Depuis 1984, c’est toujours la même comédie. Le Front national s’affirme, progresse, conquiert. La Gauche et la Droite s’inquiètent, fustigent, condamnent. « La Bête immonde !». « Faire barrage ! ». « Front républicain » … ou pas. Des torrents d’éloquence pour en arriver, la fois suivante, à une nouvelle percée frontiste. On parie sur une rémission – cela est arrivé. On croit que les électeurs qui ont mal voté vont se reprendre après une nouvelle leçon de morale et l’administration d’éléments de langage bien choisis. Rien n’y fait. Deux raisons, ici maintes fois explicitées :

1/ La gauche et la droite constituent une oligarchie qui applique les préceptes de l’ultralibéralisme et qui s’en remet pour le reste à une modernité caractérisée par la dévaluation de toutes les valeurs. Insécurité économique, insécurité sociale et insécurité culturelle se cumulent. Comme remède, les oligarques promettent une croissance à 1% et se disputent sur les moyens d’y parvenir. Sous le carcan de la « monnaie unique », en régime de libre échange, rien d’autre à proposer que la flexibilité du marché du travail (à droite) ou le « sauvetage » a minima du modèle social (à gauche) sous le diktat de Berlin et Bruxelles.

2/ Le Front national est dans une opposition radicale qui lui permet de parler tous les langages et de faire toutes les promesses sans se soucier de ses contradictions : il est nationaliste et patriote, unitaire et identitaire, hostile à l’euro, à l’immigration, aux réfugiés, à l’islam… Marine Le Pen, dans la campagne présidentielle, tirera tout le parti possible de son aile gauche (Florian Philippot) et de son aile droite (Marion Maréchal-Le Pen) qui n’ont pas intérêt à lui faire d’histoires. Dans l’état actuel des forces politiques, rien ne peut arrêter sa progression électorale… vers une mise en échec qui peut prendre deux formes :

-  ou bien Marine Le Pen sera en permanence le repoussoir qui permettra à l’une des factions de l’oligarchie de se maintenir au pouvoir et elle sera débordée sur sa droite ;

-  ou bien elle sera portée à la présidence de la République en 2017 ou plutôt en 2022 et toutes les contradictions dont elle a profité se refermeront brutalement sur elle.

Il n’y a pas de fatalité en histoire. Encore faut-il que cette juste maxime inspire la décision d’en changer le cours.

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