Un souhait, vieux de dix ans en ce qui nous concerne, est en train de devenir réalité : celui du rassemblement et de l’organisation, à côté du Parti socialiste, de tous ceux, personnalités et mouvements, qui soutiennent le président de la République. Dès 1981 en effet, nous avons espéré que le mouvement électoral du 10 mai, qui dépassait les frontières de la gauche instituée, trouve sa cohérence et prenne sa place dans une majorité présidentielle élargie. C’est ainsi que nous avons activement participé à toutes les tentatives qui allaient dans ce sens, déçus de constater qu’elles n’aboutissaient pas, mais toujours prêts encourager la plus modeste tentative de relance.

Placée sous le signe de la France unie et dans la perspective de l’ouverture, la campagne présidentielle de 1988 redonna toute son actualité au projet. On sait que les militants de la Nouvelle Action royaliste s’y engagèrent pleinement, avec l’efficacité qu’on veut bien leur reconnaître, sans rien renier de leur identité mais sans qu’on puisse jamais leur reprocher la moindre tentative de manœuvre ou de récupération. A « Royaliste » comme dans les comités de soutien, notre assurance fut d’autant plus forte que Mgr le comte de Paris avait souhaité publiquement, dès septembre 1987, la candidature et la réélection de François Mitterrand… De fait, la victoire du chef de l’Etat permit l’ouverture attendue qui donna, du moins sur le plan ministériel, une nouvelle ampleur à la majorité présidentielle.

DIVERSITÉ

A l’initiative de Jean-Pierre Soisson, voici que se constitue depuis quelques mois un rassemblement plus large encore puisqu’il s’étend aux députés, aux élus locaux, aux citoyens, et regroupe déjà plusieurs organisations politiques. En juillet dernier, puis à nouveau en septembre, le ministre du Travail a convié la Nouvelle Action royaliste à prendre sa place dans cette « France unie » qui, selon ses propres termes, vise à rassembler des traditions politiques diverses autour du projet présidentiel. Cette perspective étant la nôtre depuis 1981, notre Comité directeur ne pouvait manquer de répondre favorablement à l’initiative de Jean-Pierre Soisson, après avoir recueilli l’accord du Conseil national de notre mouvement. Ceci posé, il importe de bien mesurer les chances et les risques d’une telle entreprise, que nous avions soulignés lors de la création de la « France unie ». L’avenir d’un tel rassemblement serait compromis s’il définissait son identité par la négative (le fait de ne pas être socialiste) et s’il tentait de l’affirmer dans une rivalité, à coup sûr épuisante, avec le Parti socialiste. Et la « France unie » serait décevante, pour ses composantes comme pour les citoyens, si elle limitait son action à la seule tactique électorale et si elle semblait n’être qu’un syndicat de notables.

A ces craintes franchement exprimées lors de notre première rencontre, Jean-Pierre Soisson a bien voulu me répondre que la diversité et la richesse des traditions présentes à « France unie «  (où se retrouvent des radicaux, des gaullistes, des libéraux, des socialistes) éloignait le risque d’une pratique purement politicienne, qu’il s’agissait d’exister dans la majorité présidentielle et non de s’opposer aux socialistes et que, surtout, ce rassemblement se faisait autour du chef de l’Etat et de son projet.

Comment ne pas l’approuver ? Voici que s’offre la possibilité d’une réflexion stimulée par la diversité des traditions représentées, et celle d’un débat civique à la fois national et décentralisé puisque la « France unie » entend être proche, par son organisation locale, des citoyens.

Il reste à envisager deux autres risques, d’ailleurs radicalement opposés. Le premier, qui concerne la Nouvelle Action royaliste, serait qu’elle perde son identité dans un tel rassemblement et qu’elle finisse par s’y laisser résorber. C’est faire bon marché de la cohérence intellectuelle et militante de notre mouvement, forgée au cours de vingt années où les épreuves n’ont pas manqué. C’est oublier aussi que la « France unie » est une fédération de mouvements qui conservent leur autonomie, et que la diversité des traditions représentées fait obstacle à toute tentative de « récupération ». Il est clair que nous sommes des royalistes, dont la visée à long terme n’exclut pas l’engagement présent, dès lors qu’un projet politique rencontre le nôtre sur des points que nous jugeons essentiels, dès lors que le chef de l’Etat inscrit son projet dans la continuité nationale. Tel est le cas en ce qui concerne François Mitterrand.

Mais justement cette identité forte et cette cohérence éprouvée ne font-elles pas peser un danger sur la « France unie » – celui d’une « compromission » fâcheuse pour son image ? On semble le craindre ici et là, au point de vouloir réduire la nature de l’accord possible avant même qu’il soit conclu. Ces prudences excessives manquent de pertinence. La « France unie » ne pourrait se dénommer ainsi s’il lui manquait la plus ancienne tradition du pays, et il n’y a pas d’alliance véritable qui ne s’enrichisse de ses différences. Quant à la nôtre, paisiblement assumée, elle nous détourne des habituelles rivalités entre formations politiques dans la mesure où l’idée d’unité, que nous ne prétendons pas incarner, nous conduit à chercher les points d’accord pour le service commun. Pour nous, la preuve ne sera pas difficile à donner.

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Editorial du numéro 547 de « Royaliste » – 3 décembre 1990