Nous avons souligné la conjonction des crises – économique, sociale, financière, écologique, technologique avec le vol massif de données de l’intelligence artificielle. Ce phénomène inédit se produit au moment où l’oligarchie, qui domine le jeu politique depuis vingt-cinq ans, est à l’agonie.

A l’exception des bénéficiaires du système, plus personne ne peut croire que ceux qui ont échoué dans tous les domaines vont redresser la situation grâce à des techniques de communication – ainsi Gabriel Attal – ou par la relance, vantée par Edouard Philippe, d’une réforme des retraites régulièrement rejetée par la majorité des Français. Comment par ailleurs créditer de quelque ambition nationale des socialistes qui ne semblent pas conscients du poids de plusieurs décennies de reniements.

Les personnels de la fonction publique, les sapeurs-pompiers, les lycéens et les étudiants qui tour à tour descendent dans la rue ne sont que les éléments précurseurs qui devraient englober, dans les mois qui viennent, les paysans accablés par les effets de la sécheresse et d’innombrables citoyens frappés par l’inflation. Nul ne peut affirmer que la conjonction des crises va provoquer une jonction des luttes mais il faut se réjouir que des syndicats puissants – qui d’autre peut mobiliser des centaines de milliers de personnes ? – soient en mesure d’organiser et de canaliser les mouvements revendicatifs et les diverses expressions de la colère.

Face aux pressions de la rue et aux menaces d’extension des luttes sociales, la gouvernance oligarchique tente des manœuvres désordonnées. L’intimidation des lycéens par des arrestations massives et l’admonestation de leurs parents n’ont pas enrayé la mobilisation. Les aménagements proposés dans l’enseignement ont très vite révélé leur caractère dérisoire et la mise sur le marché de stocks stratégiques de gazole ne fait pas oublier les fortes hausses de produits alimentaires.

Pour masquer son impuissance, le gouvernement agite la menace d’une guerre avec la Russie, amplement relayée par les chaînes dites d’information en continu et dénonce ou fait dénoncer les extrêmes de droite et de gauche comme complices de Vladimir Poutine. On voit que cette manœuvre est un échec et que la multiplication des alertes démobilise la population qui constate la totale impuissance des dirigeants sur la scène internationale.

Une autre manœuvre, tout aussi grossière, consiste à annoncer une crise financière en cas de victoire d’un des deux partis extrêmes, qui entraînerait l’intervention de la Banque centrale européenne et la mise en place d’une programme d’austérité aussi radical que celui qui a détruit l’économie grecque. Ceux qui diffusent ce message appellent clairement les marchés spéculatifs à intervenir dans les élections françaises et se livrent à des prophéties autoréalisatrices très dangereuses en raison de nos fragilités. Que l’oligarchie tente de tirer argument de la montagne de dettes qu’elle a laissé s’accumuler et appelle à une punition qui s’abattrait sur un peuple appauvri, voilà qui évoque les dernières cartouches d’une escouade sur le point de succomber.

La question du remplacement des élites faillies se pose avec une acuité croissante. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon agissent comme si la prise du pouvoir permettait de résoudre les immenses problèmes auxquels nous sommes confrontés. Mais tous deux cultivent des conceptions antinomiques d’une identité factice selon une logique d’affrontement. Ni l’un ni l’autre ne sauraient prétendre au rassemblement du peuple français, qui ne se fait pas sur l’identité mais sur le principe de l’unité nationale. Dès lors, la prise du pouvoir par l’un ou par l’autre ne fera que durcir les tensions et paralyser l’action d’une gouvernement confronté aux crises majeures que j’ai évoquées.

Le changement d’élites est le dernier souci du Rassemblement national qui a fait alliance avec Éric Ciotti et qui cherche la bénédiction des milieux financiers. Le demi-satisfecit récemment accordé au programme économique de Marine Le Pen par deux chroniqueurs de BFM Business – propriété du groupe Saadé – montre que les efforts de normalisation de la candidate commencent à porter leurs fruits. Jean-Luc Mélenchon n’est pas plus rassurant, malgré ses diatribes contre le néolibéralisme : entré à l’Elysée, il ne disposerait pas d’une majorité d’Insoumis à l’Assemblée et il lui faudrait passer des compromis avec l’élite rose.

A tous égards dangereuse, la situation serait désespérante s’il n’y avait dans le pays une nouvelle élite, capable de répondre à l’appel de celui qui saurait reprendre la voie gaullienne de la légitimité, fondée sur la reconquête effective de notre souveraineté. Cette élite, que nous connaissons pour partie, sait qu’elle peut s’appuyer sur un vaste courant populaire qui, faute d’engagement immédiat, communie dans l’évocation des pages les plus glorieuses de notre histoire.

La France ne manque pas de ressources. Aujourd’hui ignorées ou méprisées, elles peuvent soudain se révéler à la faveur d’événements dont on souhaite qu’ils ne soient pas tragiques. Ce ne serait pas la première fois dans notre pays que l’improbable deviendrait possible.

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Editorial du numéro 1330 de « Royaliste » – 11 octobre 2026

 

 

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