A gauche, les manœuvres de diversion se multiplient alors que la bataille politique entre socialistes et libéraux est à peine engagée.

Il y a bien sûr toutes ces candidatures plus où moins explicites pour 2007, qui sont destinées à ouvrir la voie à Lionel Jospin, l’enfant chéri des sondeurs d’opinion, muré depuis trois ans dans son bunker psychique.

Voici maintenant une double opération tactique. Elle est menée par Jack Lang, vedette vieillissante qui joue sa survie médiatique, et par Arnaud Montebourg, ambitieux jusqu’à la caricature. L’objectif, annoncé il y a quelques années dans l’indifférence générale, est de créer une sixième république. La nouveauté, c’est que les larrons proposent deux variantes du jeu de bricolage institutionnel.

L’une, mise à la mode dans les années soixante par un quarteron de professeurs de droit constitutionnel, consiste à créer un « régime présidentiel à l’américaine ». L’autre, assez rigolote, se présente comme la copie d’un « régime à l’anglaise ».

Ennemi déclaré de la 5ème République, Jean-Marie Colombani soutient bien entendu cette offensive d’allure anglo-saxonne dans les colonnes du Monde.

Nous procèderons à une critique complète de ces fantaisies juridiques si un authentique candidat socialiste, désireux de récupérer la fraction Montebourg ou de neutraliser quelques copains de Jack Lang, en venait à glisser dans son programme une des âneries énoncées par ces messieurs.

Pour l’heure, il suffit de rappeler deux observations banales : le régime présidentiel a toujours été un échec dans notre pays, par l’effet d’une implacable logique politique ; la référence aux Etats-Unis est cocasse depuis que la première élection de George Bush a révélé au monde entier à quel point le système politique américain était ringard – pour reprendre un mot très prisé par le Narcisse de la rue de Solferino.

L’importation du régime « à l’anglaise » supposerait quant à elle l’instauration en France d’une monarchie successorale car les institutions britanniques n’existeraient pas sans la présence active d’une dynastie royale, qui exprime l’identité et incarne l’unité de cette nation complexe. Mais M. Montebourg, par inculture plus que par idéologie, confond la symbolique politique et les dépôts annuels de chrysanthèmes par un quelconque soliveau.

Les socialistes et les communistes feraient une faute majeure s’ils entraient dans le jeu de MM. Lang et Montebourg. La révolution institutionnelle a été accomplie entre 1958 et 1962 – malgré leurs criailleries, ils en ont largement bénéficié – et la priorité doit être donnée à la lutte sociale et à la révolution économique, selon la volonté exprimée par une majorité de citoyens le 29 mai.

C’est la rupture radicale avec l’ultralibéralisme et la mise en œuvre d’une nouvelle politique européenne de développement qui sont à l’ordre du jour, non la destruction de notre Constitution. C’est l’éviction des oligarques de droite et de gauche qu’il faut préparer, non les compromis avec tel ou tel histrion, sous prétexte qu’il aurait fait carrière grâce à François Mitterrand.

Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à toute réforme de notre Constitution. Surchargée de proclamations ineptes et de dispositions redondantes, affaiblie par la réduction de la durée du mandat présidentiel, notre loi fondamentale mérite d’être révisée.

Nous avons pour notre part proposé des réformes qui empêcheraient le déchaînement des rivalités politiciennes et remédieraient à la crise de la représentation nationale. Nous avons demandé la révision complète du mode d’élection du Sénat. Nous avons proposé qu’il soit interdit au Premier ministre en exercice de se présenter à l’élection présidentielle qui suit sa prise de fonction à Matignon. Nous voulons que l’indépendance du président de la République soit rétablie, afin qu’il puisse jouer autant que possible son rôle d’arbitre et de garant de la continuité de l’Etat – ce qui suppose un allongement de la durée de son mandat.

Nous offrons ces éléments de programme à qui voudra les inscrire dans son projet présidentiel. Pour nous permettre de reprendre le mouvement esquissé entre 1981 et 1983, c’est la révolution gaullienne qu’il faut prolonger.

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Editorial du numéro 865 de « Royaliste » – 19 septembre 2005

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