Une comparaison insoutenable entre le sort des Juifs sous l’occupation allemande et les conditions de survie des sans-papiers à Calais a masqué la réalité du scandale dénoncé par le film « Welcome ».

Non, il ne fallait pas, il ne faut jamais comparer les techniques d’arrestation, d’internement et d’expulsions des sans-papiers d’aujourd’hui et l’ensemble du processus mis en œuvre en vue de la Solution finale. Il n’y a pas de camps de concentration et d’extermination en France, les CRS ne sont pas des SS, ceux qui viennent en aide aux migrants ne risquent pas d’être déportés. Les propos excessifs de Philippe Lioret, réalisateur de « Welcome », ont par ailleurs permis à Eric Besson, nouveau ministre de l’immigration, de se livrer à un exercice d’indignation qui, venant de lui, était parfaitement obscène.

Pour évoquer le scandale qui se déroule à Calais, il suffit de décrire ce qui se passe quotidiennement. Lorsqu’on voit «Welcome », lorsqu’on écoute les témoignages des militants associatifs, lorsqu’on regarde les reportages publiés sur le site « Arrêt sur images » (1), on mesure l’exacte portée des décisions prises par Nicolas Sarkozy et par les ministres qui les exécutent.

Lorsque le centre de Sangatte a été fermé, nous avions écrit que la technique choisie était celle de la ventilation : on ne résout pas le problème, on disperse à tous vents ses éléments constitutifs afin qu’ils disparaissent de la scène médiatique. C’est ce qui s’est effectivement produit : les migrants qui veulent aller en Angleterre se retrouvent toujours à Calais ; les clandestins ordinaires peuvent faire l’objet d’une mesure d’ « éloignement », mais ceux qui fuient un pays en guerre (Afghans, Irakiens, Soudanais) ne peuvent pas être expulsés. Dans l’émission de Daniel Schneidermann, le philosophe Michel Feher explique que, dans le cas de ces réfugiés, « les ordres de la hiérarchie sont des ordres d’invisibilisation. Il faut que ces gens se voient le moins possible. Il s’agit de les intimider pour qu’ils se fondent dans le paysage »… qui est proche de l’état de nature : les migrants vivent dehors, dorment dans des abris de fortune dans une zone où règnent la misère et la violence.

Cette technique de l’intimidation est utilisée à tous les niveaux : les ministres mettent la pression sur les préfets et les commissaires de police – les mous sont mutés – qui contraignent les fonctionnaires de base. Les militants associatifs qui servent des repas chauds aux migrants sont à leur tour harcelés. Salauds de flics ? Non ! La plupart ne supportent pas ce qu’on leur ordonne de faire. A Calais, dit un responsable syndical, « on a un taux de dépression nerveuse à la police aux frontières phénoménal, parce qu’il y a cette pression, ces quotas »…

C’est Nicolas Sarkozy et ses ministres qui devront rendre des comptes pour ce qu’ils ordonnent de faire.

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(1)http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1763

Article publié dans le numéro 944 de « Royaliste » – 2009