L’industrie de la nation française est à vendre. Ce n’est pas nouveau. La droite avait commencé en 1986. La gauche a repris en 1997 avec Lionel Jospin, champion des privatisations. On a privatisé les banques, on a vendu Total en 1993, Péchiney en 1995, les Chantiers de l’Atlantique en 2008, Alstom en 2015… Les ventes d’entreprises publiques ont coïncidé avec les rachats massifs d’entreprises privées françaises par des groupes étrangers (1).

On se plaint de la désindustrialisation et du chômage qu’elle entraîne, mais la braderie continue. Sous l’impulsion d’Emmanuel Macron, le gouvernement a lancé de nouvelles privatisations - Aéroports de Paris, la Française des Jeux, Engie – et l’on annonce déjà des cessions de participations de l’Etat qui concernent Orange, Air France-KLM, Peugeot et Renault. Elles s’ajouteront à la privatisation des barrages et d’une partie de la forêt domaniale.

Les justifications de cette frénésie ? Toujours les mêmes depuis trente ans. On affirme que les entreprises privées sont plus performantes que celles du secteur public et que la concurrence est salutaire… comme le serine Bruxelles. On ajoute qu’il faut renflouer les caisses de l’Etat et soutenir les nouvelles entreprises innovantes. Vraiment ?

Nul ne pourra apprécier les performances de Péchiney, dépecé par le groupe Alcan, ni celles d’Arcelor, privatisé en 2005 et finalement naufragé par Mittal en 2013. Ce que la France ne produit plus, elle l’achète à l’étranger : belles économies ! Nul n’ignore les splendides résultats de la privatisation des autoroutes en 2006 : hausse constante des péages et croissance substantielle des profits presque entièrement distribués en dividendes. Nul n’ignore les conditions opaques et scandaleuses dans lesquelles l’aéroport de Toulouse-Blagnac a été vendu à des Chinois qui ont empoché de gros dividendes avant de mettre leurs parts en vente.

L’argument de la dette publique ne tient pas plus que celui du financement de la « start up nation ». François Fillon, François Hollande et Emmanuel Macron oublient toujours de dire qu’un Etat ne paie jamais ses dettes – mais seulement les intérêts d’une dette publique qu’il peut faire rouler à l’infini – et qu’une pépinière de jeunes pousses ne compense pas la perte de secteurs stratégiques. Car tel est bien le point décisif : le partage entre le secteur public et le secteur privé ne doit pas relever de choix financiers – et des pactes de corruptions qui peuvent être conclus – mais de décisions politiques fondées sur la protection et la promotion des intérêts nationaux, tant économiques que géopolitiques.

La nationalisation est une appropriation collective par le moyen de l’Etat. Elle rend tous les citoyens français propriétaires des entreprises nationales – qui peuvent mettre en place des systèmes de participation de leur personnel et des usagers. Il faut appliquer le principe édicté par le Préambule de 1946 : « Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises ».

La nationalisation des secteurs stratégiques – à commencer par le crédit – permet de les rendre inaliénables, de constituer un ensemble cohérent de services publics et de mobiliser l’ensemble du secteur public en vue du développement de l’économie nationale. Ce développement doit être souplement planifié afin de réussir une transition écologique aujourd’hui bloquée par la logique du profit. Qu’on ne crie pas au collectivisme ! La planification et la nationalisation des secteurs-clés donneront au secteur privé un cadre économique stable, fortement protégé, favorable à l’innovation.

Toute privatisation est une dépossession que chacun doit ressentir comme telle : on nous vole nos aéroports, nos forêts, nos barrages… fabriqués, entretenus, préservés avec nos impôts ; on détruit l’économie nationale et du même coup on appauvrit les Français. A l’heure où le « souverainisme » de droite renvoie aux calendes grecques la reconquête de la souveraineté monétaire, il est nécessaire de rappeler que la souveraineté de la nation implique la reconstitution d’un vaste secteur public et nationalisé, qui pourra inspirer les nations européennes soucieuses de développement économique, social et écologique concerté.

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(1) Cf. le livre de Laurent Izard, La France vendue à la découpe, Editions L’artilleur, 2018.

N.B. David Cayla et Coralie Delaume ont lancé la pétition Non à la privatisation d’ADP à signer sur change.org

Editorial du numéro 1162 de « Royaliste » – 2019