Retour de flamme

Avec Régis Debray, reprenons les paroles nouvelles d’un vieux chant révolutionnaire : « Debout, les anciens de la terre ! » car ce sont eux qui ouvrent les portes de l’avenir.

Les anciens combattants de Mai 1968, qui sont maintenant à la retraite, peuvent se réjouir. S’ils n’ont pas fait la Révolution rouge ou noire, ils ont au moins laissé une trace idéologique qui n’est pas du même tonneau que la Pensée du Président Mao mais qui a durablement marqué les esprits : le jeunisme. Tout le monde connaît la chanson qui fait rimer jeune avec moderne, branché, vitesse, décomplexé et j’en passe. Le jeunisme intègre le bougisme – et vice versa – pour pulvériser tout ce qui est ringard, réactionnaire, moisi et dépassé. Exemple : être jeune, c’est croire au Marché, à la monnaie unique, aux acteurs culturels, aux deux Jacques (Séguéla et Attali), aux deux Alain (Minc et Touraine) et à aux valeurs boursières.

Courant sus au consensus, Régis Debray appelle à la mobilisation contre le jeunisme, désigné comme « l’ennemi numéro un des jeunes ». Défendrait-il les vieux, lui qui a pas mal de printemps au compteur ? Non point. Il existe, entre la vieille baderne et l’Ancien, une opposition que l’histoire établit sans conteste. La Révolution française, qui fut l’œuvre de jeunes gens (Saint-Just, Robespierre, le général Bonaparte) institua la Fête de la vieillesse. Et la Résistance, cette « armée de gamins et d’amateurs », ne s’est jamais définie comme un mouvement de jeunesse et n’a jamais lancé d’appel à la Jeunesse. Ce sont les veilles badernes de Vichy qui ont inventé les Chantiers de la jeunesse et glorifié « une jeunesse régénérée et ardente, saine, épurée et virile ».

Mais aujourd’hui ? On se méfiera du culte du patrimoine, qui s’étend au fur et à mesure que l’enseignement de l’histoire se rétrécit et on soulignera avec Régis Debray une formidable contradiction : la France est un pays d’une belle vitalité démographique, « or la classe dirigeante, repliée sur ses forteresses, accumule mandats et droits acquis, quand vingt millions de jeunes de moins de vingt-cinq ans peinent à trouver des emplois, beaucoup devant s’expatrier. Dans cet univers de seniors aux loyers prohibitifs, aux candidatures mijotées vingt ans à l’avance, aux promotions longuement mûries et aux conseils de surveillance verrouillés, le jeune, qui expie en réalité, triomphe en image et par l’image, avec l’aveu et le soutien enthousiaste du kroumir aux commandes ».

Alors il faut proclamer avec Mandelstam que « le classicisme est l’art de la révolution », retrouver la mémoire historique, remonter aux sources et prendre conseil auprès des Anciens (Aristote, Charles de Gaulle…) pour se projeter dans l’avenir.

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(1)    Régis Debray, Le bel âge, Flammarion, 2013.

Article publié dans le numéro 1047 de « Royaliste » – 2014