Nous ne vivons pas une crise, mais une période de mutation mondiale qui nous oblige à remettre l’économie au service de la collectivité sociale dans le respect de la biosphère.

La planification écologique est entrée récemment dans le discours politicien mais Patrice Le Roué rappelle (1) que ce projet avait été formulé dès novembre 1968 lors d’un symposium organisé par l’OCDE en Italie. La Déclaration de Bellagio sur la planification invitait à une réflexion méthodique permettant de remédier aux atteintes sociales et environnementales provoquées par la croissance économique dont le club de Rome, en 1972, dénonça les limites dans un rapport retentissant. La même année, la charte de Stockholm affirme le droit de l’homme à la liberté, à l’égalité et à un bien-être qui suppose un environnement protégé.

En France, les œuvres concordantes de François Perroux et de René Passet ont permis de penser en toute rigueur le statut de l’économie et la perspective du développement, à l’opposé de la dogmatique néolibérale. François Perroux conçoit une économie généralisée, qui vise l’épanouissement de tous les hommes et de chacun d’entre eux. René Passet affirme que l’économie doit avoir le bien-être pour finalité et que la biosphère, indispensable à la perpétuation des activités humaines, ne saurait être soumise à l’hypothétique science économique.

Ces travaux annonçaient, voici cinquante ans, des transformations salvatrices. Ils ont été balayés par la vague néolibérale et nous avons vu s’imposer le concept de développement durable qui place sur un pied d’égalité l’économique, le social et l’environnement. Égalité fictive, puisque le capitalisme financier a creusé les inégalités sociales et dégradé le vivant. L’échec des grandes conférences sur le climat, prises en main par les firmes capitalistes, a souligné les effets dramatiques du retrait des Etats et de l’ultra-concurrence.

Il faut donc reprendre le mouvement de pensée enfoui dans les souterrains intellectuels depuis quarante ans et montrer l’urgence d’une politique alternative. Patrice Le Roué souligne dans une analyse très complète l’importance de Laudato si’. Cette encyclique préconise des mesures concrètes et un contrôle du pouvoir par les citoyens, à tous les échelons, face à un capitalisme obsédé par la rentabilité. C’est dans cette perspective que Patrice Le Roué formule des propositions nourries des récents apports – ceux de Gaël Giraud, de François Gerlotto, de Philippe Murer – à la définition d’une politique de reconstruction écologique selon les termes employés par le premier des trois auteurs cités.

Cette politique doit être concertée, ce qui implique la participation des citoyens à diverses structures de dialogue. Il faudrait aussi se souvenir que la planification française avait permis un large dialogue social entre 1945 et 1990 et relancer le Plan en lui donnant pour mission le passage d’une économie productiviste à une nouvelle économie soumise à l’ardente obligation écologique et orientée vers la justice sociale. Le bien-être suppose tout à la fois que les hommes puissent habiter le monde dans de bonnes conditions et que la société soit gouvernée selon le principe de justice.

Il est bon que de telles études puissent inspirer le dialogue entre les syndicats et l’action syndicale, qui doit elle aussi se renouveler pour être en mesure d’affronter la mutation mondiale.

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(1) Patrice Le Roué, Ré-enchâsser l’économique dans le vivant, Du dialogue social environnemental, Arguments, Bureau d’études de la CFTC, mars 2022.

Article publié dans le numéro 1237 de « Royaliste » – 18 juin 2022

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