Toujours irresponsable, le tintamarre médiatique déclenché par les attentats qui ont frappé la France en octobre a tout de même laissé paraître les réactions salutaires des autorités musulmanes contre le djihadisme et celles de nombreux intellectuels qui dénoncent à raison l’islamo-gauchisme.

A Conflans, à Nice, à Lyon, les actes terroristes ont soulevé une vague d’indignation dans l’opinion publique. Il ne suffit pas de la constater. Il faut souligner qu’elle ne va pas nécessairement dans le sens souhaité par les stratèges et les tacticiens de l’islamisme.

Par le moyen du terrorisme excitatif, les salafistes-wahabites veulent faire basculer la France et d’autres nations européennes dans une guerre civile opposant les non-musulmans aux musulmans. Cette stratégie a échoué. Les attentats de 2015 en France ont provoqué un immense mouvement de protestation mais les foules descendues dans les rues du pays proclamaient leur solidarité avec “Charlie” sans viser “les musulmans” – croyants effectifs ou d’apparence.

L’écrasement sous les bombes du prétendu “Etat islamique” a rendu beaucoup plus difficiles les opérations des terroristes “professionnels”. C’est pourquoi la mouvance islamiste, qui n’a pas abandonné son objectif de guerre civile, mène une propagande intense contre les “mécréants” afin de pousser à l’assassinat divers types d’excités et de faibles d’esprit. A Conflans comme à Nice, on a vérifié qu’il n’y avait pas de “loup solitaire” mais des fanatiques produits par un milieu.

La grosse astuce de ce milieu islamiste, c’est de se poser en victime. D’où le recours à des compagnons de route recrutés dans une extrême gauche qui a transféré son anticolonialisme à la lutte contre le “racisme d’Etat” et “l’islamophobie”. Toute critique de l’islamisme étant dénoncée comme islamophobe, ces compagnons de route rassemblés dans le Collectif contre l’islamophobie en France cherchent à constituer les musulmans en communauté victimaire – tout comme les entrepreneurs identitaires en lien d’affaires avec les Etats-Unis.

C’est ce montage grossier – mais efficace en raison de la complaisance d’une partie de la presse écrite et télévisée – qui a été fortement ébranlé en octobre. Alors que les compagnons de route de l’islamisme dominaient le paysage médiatique, l’assassinat de Samuel Paty a provoqué une forte réaction dans le corps enseignant et la mobilisation d’intellectuels et de chercheurs éminents. En témoigne le manifeste des cent personnalités – parmi lesquelles Marcel Gauchet, Gilles Kepel, Laurent Bouvet, Pierre Vermeren, Jacques de Saint-Victor – qui demandent au ministre de l’Enseignement supérieur “d’engager nos universités dans ce combat pour la laïcité et la République…”. A la télévision, Fatiha Boudjahlat et d’autres militantes républicaines sont intervenues à de nombreuses reprises pour dénoncer les idiots utiles de l’islamo-gauchisme.

Les attentats d’octobre ont également provoqué une vigoureuse réaction des autorités religieuses. Après l’assassinat de Samuel Paty, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a appelé à prier dans toutes les mosquées pour la paix et la concorde nationale dans un long communiqué publié le 23 octobre. Après l’attentat perpétré à Notre-Dame de Nice, le CFCM a appelé les musulmans de France “en signe de deuil et de solidarité avec les familles des victimes et les catholiques de France”, à “annuler toutes les festivités du Mawlid, commémorant la naissance du Prophète”. Le président de la Conférence des Évêques de France a adressé un message de paix et de fraternité au président du CFCM et souhaité que “la peur ne l’emporte pas, ni la haine”.

Sur le terrain politique, la droite et la gauche ont multiplié les communiqués empreints de bonnes résolutions pour faire oublier leurs complaisances locales, tandis que Jean-Luc Mélenchon, pris au piège de ses amitiés islamo-gauchistes, continuait de perdre pied. Il faut surtout se réjouir de l’attitude de la présidente du Rassemblement national qui a compris qu’il fallait maintenir une très claire distinction entre la religion musulmane et l’islamisme. Le 25 octobre, elle s’est publiquement opposée à Jean Messiha, qui prétend établir une incompatibilité entre l’islam et la République. Du coup ce haut fonctionnaire, délégué national aux études, a démissionné du Rassemblement national le 3 novembre. Cette rupture souligne l’ampleur du fossé qui se creuse entre Marine Le Pen et une extrême-droite qui, derrière Éric Zemmour, rêve d’une guerre ethnique et religieuse sans vouloir reconnaître qu’elle comblerait les vœux des djihadistes.

En octobre, le camp républicain a marqué des points contre le djihadisme et ses complices postés aux deux extrêmes de l’échiquier français. La bataille n’est pas gagnée mais c’est une évolution positive qu’il importe de conforter.

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NB : Sur les réseaux sociaux, d’innombrables experts autoproclamés en théologie musulmane répandent leurs jugements péremptoires. Nous leur conseillons de lire le petit livre d’Adrien Candiard : Comprendre l’islam ou plutôt pourquoi on n’y comprend rien, Champs/Flammarion, 119 pages.

Article publié dans le numéro 1198 de « Royaliste » – novembre 2020