Après les attentats de Madrid, que de confusion et de brouillages dans la classe politico-médiatique !

Donnant le mauvais exemple, le gouvernement a lancé une série de messages contradictoires qui auraient pu affoler la population si elle n’avait pas appris, au fil des années, à vivre sous la menace terroriste.

Tandis que les Français vaquaient à leurs occupations ordinaires où participaient à diverses manifestations anti-libérales, Jean-Pierre Raffarin communiquait la lettre de menaces d’un hypothétique groupe islamiste tout en déclarant lors d’une réunion électorale que « la France n’a pas à ce jour de menace terroriste précise ». Le ministre de l’Intérieur précisait pour sa part que « cette menace ne porte pas la marque des écrits habituels des extrémistes islamistes ». Mais le chef de l’Etat assurait de son côté que notre pays n’était pas « à l’abri d’actes terroristes ». Tandis que le calme régnait dans les gares et les aéroports, on entendit qu’il ne fallait pas céder à la panique… Tout en invoquant le risible « principe de transparence », on ne s’étendit pas sur les motifs pour lesquels on passait à l’alerte maximale dans un pays pas plus menacé qu’à l’ordinaire.

Pour pimenter le tout, les socialistes accusèrent le gouvernement de manipulation, tout en promettant à l’UMP le sort de la droite espagnole : intégrer un éventuel drame national dans un calcul électoral, voilà qui témoignait d’une rare délicatesse…

Consternante sur le moment, dangereuse à terme, cette agitation désordonnée est facilement explicable. Encore une fois, les oligarques de droite et de gauche ont réagit pour défendre leurs propres intérêts : au lieu d’adresser au peuple français les paroles claires et fermes qui leur auraient permis de mesurer la gravité et les conséquences des attentats de Madrid, le gouvernement en campagne électorale, paniqué par la défaite de la droite espagnole, n’a songé qu’à se mettre à couvert. Si par malheur un attentat se produit, il pourra choisir dans ses déclarations tout ce qui avait valeur d’avertissement.

C’est agir à la manière d’un policier qui réunirait un dossier pour se prémunir de l’accusation de non assistance à personne en danger au lieu de faire sa tâche de prévention et de protection. En publiant des menaces de farceurs ou de provocateurs, en multipliant les alertes, le gouvernement pousse la population à une indifférence croissante face à d’éventuels attentats. La propagande de l’opposition n’est pas moins irresponsable.

Cela dit, c’est dans la fraction médiatique de la classe dirigeante que se trouvent les personnages les plus dangereux. A la télévision, nous n’avons pas affaire à des manipulateurs maladroits, mais à de véritables complices des assassins passés et à venir.

D’autres l’ont dit mieux que nous : un acte terroriste n’a pas de spectateurs, mais seulement des complices (1). La prétendue « société de l’information » ne produit par elle-même que très peu de nouvelles : lors des attentats terroristes, elle est totalement dépendante des sources gouvernementales, policières et militaires qui ont ou devraient avoir pour règles la prudence et la parcimonie. Pour se mettre en valeur, pour faire de l’audience, les gens de médias théâtralisent les massacres. C’est entrer dans la stratégie des terroristes de toutes obédiences et les inciter à recommencer leurs tueries.

Les intellectuels néo-conservateurs se rendent coupables du même délit de complicité lorsqu’ils proclament que nous sommes plongés dans la quatrième guerre mondiale. Les terroristes islamistes seront enchantés de voir qu’on leur reconnaît des capacités exceptionnelles d’intimidation et de destruction. Ils passeront de nouveau à l’acte avec un enthousiasme décuplé.

A ces postures imbéciles, nous opposons la nécessité d’une mobilisation immédiate de tous les moyens dont disposent les Etats démocratiques : augmentation substantielle des crédits alloués à la lutte anti-terroriste, contrôle des mouvements de capitaux, nationalisations des secteurs stratégiques – banques, armements, énergie, transports, télécommunications – afin qu’ils soient mieux surveillés et contrôlés. Mobilisation sans phrases, méthodique – politique.

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(1) Cf. Les Cahiers de médiologie, n° 13 : « La Scène terroriste ». Gallimard, 2002. 16,90 € et « Royaliste » n° 778, 803 et 807.

 

Editorial du numéro 835 de « Royaliste » – 2004