Faire comme les Allemands ! Tel est le mot d’ordre à l’Elysée, à Matignon et à Bruxelles. L’injonction est stupide mais on y trouvera prétexte à pressurer les salariés français.

L’Allemagne, c’est le pays qui nous en met plein la vue. En 2010, 3,5% de croissance, moins de trois millions de chômeurs, un déficit budgétaire qui sera cette année dans la norme (moins de 3%) grâce à une politique industrielle dynamique.

Sans aller chercher plus loin, la Commission a érigé l’Allemagne en modèle et trouvé du même coup le chemin d’une sortie de crise qui se fait attendre : appliquer partout la recette berlinoise ! Ce qui nous donne un plan d’action pour une « politique industrielle de l’Europe aux temps de la globalisation » axée sur le soutien aux petites et moyennes entreprises. Leur compétitivité retrouvée leur permettra d’exporter et d’enclencher ainsi un cycle vertueux…

A Paris, déjà aligné sur Berlin dans le domaine monétaire et financier, on croit dur comme fer qu’il faut imiter « nos amis allemands ». On ne se demande pas comment des pays qui commercent entre eux pourraient tous devenir exportateurs les uns contre les autres. On ne comprend pas non plus les causes du dynamisme industriel allemand :

1/ Déficitaire avec les pays émergents, l’Allemagne réalise son excédent commercial (103 milliards d’euros sur un total de 116 milliards) sur six grands pays européens (France, Royaume-Uni, Autriche, Belgique, Espagne, Italie) et plus précisément sur la France, l’Espagne et l’Italie (+ 51 milliards).

2/ L’Allemagne est en déficit vis-à-vis de la République Tchèque, de la Slovaquie et de la Hongrie, trois pays qui ne sont pas connus pour leur dynamisme. Cette anomalie s’explique tout simplement par la stratégie industrielle allemande, qui a délocalisé une grande partie de son industrie en Europe centrale et qui se contente d’assembler sur son territoire ce qui est fabriqué chez ses voisins – d’où une économie sur les coûts de fabrication.

3/ Cet avantage compétitif est accru par la politique de compression des salaires qui frappe les travailleurs allemands (1).

Ce « modèle » économique n’a pas d’avenir pour deux raisons principales : l’Allemagne se désindustrialise ; l’explosion prévisible de la zone euro exposera notre voisin à des dévaluations compétitives qui réduiront rapidement ses exportations. Et n’oublions pas que la finance allemande est aussi fragile que celle des autres pays européens…

A Paris, on s’abuse ou on nous abuse sur le faux modèle allemand mais il y a risque qu’on l’invoque pour réduire encore les « coûts salariaux » et la protection sociale.

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(1) Pour une analyse complète, cf. l’étude de Jacques Sapir publiée sur le blog de Bertrand Renouvin :http://www.bertrand-renouvin.fr/?p=2708

 

Article publié dans le numéro 983 de « Royaliste » – 2011