La victoire d’Emmanuel Macron n’est pas celle d’un homme neuf. Le triomphe annoncé du parti présidentiel aux élections législatives ne porte aucune promesse de renouvellement salvateur. Déjà rapporteur de la Commission Attali en 2007, le nouveau président a exercé des responsabilités politiques majeures pendant quatre ans sous l’égide de François Hollande, en appliquant les préceptes ultralibéraux et en se soumettant aux injonctions bruxelloises. Le mouvement qu’il a fondé est un parti-entreprise, de type berlusconien, rassemblé par une communication efficace pour le culte d’une personnalité. Son élection est beaucoup moins l’effet d’une adhésion que d’un rejet du Front national.

La campagne pour les élections législatives ne permet pas de connaître l’ensemble des intentions du président de la République, dès lors que son parti obtiendrait la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Deux décisions nous portent cependant à une opposition résolue : la révision du Code du travail selon les prescriptions patronales, en vue d’une flexibilité qui aggravera la violence sociale ; la soumission aux injonctions allemandes, dans l’espoir toujours démenti qu’une austérité exemplaire conduira Berlin à accepter une « réforme » de la zone euro.

La nation est confrontée au risque de constitution d’un bloc oligarchique, réunissant les fractions de droite et de gauche qui rivalisaient pour appliquer la même ligne ultralibérale et atlantiste. Ce risque est d’autant plus élevé que les candidats de la droite classique et du Parti socialiste qui font campagne contre le parti présidentiel n’ont aucune objection fondamentale à lui adresser et seront entraînés à rallier la majorité présidentielle ou à voter ses principaux projets de loi. Ce risque nous conduit à refuser toute voix aux candidats de La République en Marche, des Républicains et du Parti socialiste.

La menace que présente un dispositif oligarchique rationnalisé et durci, agencé par un parti hégémonique au Parlement, ne saurait nous inciter à soutenir n’importe quelle formation d’opposition. Nous avons combattu le Front national dans sa version nationaliste-xénophobe comme dans sa variante identitaire et racialiste. Nous avons constaté, lors de la campagne présidentielle pour le second tour, que la présidente de cette formation ne comprenait pas les enjeux monétaires et économiques. Après avoir récupéré le thème de la « sortie de l’euro » pour le réduire à une caricature brouillonne, le Front national le met de côté pendant la campagne des législatives et le courant majoritaire est décidé à abandonner l’objectif de souveraineté monétaire, condition première de toute politique économique et sociale. Incapable de conquérir le pouvoir, le Front national continue de jouer son rôle de repoussoir qui assure la domination d’une oligarchie minoritaire dans le pays. Toute voix accordée à ses candidats et aux ralliés de Debout la France conforte cette domination.

Les résultats obtenus par Jean-Luc Mélenchon au soir du premier tour de la présidentielle montrent que le populisme de gauche peut attirer un électorat victime de relégation sociale et territoriale. Nous n’avions pu soutenir cette candidature, malgré le projet positif de planification écologique et de sortie des traités européistes, en raison de la priorité donnée à la destruction de la Vème République. Nous ne pouvons pas faire pleinement confiance à la France insoumise, qui réunit sous une direction sectaire des candidats aux convictions différentes et parfois contradictoires. Il nous faudra donc opérer des choix avec discernement, au sein de la France insoumise mais aussi apporter nos suffrages aux gaullistes libres de toute allégeance aux Front national et à Debout la France et à divers  candidats indépendants en prenant comme critères les institutions politiques, la souveraineté de la nation, les impératifs du redressement économique et de la politique de développement.

Ces choix ne sont pas à faire dans une perspective strictement électorale. Il s’agit de soutenir les candidats décidés à participer au rassemblement patriotique qui permettra de marginaliser l’extrême droite et de dépasser les formes anciennes de la protestation. Les élections passées, il faut que nous soyons très vite en mesure d’offrir aux Français qui veulent en finir avec l’oligarchie un projet politique de reconstruction clairement situé dans le mouvement de l’histoire nationale.

Le Comité directeur de la Nouvelle Action royaliste