Selon les préceptes imbéciles de la communication, Nicolas Sarkozy et ses partisans se sont efforcés de rassurer les Français dans leurs allocutions de fin d’année. La propagande s’est faite en trois temps : la situation est grave mais pas désespérée ; le président protège la population ; la sauvegarde de l’emploi est prioritaire.

Pourquoi l’affichage d’une aussi soudaine détermination ? Parce que les logiques conjointes de la crise et de la rigueur font progresser le chômage. Toutes catégories confondues, les chômeurs sont officiellement plus de 4 500 000 auxquels il faut ajouter au moins 500 000 personnes non-inscrites à Pôle emploi ou radiées.

Face à cette catastrophe, les mesures annoncées sont dérisoires et malfaisantes : sous divers emballages qui seront mis au point en janvier, on va encourager le chômage partiel et la baisse des salaires. Comme de coutume, les annonces en langue de bois ont été accompagnées de quelques hommages du vice à la vertu : taxe sur les transactions financières et contribution pour « les importations qui font concurrence à nos produits avec de la main d’œuvre à bon marché ». Cette formulation alambiquée est destinée à faire plaisir aux partisans du protectionnisme – sans bouleverser ni même modifier l’orientation ultralibérale de l’Union européenne. C’est, une fois de plus, prendre les Français pour des imbéciles.

Ce mépris incite à prendre Nicolas Sarkozy au piège de ses propres mots. Une plume avisée a inscrit dans son message du 31 décembre trois vœux auxquels nous souscrivons : « sortir de la crise » ; « construire un nouveau modèle de croissance » ; faire naître une nouvelle Europe ».

Pour sortir de la crise, il faut reconnaître ses causes premières : le libre-échange, la dérégulation financière et l’euro. Au vu des effets dévastateurs de la prétendue monnaie unique, il faut décider en urgence la sortie de la zone euro. Le plan exposé par Jacques Sapir (1) suppose la volonté politique dont se targue l’Elysée : réquisition de la Banque de France, afin qu’elle crédite le Trésor public de la somme (500 ou 750 milliards d’euros) qui permettrait le rachat prioritaire de la dette des non-résidents. Toutes les nations victimes de la « monnaie unique » auraient intérêt à mener de manière concertée cette politique de création monétaire. Placée devant le fait accompli et privée de tout moyen de coercition, l’Allemagne serait obligée de sortir de l’euro en subissant la réévaluation du mark ou d’accepter les décisions de ses partenaires. Nicolas Sarkozy peut, dès à présent, engager cette épreuve de force salvatrice.

Pour construire un nouveau modèle de croissance, il faut commencer par organiser la protection de l’Union européenne contre les agressions monétaires et commerciales extérieures – celles de la Chine tout particulièrement. Pour reprendre la métaphore cent fois utilisée dans nos colonnes : on ne construit pas une maison sous les bombes. Après une forte dévaluation, toutes les mesures de protection tarifaires et non-tarifaires doivent être mises en œuvre et modulées selon la politique commerciale adoptée par les gouvernements de l’Union ou, à défaut d’accord rapide, par le gouvernement français.

Il faudra aussi contrôler strictement les centres économiques et financiers : nous avons demandé la nationalisation du crédit et de secteurs-clés de l’industrie ainsi que le contrôle strict de la circulation des capitaux. Telles sont les conditions décisives d’un plein développement qui nous permettrait de relancer une politique de juste répartition des revenus et de renforcer notre système de protection sociale. Nicolas Sarkozy peut, s’il le veut, réaliser les promesses qu’il avait faites en 2007 : plein emploi et hausse du pouvoir d’achat.

Pour faire naître une nouvelle Europe, il faudrait cesser de réduire l’Union européenne à la zone euro et celle-ci au directoire allemand. L’Europe doit prendre sa dimension continentale sous la forme politique d’une confédération des Etats européen comprenant la Russie et la Turquie ainsi que l’ensemble des pays balkaniques. C’est un projet à long terme, qu’il faut donc entreprendre dès à présent. Si Nicolas Sarkozy s’y décidait, ce serait une révolution…

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(1) Cf. l’article publié dans Le Monde du 2 décembre 2011.

Editorial du numéro 1004 de « Royaliste » – 2012