jour, quelques soient les médias et quelques soient les sujets, nous sommes manipulés par l’évidence incontestable du « réchauffement climatique ». Une telle unanimité, pour commenter chaque événement, chaque fait divers, devrait inciter à une réflexion critique du citoyen pour démêler ce qui relève d’une réalité objective, mesurable et quantifiable, de ce qu’impose une mode et peut être de la convergence d’intérêts partisans. On voit bien que l’on est sorti du champ scientifique, qui repose sur le « doute raisonnable », pour entrer dans le domaine religieux. Ce matraquage médiatique évacue des enjeux politiques, les choix de société, inhibe le sens critique et ne respecte plus la liberté de penser : comment peut-on aujourd’hui contester ces certitudes sans être ostracisé ? Concernant un astre du système solaire il ne peut pas y avoir de notion de danger ou de non-danger. Notre Terre est un élément d’un vaste ensemble céleste soumis à des lois physiques, c’est aussi un corps dynamique en perpétuelle transformation, qui est soumis à ses propres mouvements internes, sur lesquels l’activité humaine n’a aucune influence aux échelles considérées.

« Notre Planète est en danger » est donc une affirmation irrationnelle et inadaptée d’une réalité bien plus complexe et que masque cette approche dogmatique. La vie sur Terre n’est pas non plus en danger, si on veut bien inclure dans cette notion, l’existence d’un système écologique global, auto-entretenu et en perpétuelles adaptations aux évolutions du milieu, qui intègre tous les êtres vivants (des bactéries à l’Homme) et les interrelations qui les lient entre eux, dans le temps long. Ce qui pourrait par contre bien être en danger, ce sont les sociétés humaines par les modes de production, les relations économiques et commerciales, politiques, sociales et culturelles qui se sont imposées à l’ensemble des civilisations, principalement depuis le début de l’ère industrielle.  Schématiquement, on pourrait avancer que la révolution industrielle, qui détermine de nouveaux équilibres géopolitiques et sociaux, est née en Europe et aux Etats-Unis par accumulation du capital et par la rationalisation de la production marchande. Cela a eu pour conséquence de bouleverser en profondeur les équilibres traditionnels, les rapports sociaux, les représentations morales et imaginaires, les organisations politiques, en se substituant aux structures existantes dans toutes les sociétés, y compris celles qui étaient restées à un stade tribal ou féodale. Aujourd’hui cette transformation qui a débuté au 19éme siècle est accomplie. Elle paraît irréversible à court ou moyen terme. Comment une telle révolution a pu se produire, aussi massivement et aussi rapidement, en balayant toutes les résistances, toutes les oppositions et toutes les cultures ancestrales sur la planète entière ?

Cela tient à l’essence même et à la structure du capitalisme. Contrairement aux sociétés qui l’on précédé, le capital n’achète pas l’objet de son travail au producteur, mais rémunère au plus bas coût possible sa force de travail. Le capital n’a pas besoin d’une condition servile à faible rendement, mais de travailleurs libres qui « vendent » leurs compétences sur un marché du travail concurrentiel et ouvert. L’initiative individuelle (plus de corporatisme), la concurrence libre et non faussée (plus de privilèges ou de situation de rente), la disparition de barrières de péage (plus d’octroi ni de douane), la rationalisation de la production (plus de préjugés ou de superstitions), apportent aux populations une formidable impression de liberté. « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne » : la formule de François Guizot, toujours d’actualité, reflète bien ce que l’essor du capitalisme offre comme mode de développement humain : l’émergence d’une importante classe moyenne instruite, qui bénéficie des bienfaits de la production et qui s’enrichit pour atteindre une qualité de vie jamais égalée tout au long de l’histoire humaine. Tout va donc pour le mieux dans le « Meilleur des mondes » (Aldous Huxley) ! Le système porte pourtant en lui des nuages qui obscurcissent quelque peu le ciel de sa réussite. Tout d’abord la dévalorisation des patrimoines inaliénables de l’Humanité qui ne sont pas « marchandisables », tels que la langue, la spiritualité, les valeurs morales ou religieuses, les lieux sacrés, le terroir, les œuvres d’art (sauf si elles sont spéculatives), les monuments, la gastronomie, etc. Le développement capitaliste basé sur la rationalité, la standardisation et l’homogénéisation de la production ne s’encombrent pas la de diversité culturelle des sociétés, ou des valeurs immatérielles (sauf si elles peuvent être exploitées comme marchandises), mais seulement de rentabilité. « Le marché n’a pas de morale, c’est sa dynamique » (Mathieu Detchessahar – Éditions du Cerf).

Le mouvement ouvrier ainsi que des forces sociales progressistes vont lutter contre les violences du système en proposant une culture et des lieux de solidarité du « vivre ensemble » qui se concrétisent, dans les pays développés, par l’émergence de droits sociaux et de services publics performants. « Les services publics sont au fond la seule richesse des pauvres dans les pays privilégiés » (Noam Chomsky). L’autre point sombre du système, peut-être le plus grave à long terme, est la concurrence libre et non faussée. Cela veut dire que chaque producteur est en concurrence acharnée et permanente, (et non pas en solidarité), avec tous les autres producteurs. Dans un premier temps cela est un formidable facteur d’émulation et de rentabilité. Cela optimise l’utilisation de l’énergie, des matières premières et la mise en œuvre des moyens de transformation. Mais cela conduit inévitablement à la saturation du marché, avec comme conséquence la recherche permanente de nouveaux débouchés, dans un univers par définition fini. Il faut donc créer de nouveaux besoins pour alimenter le marché, quelques soient les coûts économiques, écologiques ou humains. Autre conséquence souvent ignorée ou minimisée, est la baisse constante du « taux de profit » c’est-à-dire du rendement du capital comparé au profit de l’investisseur. Ce qui importe à l’actionnaire (individuel ou institutionnel – les fonds spéculatifs par exemple) qui place son capital dans une entreprise ou un service par l’intermédiaire du marché, c’est d’obtenir le meilleur rendement du capital immobilisé. Une entreprise qui fait un bon bénéfice avec des collaborateurs protégés par des droits sociaux, en offrant un bon produit sur un marché ouvert, va se voir disqualifiée au bénéfice d’une concurrence qui offrira un meilleur rendement à l’actionnaire au détriment des salaires et de la qualité de la marchandise. C’est le mécanisme des délocalisations ou de l’achat à effet de levier (LBO en anglais) avec inévitablement la destruction d’emplois salariés, la désintégration du tissu social et des services publics, dans les régions impactées. Quand le marché arrive à saturation, on assiste à des crises plus ou moins violentes qui entraînent la dégradation de la condition salariale (« Ubérisation », réduction ou destruction des droits sociaux, chômage), la surexploitation des matières premières et la surconsommation d’énergie.

Autre conséquence de l’ultralibéralisme des années quatre-vingt, les règles du marché boursier qui permettaient de « réguler » la valeur réelle des entreprises et qui garantissait une séparation prudentielle entre les acteurs, a ont été supprimés au profit des banques en faisant sauter tous les verrous de sécurité (en France réforme de 1989). Actuellement ce sont des robots qui animent la cote à plus de 60 %, ce qui parasite l’estimation de la valeur fondamentale de l’économie, qui devient de plus en plus artificielle et fragile (voir les GAFAS). Nous y sommes. Ces situations ont pour conséquences de générer des luttes plus ou moins visibles, plus ou moins organisées entre capital et populations (Gilets jaunes). La classe ouvrière qui fut une des composantes essentielles des luttes sociales aux 19éme et 20éme siècle avec l’émergence du syndicalisme a été profondément affectée depuis les années quatre-vingt, par la réorganisation de la production, les délocalisations et les nouvelles méthodes de management qui induisent « Une nouvelle souffrance au travail » Christophe Dejours.

C’est le tournant des années quatre-vingt de l’ultralibéralisme, qui se caractérise par une prise de contrôle des médias, de l’enseignement supérieur et des organismes de l’Etat (pantouflage). Le Capital s’organise pour imposer ses règles et défendre ses intérêts à court terme. Le lobbyisme comme moyen d’influence s’est imposé, très souvent dans le secret, toujours au mépris de la démocratie. « Un lobby, ou groupe d’intérêt, groupe de pression, groupe d’influence, est un groupe de personnes créé pour promouvoir et défendre des intérêts privés en exerçant des pressions ou une influence sur des personnes ou des institutions publiques détentrices de pouvoir. Ces actions, menées par des représentants d’intérêts, sont le lobbying, qui consiste à procéder à des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l’élaboration, l’application ou l’interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics » (Franck Farnel, « Stratégies et tactiques de lobbying », publié en 1994). Par exemple, le rôle d’un lobby sera « d’infléchir une norme, d’en créer une nouvelle ou de supprimer des dispositions existantes » (Gilles Lamarque, « Le Lobbying », PUF, Que sais-je). Ces méthodes de gestions du « Bien public », au profit des intérêts privés de grands groupe internationaux, en plus d’éloigner le citoyen des décisions (secret des négociants des traités de libre échange) ignorent les stratégies de développement à long terme, ainsi que les besoins vitaux de l’Humanité, tel que gestion durable des ressources (et en particulier des ressources alimentaires), de l’énergie, de l’eau, de la santé publique, de l’éducation, etc. L’ensemble de ces traités nivellent par le bas des normes sociales, sanitaires et environnementales et contraignent les Etats par la mise en place de tribunaux d’arbitrage privés. Le Marché sans contrainte et sans règle (la concurrence libre et non faussée) se substitue à une organisation démocratique de l’intérêt public, tout en conditionnant l’opinion dans le sens de ses intérêts immédiats. Le temps que l’on culpabilise les populations sur le réchauffement climatique à venir « chacun peut faire quelque chose pour sauver la planète », les Etats s’affranchissent de leurs responsabilités.

La mondialisation des échanges ne date pas de l’époque moderne, cela a toujours existé. La différence structurelle est que ces échanges obéissaient à une loi de la pénurie : j’achète ce que je n’ai pas et en échange j’offre à l’autre ce qu’il ne possède pas. L’ultra libéralisme agit comme un prédateur. J’interviens sur un marché ouvert et sans règle avec l’objectif d’y détruire la concurrence pour s’accaparer de nouveaux marchés, au profit du « mieux disant », sans aucune contrainte écologique, de droits sociaux ou de respect de structures existantes. Dans les pays développés cela permet dans un premier temps d’offrir des marchandises « bon marché » produites dans des pays « à bas coût » (ce qui veut dire misère et surexploitation des salariés), en éliminant des producteurs locaux traditionnels. Cela permet également d’imposer une pression sur les salaires et conduit à l’assistanat des classes « d’en bas » laissées pour compte. Pour éviter que la machine économique se bloque, on ouvre largement l’accès au crédit, sans assurance de solvabilité. C’est la crise de 2007 à 2011 des  » subprimes », dont la facture a été réglée par les classes moyennes, « pour sauver » le système bancaire. Si le réchauffement climatique est la catastrophe annoncée que nous « laisserons demain à nos enfants », la pollution sociale et les pollutions environnementales engendrées par la recherche du profit et le libre échange sans contrainte, sont bien elles d’actualité et cela depuis la seconde guerre mondiale, aggravées par le tournant de l’ultra libéral des années quatre-vingt. Le débat sur le climat s’est muté en combat « religieux » (Didier Raoult – « Arrêtons d’avoir peur ! »). Le doute et le scepticisme sont les bases de la science et de la recherche. Le débat sur le réchauffement climatique est sorti du champ scientifique pour entrer dans le champ émotionnel. Par ailleurs le financement massif de la recherche, des chercheurs et des publications spécialisées par des intérêts privés constitue un vrai problème scientifique et démocratique au même titre que le lobbyisme. Autre sujet, l’accroissement des populations humaines (au détour des années 2050) « qu’il faudra bien nourrir ». Là aussi les prévisions d’accroissement de la population ne reposent que sur des modélisations. Les modèles mathématiques utilisés pour prédire le nombre d’habitants ou le changement du climat à échéance donnée, sont l’équivalent des prophéties antiques. Ils ne peuvent pas prédire l’avenir, tout simplement parce que les « facteurs humains » et les écosystèmes sont top complexes. Ils ne prennent pas en compte les événements chaotiques, de nombreux paramètres nous échappent ou ne sont même pas intégrés dans les modèles. Par exemple, depuis la fin de la « Guerre froide », le monde est devenu bien plus dangereux. « L’ordre du monde s’est affaibli », relève le général Vincent Desportes, professeur de stratégie à Sciences Po et HEC. « Aujourd’hui, on sort complètement de la période de désarmement pour entrer dans un espace de réarmement nucléaire. » … « Tout conflit majeur entre grandes nations peut devenir un conflit nucléaire » (Europe 1 le 6 août 2019). De nouveaux Etats se sont dotés de l’arme nucléaire, avec des vecteurs permettant de délivrer le feu nucléaire sur l’ensemble de la planète. La doctrine nucléaire américaine de la « riposte graduée » entraînera inévitablement l’escalade (doctrine française). Cela veut dire que, outre la destruction de populations, des écosystèmes seront perturbés et impropres à la consommation pour des périodes imprévisibles. Un conflit nucléaire, même régional, pourrait déclencher une famine nucléaire perturbant durablement les agro systèmes (1). Lorsque l’on aborde le sujet de la nutrition des populations humaines, on néglige trop souvent « les besoins associés ». Chaque humain après avoir satisfait sa faim, « réclamera » légitimement des besoins culturels associés : accès à un habitat confortable, à la mobilité, aux loisirs, etc.

Ces besoins sont également consommateurs de matières premières et d’énergie. « Nourrir l’Humanité » ne consiste donc pas seulement à fournir de la nourriture. L’ensemble de nos besoins génère des déchets à l’échelle de la planète, pour lesquels actuellement les solutions (exportation vers les pays en voie de développement et à bas coût de main d’œuvre – recyclage des supports des énergies renouvelables) ne sont pas ou prévus ou adaptées. La gestion des pollutions est un sujet immédiat et majeur. La recherche du profit, de la libre concurrence ainsi que l’affaiblissement de l’autorité des Etats dans leur mission régalienne de préserver le bien public sont des préoccupations contemporaines qui nécessiteraient une information objective des populations et un renforcement de l’éducation des jeunes, si on ne veut pas que nos sociétés continuent à se faire manipuler et infantiliser par des intellectuels et des politiques ignorants ou malveillants. Connaître l’histoire, maîtriser les sciences humaines dans leurs contradictions et leur complexité, avoir une vraie culture scientifique, c’est-à-dire : apprendre à abandonner nos certitudes, s’éloigner des dogmes ou des modes, douter, développer notre sens critique, accepter notre ignorance. De tout temps l’Homme a souhaité connaître l’avenir et accéder à l’immortalité. Dans l’Antiquité, les fléaux étaient l’expression de colères divines pour punir les hommes de leurs péchés. Récit du Déluge, plaies de l’Egypte, etc. Aujourd’hui les prévisions alarmistes sur le climat, la surpopulation, la disparition de la biodiversité, etc., sont des réponses modernes à nos angoisses existentielles. L’évolution des espèces s’est faite par une alternance de catastrophes qui ont réduit la biodiversité et des phases de créativité. L’Homme imprime sa marque expansionniste sur terre, il connaîtra des phases de régression, comme tous les vivants. Les scientifiques ne peuvent pas se cloisonner dans leur domaine de compétence. Ils doivent s’impliquer comme citoyens dans le débat politique. L’écologie punitive ou culpabilisante n’a pas d’avenir, c’est un mépris de l’intelligence humaine. C’est aussi une méthode pour ne pas remettre en cause les responsabilités, en détournant le regard du champ politique. Le libre échange est écologiquement destructeur (2). L’ultralibéralisme ne peut pas répondre aux besoins modernes de l’Humanité, c’est même devenu un danger. La démocratie et l’éducation sont les seules voies permettant aux populations de reprendre le contrôle des médias de l’information (propriétés de capitaux privés) et d’exiger que l’Etat s’impose comme garant du bien public.

Raoul GAILLARD

(1) Les agro systèmes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Famine_nucl%C3%A9aire

(2) Transport maritime de marchandises voir : http://www.vedura.fr/environnement/transports/transportmaritime