Effets d’annonce, éléments de langage, polémiques futiles, commentaires sur les tactiques politiciennes : la rentrée politique se déroule selon ses rites rassurants et ses confortables routines.

Il ne faudrait pas s’en accommoder ! L’ordre des choses, qui paraît assuré après les émeutes urbaines de juin dernier, est une fiction entretenue par le bavardage officiel. Mais sous les propos convenus, que de signes d’une subversion quasi quotidienne – non de l’ordre établi mais du Politique en tant que tel…

Pris dans un activisme éperdu, Emmanuel Macron achève de ruiner la fonction présidentielle. Au fil de déclarations hallucinées, nous l’avons entendu annoncer en juin le paiement par carte bancaire des amendes pour consommation de drogue, comme s’il était directeur du Trésor. En août, se saisissant des dossiers du ministre de l’Education nationale qui vient d’être nommé, le même personnage s’est prononcé sur les congés scolaires et sur l’uniforme à l’école. Cela avant de se muer en ministre des Transports pour lancer l’idée d’une nouvelle formule d’abonnement ferroviaire. Se mêler de tout, pour démontrer l’universalité de ses talents, sauf de ce qui est prescrit par la Constitution !

Bruno Le Maire a quant à lui oublié qu’il incarnait l’une des principales autorités de l’Etat. Depuis le début de la vague inflationniste, on le voit supplier les industriels et les grandes enseignes. En mars, il a demandé, sans succès, un panier anti-inflation puis une marge zéro sur certains produits. Il vient d’arracher un accord de stabilisation pour cinq mille produits mais refuse l’indexation des salaires sur les prix et ose affirmer que la société française ne s’appauvrit pas – alors que près d’un Français sur deux se prive de viande ou de fruits et de légumes frais.

Surtout, Bruno Le Maire ne veut pas admettre une réalité établie par maints rapports officiels : pour une part importante, l’inflation est provoquée par le taux élevé des profits. Refuser de taxer ces profits injustifiés et de bloquer les prix, c’est démontrer une fois de plus que l’Etat organise son impuissance en noyant dans les artifices de la communication et les demi-mesures ce qu’il lui reste d’autorité.

Les ténors de la droite des valeurs et de la gauche morale participent à cette subversion quotidienne des principes et des règles. Le Figaro, qui défend avec constance les intérêts de la vieille bourgeoisie, continue de considérer Nicolas Sarkozy comme le parrain de la droite. L’homme a pourtant été condamné à un an de prison ferme pour financement illégal de campagne électorale – il a fait appel – et, le 17 mai dernier, à trois ans de prison dont un an ferme avec détention à domicile et trois ans de privation de droits civiques – il s’est pourvu en cassation. Mis en examen pour “corruption passive, financement illicite de campagne électorale et recel de détournement de fonds publics libyens”, il sera à nouveau jugé en janvier 2025.

Les avis politiques et diplomatiques donnés par ce délinquant multirécidiviste qui joue à l’avocat d’affaires ne devraient pas être pris en considération. Mais les réprimandes dont il a fait l’objet pour ses déclarations sur la Russie sont parfaitement indécentes quand elles sont exprimées par Lionel Jospin, complice de la guerre d’agression contre la République fédérale de Yougoslavie en 1999, et par Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères lors de l’intervention franco-britannique en Libye, décidée sans vote du Parlement, menée au mépris de la Résolution 1973 du Conseil de sécurité, dont les conséquences furent et demeurent désastreuses.

Comme l’irresponsabilité tragique côtoie souvent le grotesque, il n’est pas inutile de rappeler l’initiative récente de Ségolène Royal, qui voulait diriger une liste de gauche aux européennes alors qu’elle vient d’être recrutée par Cyril Hanouna. Comme Raquel Garrido, chroniqueuse de C8 entre 2017 et 2021, comme Roselyne Bachelot, devenue chroniqueuse de télévision, l’ancienne candidate à la présidentielle n’hésite pas à confondre l’action politique et le sauvetage d’une notoriété déclinante.

Nous sommes confrontés à un processus de dévaluation de toutes les formes de l’autorité politique, qui prive les dirigeants politiques de légitimité et qui disqualifie divers représentants de formations partisanes. S’y ajoutent les paris cyniques qui relèvent de la tactique politicienne ordinaire : pari sur le communautarisme de la gauche dite radicale, pari sur la guerre ethnique de l’extrême droite.

La France n’est pas le seul pays victime de cette subversion du Politique. Trump aux Etats-Unis, Bolsonaro au Brésil, Salvini en Italie, ont dû leurs brefs succès à une négation violente de la dignité du pouvoir politique. La défaite de ces trois personnages montre que le mouvement de subversion n’a rien d’irrésistible. Le complot des puissants est une illusion paralysante, qui masque de fragiles coïncidences d’intérêts. Il y a dans tous les partis politiques des citoyens décidés à défendre, comme nous, le principe du gouvernement au service de l’intérêt général, selon les exigences constitutionnelles de justice et de liberté. La politique est, par essence, négation de la fatalité.

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Editorial du numéro 1261 de « Royaliste – 11 septembre 2023

 

 

 

 

 

 

 

 

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