Face à la menace qui pèse sur Florange, Force ouvrière Moselle considère que « si Monsieur Mittal ne veut plus exploiter les hauts fourneaux, cette activité sidérurgique doit être reprise par l’État et donc nationalisée ». La proposition est salvatrice. Elle a été rejetée sans la moindre discussion par le gouvernement socialiste, comme si l’idée n’avait pas de sens.

C’est ce gouvernement qui se comporte de manière insensée. Il a perdu le fil de sa tradition politique puisque la nationalisation était conçue par les socialistes comme un instrument décisif de l’action publique.Il se trouve surtout sans méthode ni repères alors que la nation est plongée dans le chaos ultralibéral.

Confrontés à la concurrence sauvage de puissances étrangères, à l’effondrement des économies du sud de l’Europe, à la rapacité des spéculateurs, aux manœuvres de groupes industriels obsédés par la rentabilité à court terme et indifférents au sort des nations, les dirigeants socialistes brandissent des concepts invalidés par l’expérience historique et la recherche scientifique : le marché est une fiction, la compétitivité est un mythe (1), les charges sont une construction statistique destinée à éviter qu’on raisonne en termes de cotisations sociales et de salaires différés.

Les mesures fiscales, les tentatives de relance industrielle et les questions relatives au financement de la protection sociale se trouvent par conséquent faussées d’entrée de jeu et le gouvernement s’en tient à des mesures ponctuelles qui ne peuvent compenser les effets mortifères du libre échange et de la monnaie unique. Cependant, la nationalisation d’une seule firme ou d’un seul secteur sous la pression des circonstances nous maintiendrait dans le provisoire. D’où la nécessité d’organiser le développement économique et le progrès social selon trois exigences :

La protection de l’économie doit être assurée à l’échelle nationale puisque l’organisation de la protection continentale n’est pas possible dans l’immédiat afin que le développement de l’industrie et la relance de l’activité générale ne soient pas empêchées par les opérations de dumping économique et social menées par des puissances étrangères. La maîtrise de la monnaie s’inscrit bien sûr dans cette perspective.

La planification indicative, qui permet de concilier l’aventure et le calcul (2), dans un cadre protégé. Les échanges libres de biens et de services sont inscrits dans un projet national qui réduit les aléas et qui est discuté par les syndicats, les organisations professionnelles et diverses associations dans les commissions du plan. Tel est le seul moyen d’assurer, à l’opposé des fantasmes spontanéistes, la démocratie participative sans porter atteinte au pouvoir du Parlement qui se prononce sur le projet de plan.

La nationalisation des secteurs stratégiques assure à la nation la propriété des activités qui lui sont essentielles. Le choix des secteurs qui ne peuvent être vendus à l’étranger, délocalisés ou disloqués doit faire l’objet d’un large débat. Il apparait aujourd’hui que le contrôle de la sidérurgie est indispensable. L’industrie de l’armement ne doit pas non plus être laissée au secteur privé… Surtout, les scandales qui secouent les banques, les imprudences, les folies et la rapacité des financiers, le poids du lobby bancaire et le fait que certaines banques d’affaires financent des hommes politiques qui deviennent leurs obligés (3) nous conduit à demander la nationalisation totale du crédit, ce bien public qui doit être strictement contrôlé par l’autorité politique.

La République gaullienne avait largement amorcé ce socialisme démocratique à la française qui n’avait pas trouvé toute sa cohérence en raison des pesanteurs conservatrices que le général de Gaulle n’avait pas pu vaincre. Après 1983, la gauche a largement contribué à dévoyer ce socialisme authentique – que depuis Lionel Jospin elle récuse complètement. Le RPR et l’UMP ayant liquidé l’héritage gaullien, le projet national de redressement est à concevoir dans l’attente d’une recomposition politique.

***

(1) Cf. l’article de Gilles Ardinat : « La compétitivité, un mythe », Le Monde diplomatique, n° 703, octobre 2012.

(2) Cf. Pierre Massé, Le Plan ou l’anti-hasard, idées NRF, 1965.

(3) Cf. Martine Orange, Rothschild, une banque au pouvoir, Albin Michel, 2012.

Editorial du numéro 1020 de « Royaliste » – 2012