J’accueille avec plaisir sur ce blog les réflexions de Luc de Goustine, écrivain et journaliste, membre du Comité directeur de la Nouvelle Action royaliste.

Après trois semaines d’embrouillaminis propagandistes, la cause est entendue quant à l’Ukraine : la crise internationale déclenchée à la faveur de ses troubles intérieurs n’a rien qui la concerne. Elle n’en est que le prétexte, car sur les braises de ce pays à l’unité mal dégrossie, il faut bien que des intervenants extérieurs aient puissamment soufflé pour qu’il devienne l’enjeu d’une confrontation entre l’Europe, les Etats-Unis d’Amérique et la Russie.

Le boutefeu immédiat fut, comme on le sait, l’Union européenne tendant à Kiev le miroir aux alouettes d’une adhésion à court ou moyen terme. Ce pays n’avait ni l’intérêt ni les moyens de la désirer alors que son voisinage industriel, commercial et monétaire avec la Russie comme ses affinités historiques avec l’Autriche-Hongrie et la Pologne le prédisposaient à être une « marche » unissant l’est à l’ouest du continent.

Mais l’instigateur de cette manœuvre, persévérant à tisser ses alliances et à poster ses forces militaires aux portes de l’ancien empire soviétique, est évidemment la puissance déclinante des Etats-Unis, sous couvert d’une OTAN à laquelle les principales nations d’Europe ont paresseusement délégué leur défense ou, comme la France depuis Sarkozy, se sont par clientélisme atlantiste ré-asservies.

Il a suffi que le chef d’Etat Ianoukovitch – diabolisé à l’Ouest alors qu’il était aussi médiocrement corrompu que ses prédécesseurs et voisins – prenne soudain conscience des servitudes économiques qu’entraînerait une candidature à Bruxelles et s’y dérobe, pour que ses opposants le renversent et le remplacent. Coup d’Etat superbement héroïsé par la rumeur occidentale, pourtant assez conservatrice pour museler ses propres contestataires. Inutile de gloser sur la qualité du gouvernement dit de transition, qui réunit à Kiev un gratin d’affairistes et de national-populistes aux relents fangeux, ni sur l’assiduité des visites que rendent chaque jour les ministres des affaires étrangères de toute l’Europe, voire le vice-président de l’Amérique en personne, à une Place Maïdan érigée en Mecque de la démocratie.

Tout ce charivari aurait des couleurs d’opérette si les sanctions économiques décrétées envers la Russie, les bruits de bottes aux frontières, l’afflux de commandos étrangers de part et d’autre et le risque d’affrontement que font planer les armes distribuées, les blindés en manoeuvre, voire les missiles, avions et satellites espions environnant ce champ de bataille virtuel ne menaçaient de prendre toute l’épaisseur hideuse d’une bonne vieille guerre.

C’est là qu’il faut dire non. Et savoir pourquoi et avec qui.

Pas question ici d’un pacifisme béat qui interdise le plein emploi des moyens politiques, auxquels doivent concourir, qu’on le veuille ou non, les forces militaires. En revanche, refus radical d’un comportement agressif alors que la guerre qui en résulterait ne serait ni juste, ni motivée, et ne serait surtout en aucun cas la nôtre.

Parce que la politique poursuivie, tant européenne qu’américaine, est radicalement contraire à celle que la France a coutume et vocation de promouvoir à la face du monde, et qu’elle heurte aussi bien nos idéaux les plus hauts que nos intérêts les plus concrets.

L’état de l’Europe jusqu’à l’Oural – tel qu’il a résulté de l’effondrement de l’URSS totalitaire et de la recomposition de la Russie – commande de la part des nations de l’Ouest une diplomatie globale diamétralement inverse de celle qui résulte de la manipulation par l’Alliance atlantique d’une Union européenne devenue une sphère oligarco-bureaucratique sans inspiration ni projet.

L’autre politique existe, inscrite dans les gènes du Quai d’Orsay pour ainsi dire « depuis des siècles », et n’attend qu’une bouffée de liberté pour s’accomplir. Voilà pourquoi il faut dire non et le dire vite, pendant que les conditions politico-sociales sont réunies pour motiver une large coalition de convictions à ce sujet.

Avec qui ? Il faut savoir le dire et ne pas hésiter à le faire savoir. C’est sans doute la première fois depuis 1945 que se présente une conjoncture où, de la droite à la gauche, une majorité de citoyens peut s’unir pour assurer la survie et l’avenir de la nation.

Refuser l’attitude qui accrédite la fatalité d’un affrontement dans un environnement propagandiste tel que celui qui sévit actuellement en Europe, et le faire au nom d’un projet politique fort et partagé, c’est, de tous horizons, rejoindre l’attitude du CNR. Pour que renaisse une résistance politique nationale face à une dictature de lâches, tentés par une nouvelle forme de collaboration.

Luc de GOUSTINE