Qu’il s’agisse de géopolitique ou d’économie, Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu parlent comme s’ils pouvaient agir sur le cours des événements. Avec l’ensemble du gouvernement, ils tournent en rond au fond des impasses que nous avons depuis longtemps explorées.
Qui se souvient encore de l’intervention télévisée du président de la République, au soir du 24 septembre ? Peu commentée, elle s’est confondue avec le bruit de fond médiatique sur les guerres en cours et le prix du carburant. L’exercice présidentiel consistait à inquiéter et à rassurer les citoyens, dont il semblait percevoir l’exaspération.
Inquiéter sur la Russie, comme il l’avait fait quelques jours plus tôt en recevant les chefs de partis à l’Elysée. Sur ce point, les déclarations présidentielles n’ont pas permis de préciser l’étendue de la menace présentée de manière plus ou moins alarmiste par les médias.
Nous avons souvent dit que les mises en garde solennelles et les fermes résolutions ne peuvent rendre crédible le discours sur la menace de guerre. Quelles que soient les hypothèses sur l’adversaire potentiel, il s’agit de renforcer l’Armée, d’organiser et de développer sa logistique et de renforcer la défense civile. Or nous sommes très loin d’avoir établi une force conventionnelle capable de tenir en respect n’importe quel adversaire. Nous en restons donc à des postures, accompagnées d’un bavardage médiatique où les déclarations belliqueuses sont équilibrées par les sages de plateau qui rappellent que “les caisses sont vides”. Trop d’alertes sans suites et trop de commentaires confus provoquent l’indifférence d’une population massivement confrontée à la baisse de son pouvoir d’achat.
Le seul acquis du bellicisme d’atmosphère, c’est la disqualification des dirigeants qui critiquent un tant soit peu le propos officiel. Voter Le Pen, c’est voter Poutine, lit-on ici et là. On essaie contre la candidate populiste ce qui n’a pas marché aux Etats-Unis contre Donald Trump. Le procédé agite le marigot médiatique mais tombe dans l’indifférence plus haut évoquée car ce sont les conditions de vie qui provoquent l’angoisse, le désarroi et la colère.
Après avoir tenté de semer l’inquiétude, Emmanuel Macron a donc entrepris de rassurer sur l’inflation, en dissertant sur le prix des carburants et les taxes afférentes. Quant aux mesures à prendre, on a retenu que ”en fonction de l’évolution, il ne faut rien exclure” ! Ce qui nous laisse dans un brouillard d’autant plus complet que ce n’est pas l’Elysée qui décide des prix et des taxes. Il n’est pas plus rassurant d’entendre Emmanuel Macron affirmer qu’il va agir sur les approvisionnements au Moyen-Orient “pour faire vraiment baisser les prix”. Comme si c’était lui qui allait faire circuler les bateaux à Ormuz puis réparer les raffineries et les puits endommagés…
Ayant parlé pour ne rien dire, Emmanuel Macron a renvoyé le problème au gouvernement qui avait décidé quelques jours plus tôt le versement d’aides supplémentaires à certains automobilistes. Somme toute, Sébastien Lecornu continue de bricoler sous la menace de mouvements de rue, qu’il redoute autant que la discussion budgétaire. Double menace, qui résulte d’une double contrainte financière souvent évoquée dans nos colonnes :
Pour contrebalancer les effets négatifs de l’euro et du libre-échange, tout gouvernement néolibéral s’efforce de soutenir les entreprises privées par des baisses d’impôts et des subventions toujours plus massives.
Pour aider les classes populaires très mal rémunérées et immédiatement exposées aux aléas conjoncturels, tout gouvernement néolibéral verse des complétements de salaire à une fraction notable de la population : chèques énergie, primes pour le carburant, allocation de rentrée scolaire…
Cette double contrainte creuse de plus en plus le déficit budgétaire et augmente le poids du remboursement des intérêts de la dette : entre 75 et 78 milliards cette année, alors que le budget de la Défense est de 57 milliards hors pensions.
La gouvernance oligarchique ne peut porter atteinte aux intérêts des groupes capitalistes avec lesquels elle vit en osmose et la question du contrôle des subventions aux entreprises n’est jamais évoquée. Mais il est dangereux de laisser les classes populaires à l’abandon, et la distribution de “chèques” sert à empêcher les révoltes.
Ce double dispositif est parvenu à atténuer la violence des effets du néolibéralisme sans écarter la menace populaire. Les grands mouvements revendicatifs ont échoué après la victoire des syndicats en 2006, mais la colère s’est exprimée dans les urnes par le vote populiste. Là encore, l’oligarchie s’est maintenue au pouvoir en exploitant la peur de l’extrême droite mais elle est aujourd’hui en train de perdre le contrôle de la situation.
L’inflation de 2022-2023 a provoqué une hausse forte et durable des biens de première nécessité et nous sommes à nouveau au début d’une violente poussée inflationniste provoquée par la guerre en Orient et par la sécheresse. Pour les classes populaires et pour une large fraction des classes moyennes, la vie est déjà devenue hors de prix alors que le mouvement de hausse va se poursuivre. Soucieux de ne pas accroître l’endettement, le gouvernement Lecornu reprend les campagnes de la presse néolibérale contre les retraités, les chômeurs et les malades sans voir que ces agressions poussent de nouvelles catégories de citoyens vers le Rassemblement national. Pour épargner le haut patronat et différer jusqu’aux élections la colère populaire, on se résignera finalement à creuser un peu plus le déficit budgétaire.
Bien entendu, Marine Le Pen, candidate autoproclamée du pouvoir d’achat, sera tout à fait incapable de nous faire sortir du carcan néolibéral. Ceci est une autre histoire, qui sera peut-être écrite après les élections présidentielle et législatives mais dont nous donnerons la trame.
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Article publié dans le numéro 1329 de « Royaliste » – 26 septembre 2026
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