Une manipulation de mémoire

 Une chaîne de service public a diffusé, le lundi 7 mars, un téléfilm qui accrédite une série de mensonges sur la déportation de citoyens français en raison de leur homosexualité.

France 2 s’est rendue complice d’une opération de propagande. Cette opération est particulièrement répugnante puisqu’elle porte sur la déportation. Le scandale est d’autant plus grand que le milieu médiatique et deux magazines très lus ont participé à cette manipulation de mémoire.

Programmé dans le cadre de la commémoration de la libération des camps nazis, couronné par cinq prix au Festival international du film de Luchon, présenté comme un « film événement » par France 2, diffusé à une heure de grande écoute (20 h 50) « Un amour à taire » a été présenté comme « une fiction bouleversante » par Le Nouvel observateur, et Télérama (n°2877, p. 99) a vivement recommandé ce « film qui instille les éléments nécessaires à la dissipation d’une occultation historique », selon Marie Cailletet.

L’histoire se déroule à Paris en 1942. Sarah, une jeune juive est cachée par Jean, le fils d’un blanchisseur pétainiste, antisémite et homophobe. L’amant de Jean fournit à Sarah de faux papiers. Sarah aime Jean qui sera arrêté par des policiers français, remis à la Gestapo et envoyé en camp de concentration alors que Sarah échappe à la persécution.

Le scénario ici simplifié fait nettement allusion à l’ouvrage intitulé « Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel », présenté comme ouvrage de référence par les militants gays qui se livrent sur Internet à un travail de victimisation exploitant classiquement deux thèmes principaux : la déportation des homosexuels a été occultée ; les hommes au triangle rose ont plus souffert que tous les autres déportés.

Comme ce film est sorti en DVD le 10 mars, il est nécessaire d’établir que cette fiction est le masque larmoyant d’une manipulation méthodique de l’histoire :

1/ La déportation des homosexuels allemands ou considérés comme tels n’a pas été cachée par les historiens. Dans l’ouvrage classique qu’Eugen Kogon a publié en 1946 en Allemagne, en 1947 en France, et qui a été réédité en 1970 en format de poche (1), l’auteur évoque précisément le groupe des homosexuels (page 41) et écrit que « leur sort dans les camps ne peut être qualifié autrement qu’épouvantable ».

2/ L’histoire de Pierre Seel est complexe : ce jeune alsacien, considéré comme citoyen allemand, a été déporté au camp de Schirmeck. Mais il était marqué de la barrette bleue des catholiques. Et il a ensuite été versé dans la Wehrmarcht et envoyé sur le front de l’Est.

3/ Les Allemands n’ont pas déporté de Français en raison de leur homosexualité, hors des territoires annexés. Selon l’étude publiée par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, 207 personnes homosexuelles habitant les trois départements annexés au Reich ont été déportées. Elles sont naturellement inclues dans l’hommage qui est rendu à tous les déportés lors de la journée nationale de la Déportation. Un triangle rose figure parmi les autres triangles de couleur sur le Mémorial de l’Ile de la Cité (2).

4/ Le pouvoir vichyssois n’a jamais organisé la chasse aux homosexuels, comme il le fit pour les Juifs et les Résistants. Sinon, il lui aurait fallu faire arrêter et remettre aux Allemands Jean Cocteau, grand admirateur du sculpteur nazi Arno Brecker, Robert Brasillach, Lucien Rebatet, Ramon Fernandez et bien d’autres vedettes de la Collaboration. Sans oublier Jean Genêt, sanctifié par Jean-Paul Sartre et l’intelligentsia de gauche, qui admirait Hitler, les SS, les pilotes de Stukas, la Gestapo et la Milice (3).

Il y eut des homosexuels nazis. Il y eut des Résistants homosexuels. Pendant la guerre, les pratiques amoureuses ne déterminaient pas plus qu’aujourd’hui les engagements politiques. Il faut tenir ferme sur cette banalité et l’opposer aux mensonges (4) de la propagande communautariste.

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(1) Eugen Kogon, L’Etat SS, Seuil, 1970. Collection Politique.

(2) cf. le communiqué de la Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes du 8 novembre 2001.

(3) cf. Ivan Jablonka, Les vérités inavouables de Jean Genêt, Seuil, 2004. 23 €.

(4) pour une analyse plus complète, cf. http://www.communautarisme.net

 

Article publié dans le numéro 856 de « Royaliste »- 2005.