Gaullistes de droite et de gauche, socialistes patriotes, communistes, royalistes – nous avions célébré en 2004, grâce à l’initiative de Jacques Nikonoff, alors président d’Attac, le soixantième anniversaire du programme du Conseil National de la Résistance (1).

Pour l’anniversaire du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, nous en sommes réduits en une simple commémoration.Nous faisons ce constat avec grande inquiétude car l’oubli ou le mépris de nos principaux fondamentaux se généralisent dans le milieu dirigeant.

Depuis plusieurs années, les valeurs républicaines et l’Etat de droit font l’objet de discours incantatoires et parfaitement consensuels. Or cette inflation verbale masque des atteintes toujours plus nombreuses à la démocratie et à notre Constitution.

En 1999, le président de la République et son Premier ministre Lionel Jospin avaient décidé des opérations de guerre contre la Yougoslavie en violation de l’article 35 de la Constitution, aux termes duquel « la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement ».

En 2005, le résultat du référendum du 29 mai a été effacé par le chef de l’Etat et par le gouvernement, en violation du principe de souveraineté nationale proclamé en 1789 et inscrit dans notre loi fondamentale.

Le Préambule de 1946 est quant à lui ignoré par ceux qui ont le devoir de le faire respecter et, en privé, certains responsables politiques récusent les progrès économiques et sociaux accomplis par le gouvernement de Front populaire (2) et par le gouvernement du général de Gaulle à la Libération. Au sein de l’oligarchie, on considère le Préambule de 1946 comme un simple programme de gouvernement, aujourd’hui dépassé.

Ce point de vue est injustifiable. Avec la même valeur que la Déclaration de 1789 et la Constitution de 1958, le Préambule de 1946 fait partie de notre « bloc de constitutionnalité » qui réunit depuis 1971 l’ensemble des normes juridiques françaises qui ont valeur constitutionnelle. Toutes les libertés publiques sont contenues dans ce « bloc », ainsi que les principes politiques, économiques et sociaux que le Préambule proclame particulièrement nécessaires à notre temps.

En ce soixantième anniversaire, il faut rappeler aux dirigeants politiques, aux responsables du Medef et aux candidats à la présidence quelques-uns des principes imprescriptibles qu’ils ne peuvent négliger pour convenance personnelle ou sous prétexte de mondialisation :

« La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme » ce qui implique notamment l’égalité des salaires.

« Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi » – le droit irrécusable à l’emploi impliquant une législation appropriée, fondamentalement contraire à la théorie du « chômage d’équilibre » et aux dispositifs d’élimination des salariés qui fonctionnent dans notre pays.

« Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises » – ce qui doit conduire à l’abolition de la dictature des actionnaires et à la mise hors la loi des employeurs qui violent les conventions collectives et la dignité de la personne.

« Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité » : la plupart des privatisations effectuées depuis 1986 sont par conséquent frappées de nullité et un nouveau programme de nationalisations doit être arrêté dans les plus brefs délais.

De plus en plus bafoué, le droit de chacun à la santé, à l’éducation, au repos et aux loisirs doit déterminer la législation – les directives de Bruxelles ne pouvant être déclarées supérieures à notre droit fondamental.

Respecter la lettre du Préambule de 1946, c’est en déduire toutes les conséquences dans l’esprit de la Résistance et de la Libération.

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(1) Cf. mes articles : « La Révolution de 1944 » et « Comment réussir une révolution » publiés en pages centrales de « Royaliste », n° 834 et 835.

Editorial publié dans le numéro 890 de « Royaliste »- 2006