Une éthologie du racisme – par François Gerlotto

Jan 20, 2026 | Billet invité | 0 commentaires

 

L’anthropologie, la sociologie, la psychologie, la psychanalyse, considèrent l’espèce humaine seule, dans ses spécificités qui la rendent étrangère au monde animal. Mais lorsque certains comportements humains se retrouvent à peu près à l’identique chez les animaux, on est alors en droit de se tourner vers l’éthologie pour les analyser et leur trouver des déterminismes ou des motivations : « je réponds toujours que plus j’étudie les animaux, plus je comprends la dimension humaine. Nous avons le même système nerveux archaïque, les mêmes molécules de neurochimie, qui provoquent souvent, mais pas toujours, les mêmes effets émotionnels. Nous partageons aussi avec la plupart des mammifères notre cerveau limbique de la mémoire. Là où la vraie différence apparaît, c’est dans le cortex. Les humains sont les champions interespèces du cortex. C’est cette zone du cerveau qui leur permet de penser et de parler.[1]

Il ne faut pas oublier toutefois qu’appliquer aux humains les règles comportementales mises en évidence sur les animaux est toujours un jeu risqué, même si la plupart des grands chercheurs en éthologie s’y sont essayés ; pensons à Konrad Lorenz et ses travaux sur l’agressivité[2] ; à Edward Wilson et sa théorie de la sociobiologie[3] ; dans un style et un but plus grand public, à Desmond Morris et sa série de livres sur le Singe Nu, le Zoo humain, etc. Sans parler des nombreux travaux récents sur les grands singes où les parallèles entre les anthropoïdes et les hommes sont permanents (Franz De Waal : le singe en nous ; Jared Diamond : le troisième chimpanzé ; etc.). La plupart des chercheurs (pas tous hélas) ont mis des garde-fous très sévères mais ont aussi admis une unité dans le développement éthologique du règne animal (et en particulier des mammifères) qui dans certaines circonstances et sous certaines conditions permet cette généralisation de l’animal à l’homme : c’est en particulier le cas de Pierre-Paul Grassé et ses travaux sur l’éthologie, plus récemment de Jean-Marie Pelt (voir par exemple son livre sur « la solidarité chez les plantes, les animaux, les humains »), pour ne parler que des chercheurs connus du grand public.  Enfin des branches entières de l’activité humaine moderne, et non des moindres puisqu’il s’agit par exemple du commerce et de la publicité (voire dans certains cas de la politique), ne se privent pas d’appliquer dans leurs méthodes des connaissances sur le comportement animal et d’utiliser des signaux déclencheurs de réactions éthologiques inconscientes pour vendre leur dentifrice ou leur candidat.

Du point de vue scientifique, quand est-on fondé à franchir le cap ? Quand la psychologie, l’anthropologie, la philosophie, bref les sciences du comportement humain « conscient » (voire « subconscient », mais en tout cas pas « inconscient ») sont incapables de répondre aux questions que le développement de comportements individuels ou sociaux peut poser.

Le racisme : une explication éthologique

Un phénomène entre bien dans cette catégorie : le racisme. De quelque côté qu’on le prenne, au niveau conscient en général et du point de vue scientifique en particulier, rien n’explique le racisme. Qu’il y ait des races, on en débat depuis longtemps[4] (et il faudra en parler pour éviter les malentendus), mais quelles que soient les définitions et les conclusions sur l’existence de races humaines, en général il est reconnu qu’elles ont peu d’implication dans les capacités physiologiques individuelles et aucune dans les caractéristiques psychologiques qui définissent l’homme, que sont la pensée, la morale, l’intelligence, etc. Pour être bref, RIEN ne permet d’identifier un « noir », un « jaune », un « rouge » ou un « blanc » s’ils ont été élevés dans les mêmes conditions et si l’on ne voit pas leur anatomie. Pourtant la première réaction d’un blanc (d’un noir) voyant approcher un inconnu noir (blanc) ne sera pas de se dire que sa cravate est sympa, mais de penser « voilà un noir (blanc) ». Ce critère, ce faciès, s’impose absolument en premier abord. Donc soyons clair : UN, il n’y a aucune donnée objective qui puisse permettre de classifier et encore moins de hiérarchiser des races humaines sur d’autres critères qu’anatomiques (et encore, il faut souvent se contenter d’un seul critère, car dès que l’on complique l’analyse, même sur le seul plan anatomique  les classifications se croisent et deviennent impossibles) ; mais DEUX, le racisme, entendu comme le sentiment d’une différence ineffaçable entre deux êtres humains – classificatrice (voire hiérarchisante) des individus en groupes homogènes –  est une composante forte de notre comportement et aucun d’entre nous n’y échappe. On peut (on doit) museler cette réaction et lui interdire toute expression extérieure ; on ne peut pas y échapper au niveau de l’inconscient.

Il y a donc là un cas typique où il faut chercher dans le comportement animal les raisons de ces réactions : faute de quoi les remèdes et les règlements que l’on pourra mettre en œuvre resteront limités à la répression des réactions conscientes mais ne corrigeront ni n’empêcheront ces réactions. Lançons-nous donc gaillardement dans le jeu : quelles sont les causes éthologiques du racisme chez l’homme ?

On peut sans risque en noter deux principales : le « faciès » et le « tribalisme ».

Le faciès.

C’est le nom que l’on pourrait donner aux réactions déclenchées par la vue d’un visage différent de la norme[5]. Le « délit de faciès » est suffisamment connu à l’heure actuelle pour que tout le monde voit de quoi il s’agit. Cela entre dans le domaine des réactions instantanées et inconscientes (au départ) face à un phénomène extérieur nouveau.

Détaillons le mécanisme. Comme tous les animaux, par le biais de la sélection naturelle et/ou de l’adaptation, l’homme a développé des instruments –physiologiques ou éthologiques- qui lui permettent de fournir instantanément la réaction la mieux appropriée à un changement dans son environnement immédiat. Ne nous intéressons qu’aux instruments éthologiques : nous les utilisons tous les jours, et si souvent et si naturellement que nous n’y prêtons absolument plus attention. Ils sont d’ailleurs faits pour cela, pour économiser à l’individu une analyse consciente longue et lourde qui, en occupant trop longtemps son attention, pourrait s’avérer mortelle.

La réaction à un bruit, par exemple. De façon absolument inconsciente notre cerveau reçoit, analyse, évalue et filtre en permanence les bruits ambiants et ne laisse passer dans le champ conscient que ceux que nous recherchons activement au moment présent (une conversation, l’écoute attentive d’une source particulière, telle une musique, une émission radio, un chant d’oiseau, etc.). Cela nous permet même d’écouter un son faible dans un bruit de fond élevé. Pour tous les autres bruits filtrés, le cerveau ne nous « prévient » que quand un son présente certaines caractéristiques potentiellement dangereuses, soit quantitatives, comme une augmentation brutale de son intensité, interprétée par le « modèle analogique » qui se charge de cette activité comme un rapprochement très rapide, donc dangereux, de quelque chose (cas d’une voiture qui arrive par exemple) ; soit qualitatives, quand le bruit enregistré entre dans la liste des signaux reconnus comme dangereux ou au contraire ne correspond à aucun signal déjà reconnu (inconnu = risque possible). A ce moment seulement le système nerveux « avertit » le niveau conscient du cerveau que quelque chose requérant son attention est en train de se passer dans son voisinage, et c’est seulement à ce niveau que le bruit devient un paramètre analysé de façon consciente. Il arrive même que l’inconscient prenne la main quand l’urgence est trop forte, et le sursaut, le fait de rentrer la tête dans les épaules, etc. sont des réactions fréquentes et déclenchées de façon inconsciente par un changement brutal dans l’environnement sonore (une explosion par exemple).

Ces algorithmes naturels qui fonctionnent sur le mode inconscient sont innombrables et ont été construits pendant l’évolution pour permettre une meilleure réactivité aux conditions du milieu. Qu’on ne s’y trompe pas, ils sont extrêmement subtils et précis[6]. Ce ne sont en rien des préjugés[7] : sélectionnés et raffinés avec le temps, ils ne subsistent que parce qu’ils sont utiles. En effet ils permettent à la vie animale de maintenir un équilibre favorable à l’individu entre ses besoins et ses dépenses énergétiques : le lion ne peut pas courir après toutes les antilopes qu’il voit, ce qui consommerait toutes ses réserves d’énergie, pour un résultat (en gain calorique) très aléatoire : il ne courra que derrière celle dont ses « instruments de mesure » lui diront que la probabilité de capture est favorable ; en symétrie, l’antilope ne réagit pas à tous les bruits du milieu, faute de quoi elle passerait son temps, elle aussi, à dépenser sans raison son énergie. Il faut que d’un coté le lion fasse un calcul de probabilité qui lui assure que la consommation énergétique que va lui coûter une chasse sera compensée par un gain énergétique grâce au succès de la chasse ; et de l’autre que l’antilope puisse passer à se nourrir le temps où aucun vrai danger n’est présent. Si de tels algorithmes sont inefficaces, cela se traduit tout simplement par la disparition de l’espèce : c’est la sélection naturelle en marche. Si, au contraire, ils fonctionnent, ils deviennent rapidement universels chez l’espèce. Incidemment, cela veut dire qu’ils sont objectifs : il n’y a pas beaucoup de place pour une analyse non objective d’un risque, dans la vie sauvage. Toute construction subjective de l’algorithme coûte en énergie à l’animal et le rend vulnérable : une antilope aux analyses et aux réactions subjectives sera vite dévorée par le lion.

La réaction au faciès fait partie de ces mécanismes. Il s’agit au départ d’un mécanisme qui procure une évaluation probabiliste du risque à un individu quand il rencontre une personne inconnue. Reportons-nous cent mille ans en arrière : deux Homo sapiens qui ne se connaissent pas, par exemple qui viennent de deux tribus différentes, se rencontrent. Il faut immédiatement savoir, comme pour le jeu du lion et de l’antilope, quel risque potentiel présente le nouveau venu, pour être prêt à l’accueil (économie d’énergie) ou à la lutte (consommation d’énergie). Des algorithmes analogiques se sont donc construits pour faciliter cette évaluation. Nous en sommes les héritiers, et les expressions qui relient un trait anatomique à une caractéristique psychologique sont légion : un regard franc, des yeux sournois, un sourire fourbe, un profil noble, une lippe dédaigneuse, un front hautain, une vraie tête de faux-jeton, une figure de brave homme, une bouche sensuelle, des mains d’assassin, etc., la liste est infinie. Tout cela vient de ce besoin d’évaluer un risque dans l’instant et de pouvoir définir une riposte avant que le risque ne devienne un vrai danger. Il s’agit donc de l’analyse instantanée de critères extérieurs (à perception immédiate) que l’expérience de l’espèce a pu, à partir d’innombrables expériences, corréler objectivement à des aspects psychologiques de l’individu (qui eux ne sont perceptibles qu’après un temps d’interactions, donc potentiellement trop tard). Du point de vue statistique ils doivent être objectifs, comme nous l’avons dit, faute de quoi l’information est fausse et le coût (énergie, risque) est élevé pour l’individu. Les travaux qui montrent combien un individu ou un groupe réagissent de façon inconsciente et immédiate à l’aspect extérieur et au faciès d’un nouveau venu sont innombrables (les recherches de Piaget sur les enfants sont remarquables de ce point de vue) et les cabinets de recrutement, par exemple, ont ainsi accumulé une expérience qui leur permet de fournir aux candidats une liste entière de postures à prendre, de gestes à éviter, etc. lors d’un entretien d’embauche.

Or toutes ces corrélations se sont faites dans l’immense majorité des cas sur des voisins, donc sur des critères proches de ceux de l’observateur. Il y a cent mille ans, la rencontre avec un inconnu était toujours celle d’un membre de sa tribu ou d’une tribu voisine, donc de la même race. Construits pendant des centaines de milliers d’années sur des voisins, ces grilles inconscientes d’évaluation ne s’appliquent pas quand le nouveau venu présente des caractéristiques anatomiques par trop différentes de celles du groupe. Le modèle ne fonctionne donc plus, et rien n’est plus vrai que l’expression « tous les noirs (blancs, jaunes) se ressemblent » : les valeurs moyennes des caractéristiques précises de leur anatomie (taille des lèvres, forme du nez, couleur de la peau, dessin des yeux, tout ce que vous voulez), puisqu’elles s’écartent très sensiblement de la moyenne de celle du groupe observateur, deviennent trop différentes pour que les critères de reconnaissance puissent fonctionner, et ne peuvent plus renseigner le groupe. Caricaturons sur un exemple simple : admettons que les baoulés aient les lèvres plus épaisses en moyenne que celles des bretons. Admettons aussi que pour le breton, une bouche sensuelle soit une bouche aux lèvres sensiblement plus épaisse que la moyenne de son propre groupe : elle reste toutefois significativement moins épaisse qu’une bouche baoulé moyenne. Comment dans ces conditions appliquer la corrélation « épaisseur des lèvres – sensualité » entre un baoulé et un breton ? Soit le critère tombe et il devient impossible pour un breton d’obtenir de façon inconsciente une information pertinente sur la sensualité d’un baoulé ; soit le breton reçoit comme message inconscient que tous les baoulés ont une sensualité significativement supérieure à celle de tous les bretons (le raisonnement est évidemment symétrique).

Il faut noter que ces analyses inconscientes sont destinées à fournir une aide pour une réaction immédiate. Elles sont donc destinées à être corrigées par des analyses plus complètes lorsque le temps d’interaction et de contact aura été suffisamment long pour rectifier ce que le « premier mouvement » aura eu d’insuffisant ou de biaisé.  C’est pour cela qu’il serait impensable par exemple de limiter un entretien d’embauche à cinq minutes, même si souvent la décision finale est proche de l’impression première[8]. Mais cette dernière ne doit pas être déterminante, car si elle est fondée sur des instruments éthologiques objectivement capables de dresser un premier schéma sur la « normalité » d’un individu, elle n’en reste pas moins complètement  inapte à prendre en compte la richesse d’une personnalité, encore moins d’une culture. Avec le temps on arrive bien sûr à une meilleure compréhension de l’interlocuteur, et les différences visibles immédiates deviennent secondaires et même peuvent disparaître devant la richesse des informations recueillies sur le voisin. La phrase fameuse « je n’ai rien contre les juifs (noirs, etc.), d’ailleurs mon meilleur ami est juif, mais… » est très éclairante et tout à fait démonstratrice : une fois la connaissance inter-individuelle complétée, l’originalité des caractères raciaux disparaît sous l’amoncellement d’informations beaucoup plus riches, et littéralement on ne voit plus que notre « meilleur ami » est d’une autre race : on découvre que c’est un excellent joueur d’échec et un individu plein d’humour (on peut aussi découvrir que c’est un sale imbécile, c’est –pour notre démonstration- la même chose). Incidemment, on peut trouver là un remède à ces réactions racistes « éthologiques », en confrontant les jeunes enfants à des mélanges « raciaux » : la particularité anatomique disparaît très rapidement avec la confrontation quotidienne avec des copains d’autres groupes ethniques.

Mais revenons à la réaction raciste. Rappelons que tout ce jeu se fait au niveau inconscient. Tant que le contact entre races n’est pas quotidien et les mélanges ne sont pas tels que le « modèle inconscient d’analyse » aura pu intégrer toutes ces informations pluriraciales dans son « système expert » d’évaluation, l’individu d’une autre race passera pour inclassable, donc pour potentiellement dangereux, en reprenant notre observation faite sur le bruit : inconnu = danger potentiel. Il s’agit là de la réaction immédiate et inconsciente, rappelons-le. Bien entendu l’homme des villes d’aujourd’hui est beaucoup plus habitué à la cohabitation et cette réaction inconsciente est en règle générale immédiatement refoulée car analysée comme insuffisante pour décrire un individu à l’époque moderne[9]. Il est certain aussi que le modèle s’enrichit de l’expérience, et pour un blanc (noir…) installé en Afrique (Europe…), très vite tous les noirs (blancs) ne se ressembleront plus. Mais dans le cas moyen de l’observation d’une minorité, il n’en reste pas moins que, sans le vouloir ni même le soupçonner, nous avons reçu ce signal inconscient qui nous prépare à une réaction de défense que nous n’avons pas eue en côtoyant un voisin de notre propre groupe. On voit que cette réaction n’est pas liée à l’intelligence, à la culture ou à quelque autre critère conscient : tous les hommes y sont sensibles, à des degrés divers qui n’ont rien à voir avec leur personnalité.

Le délit de faciès, c’est ça. Comme cette information est inconsciente, elle n’est pas facilement rejetée, et il reste alors chez l’observateur un soupçon de méfiance inconsciente vis-à-vis de l’observé. Qu’on le veuille ou non, d’un point de vue statistique cette méfiance ressortira : l’individu « évalué » est situé sur une « échelle de risque » à un niveau proportionnel à la distance du sujet aux critères standards d’évaluation inconsciente. On se situe ici au niveau de la montée de l’attention, et si l’on en reste là, rien ne se passe et la méfiance s’éteint au fur et à mesure que d’autres informations sont obtenues. Mais avant que l’accumulation d’informations ne corrige et complète cette première impression, il suffit qu’un comportement « différent » s’ajoute à cette méfiance inconsciente (un vêtement « tribal », par exemple) et la somme des deux déclenche un soupçon sur le comportement social de l’observé. Le drame à ce niveau, c’est que ce soupçon ne se développe pas sur l’individu qui de par sa « normalité » raciale n’a pas atteint le seuil de risque, même s’il partage le second comportement avec le soupçonné : une religieuse porte exactement le même voile qu’une musulmane, elle ne déclenchera pourtant aucune réaction particulière en France. Et si l’observateur possède une autorité policière, son soupçon se traduit en termes d’action par un contrôle d’identité injustifié déclenché par des critères qui n’ont souvent rien à voir avec un comportement délictueux. C’est le délit de faciès.

Même s’il est évident que cela n’est pas tolérable et qu’il faut trouver des méthodes qui évitent de développer cette réaction, surtout de façon officielle, jusque là on ne peut pas parler de racisme, mais de réaction raciale inconsciente. Le racisme pointe son nez quand l’individu élabore dans le domaine conscient une justification qui lui permette de réduire ce sentiment d’inquiétude que la réaction inconsciente provoque en lui. C’est le plus souvent l’application d’une classification hiérarchique fondée sur des analyses conscientes pseudo-scientifiques.

Mais le délit de faciès n’est pas suffisant en soi pour générer un comportement raciste conscient. Le passage du sentiment inconscient à la réaction raciste consciente directement issue du faciès nécessite du point de vue éthologique un paramètre supplémentaire pour qu’elle puisse aboutir à une forme d’explication consciente  « confortable », exprimé en général par l’appartenance à un groupe. Cela se fait à partir du deuxième critère éthologique : le tribalisme.

Le tribalisme

Ici aussi nous nous trouvons devant un comportement obligatoire et en grande partie  inconscient. L’homme est un animal social, qui ne peut se développer normalement hors d’un groupe. Tous les travaux en ethnologie comme en anthropologie le reconnaissent, on ne peut pas définir un homme hors de son milieu social. Cette appartenance à un groupe, une communauté, une « tribu », est essentielle (au sens littéral du terme). Elle est évidemment à double sens, l’individu étant attaché à une tribu, mais la tribu étant définie par ses membres. Le tribalisme exige une fidélité et une loyauté sans faille de l’individu, en échange de quoi il lui donne sa raison d’être. Inutile d’insister sur ce point. L’appartenance à la tribu se reconnaît d’autre part par des caractéristiques spécifiques, tant psychologiques qu’extérieures : un comportement particulier défini comme type par la tribu ; des règles vestimentaires, des consommations qui identifient, classifient et hiérarchisent (vêtements, voitures, biens de consommation, marques etc.). Souvent d’ailleurs c’est l’uniforme qui permet le démarrage le plus facile d’une organisation tribale. Une expérience simple et aux résultats garantis peut être faite : prenez une vingtaine d’enfants du même âge (disons 10 ans), séparez-les de façon aléatoire en deux groupes et donnez-leur aux uns une chemise rouge et aux autres une chemise bleue : en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire vous aurez deux équipes, les « bons-nous » et les « méchants-eux », que vous pourrez faire entrer en compétition l’une contre l’autre : la guerre des boutons peut commencer. Les tribus peuvent être tolérantes ou exclusives. Dans les deux cas leurs règles sont assez semblables : séparer le monde en « nous » et « eux », porter des marques distinctives pour se reconnaître (et être reconnus des groupes antagonistes), homogénéiser les comportements et les modes de consommation, etc. Mais bien sûr leurs rapports avec les extérieurs à la tribu sont différents.

Faire partie d’une tribu, outre qu’il s’agit d’une nécessité comportementale absolue pour l’homme, présente des obligations en échange de ce que le groupe apporte. En général, plus le groupe est réduit en taille et rejeté par l’extérieur et plus ces contraintes (« lois » de la tribu, devoirs de solidarité, identification vis-à-vis des autres structures, etc.) sont fortes, pour permettre l’identification d’un groupe par rapport aux autres. Par ailleurs dans les cas de tribus exclusives, sur ces règles peuvent se greffer des comportements territoriaux, ici aussi directement issues du comportement animal : un groupe a pour première tâche de se constituer un territoire et de le défendre contre toute autre organisation, considérée comme invasive. Il peut y avoir cohabitation avec des non-membres du groupe dans le territoire, à condition que ces non-membres reconnaissent une prééminence du groupe sur la possession et la règlementation du territoire[10]. On trouve ici tous les conflits qui sont répertoriés avec gourmandise par les médias, en particulier à propos des banlieues. Mais les explications données par ces médias prétendent replacer les membres du groupe dissident dans une logique de structure nationale, alors que cette dernière a été évincée par les règles locales (dans le cas d’une tribu « exclusive »). Or la loyauté s’applique uniquement à la tribu, où ces règles nationale n’ont littéralement aucune signification : la loyauté tribale ne peut être partagée. En revanche les lois définies par les tribus sont aussi fortes, sinon plus, que les lois nationales, et le fait d’être « tribal » ne veut en aucun cas dire que l’on est « hors-la-loi » : on est hors la loi générale, mais assujetti très fortement aux lois du groupes (les maffias en sont un exemple connu, et les règlements de compte entre bandes de narcotrafiquants sont maintenant exposés sur la place publique). Il peut d’ailleurs arriver que la tribu soit imposée par le pays, quand l’exclusion est officialisée : cas des ghettos quand un pays impose une discrimination officielle (antisémitisme, racisme d’Etat, castes, apartheid, etc.).

Le rôle de la politique se situe à ce niveau : éliminer la discrimination, même – surtout – officielle, policer (dans les deux sens du terme) cette appartenance à une tribu et faire obéir tout le monde aux mêmes lois, autrement dit faire que le comportement tribal s’applique à la nation toute entière. Quand tout va bien, autrement dit quand il n’y a pas d’interférences avec des problèmes divers, ou quand au contraire la vie même de la nation est en jeu, tout le monde se retrouve dans cette « super-tribu ». Mais s’il y a exclusion d’une catégorie de citoyens, pour une raison ou pour une autre (raciale, culturelle, religieuse, économique, sanitaire…), cette dernière va forcément se constituer en tribu autonome, développer ses propres règles et ses lois internes, donc s’éloigner de l’ensemble national. C’est ce qui s’est passé en Italie du sud aux 18ème  et 19ème  siècles : exclus de la construction nationale, des régions entières de « sous-citoyens » se sont constituées en maffias, qui sont des organisations tribales extrêmement bien organisées, avec leurs lois, leurs morales, leurs solidarités et leurs modes de fonctionnement propres ; évidemment ces groupes qui se superposent à une structure nationale se trouvent forcément en conflit un jour ou l’autre avec cette dernière, en particulier au niveau de la loi du pays. Mais la règle est générale : si la société nationale crée des exclus n’ayant pas les mêmes droits que les autres citoyens, alors la loyauté de l’individu se tourne vers sa tribu, et il n’a plus de compte à rendre à la structure officielle. Une fois ce système alternatif installé, il est presque impossible de le détruire sans un changement profond des structures officielles. Et en attendant les individus adoptent les règles du groupe. Ce qui souvent commence par un comportement extérieur particulier, et un « vêtement tribal », qui permet de se reconnaître comme membre d’une communauté particulière, devient un uniforme indispensable.

On voit ici le problème que ces deux caractéristiques d’exclusion (faciès et tribalisme) présentent : l’une renforce l’autre, il y a rétroaction positive, et le cercle vicieux s’installe : quand un individu se sent rejeté par une réaction raciste il va vers la tribu qui partage ses traits et l’accepte ; il en revêt alors les signes distinctifs, qui renforcent les signaux d’exclusion et qui augmentent le rejet. Première boucle. Par ailleurs quand une tribu devient forte elle entre en compétition avec la structure nationale, et suscite inquiétude et rejet chez ses voisins, qui de ce fait font l’amalgame entre des caractéristiques anatomiques (raciales) et un comportement d’exclusion, etc. Les  boucles sont bouclées, et le ghetto des banlieues est formé.

Les effets du racisme inconscient : l’exemple de l’évolution humaine chez Darwin

Il est impératif de lutter contre le racisme, qui peut prendre des formes insidieuses, se niche là où l’on ne l’attend pas, et aboutir à des conclusions biaisées. Un exemple qui m’avait marqué est celui des analyses de Darwin sur l’Evolution humaine aux Etats-Unis. Même s’il était un esprit réellement libre et objectif, il était impossible à Darwin de renier sa propre éducation, sa propre culture, qui lui avait donné du Progrès une vision fortement inféodée aux préjugés victoriens de l’Angleterre de la fin du 19ème siècle. Nous pouvons citer par exemple cette phrase : «La supériorité remarquable qu’ont eue, sur d’autres nations européennes, les Anglais comme colonisateurs, supériorité attestée par la comparaison des progrès réalisés[11] par les Canadiens d’origine anglaise et ceux d’origine française, a été attribuée à  « leur énergie persistante et leur audace » ; mais qui peut dire comment les Anglais ont acquis cette énergie ? Il y a certainement beaucoup de vrai dans l’hypothèse qui attribue à la sélection naturelle les merveilleux progrès des Etats-Unis, ainsi que le caractère de son peuple ; les hommes les plus courageux, les plus énergiques et les plus entreprenants de toutes les parties d’Europe ont, en effet, émigré pendant les dix ou douze dernières générations pour aller peupler ce grand pays et y prospérer. »[12]. Outre son aspect un peu déplaisant pour un lecteur français, cette citation montre à quel point il n’y avait pas ici pour Darwin matière à discussion : cette « supériorité remarquable » est considérée comme un fait d’expérience, et personne (en tout cas dans les pays anglo-saxons) n’aura trouvé à y redire ni jugé nécessaire de définir les critères d’évaluation de cette supériorité. Et pourtant, l’affirmation lapidaire que les émigrants vers l’Amérique étaient « les plus courageux, les plus énergiques et les plus entreprenants de toutes les parties d’Europe » est en complète contradiction avec la réalité, au moins dans son acception darwinienne, puisque bien au contraire ce sont en Europe les classes pauvres, déshéritées ou rejetées (pour des raisons diverses : crises économiques, dépeuplement des campagnes, chômage, déplacements de populations durant les guerres, persécutions religieuses) qui se sont trouvées contraintes de partir. Mais plus curieusement encore, si l’on reste dans ce même domaine de la formation de la population des Etats-Unis, on est vite surpris de découvrir que l’on ne parle jamais des immigrants africains, qui eux aussi ont peuplé l’Amérique, bien qu’à leur corps défendant. Pourtant c’est probablement sur ce groupe que la sélection naturelle telle que la décrit Darwin pour les européens a été la plus réelle : ne sont arrivés en Amérique que les individus préalablement sélectionnés par les marchands d’esclaves pour leurs qualités physiques et leur résistance psychologique, ayant traversé les guerres dans leur pays, survécu à la transhumance dans les forêts et déserts africains, puis résisté aux conditions effroyables dans lesquelles ils ont été transportés à travers l’Atlantique, enfin supporté les conditions souvent inhumaines de l’esclavage : on admet qu’une infime minorité des Africains transportés en Amérique aura survécu à un tel traitement. Nous avons ici un exemple qui devrait être un cas d’école du darwinisme social : seuls les meilleurs des Africains, les plus forts, les plus résistants physiquement et mentalement, ont pu fonder un foyer dans le Nouveau Monde. Nous n’avons pourtant jamais trouvé cet exemple dans la littérature traitant du darwinisme social, ni de la sélection naturelle en général ; bien au contraire les analyses se sont souvent évertuées à démontrer que les afro-américains étaient « inférieurs » aux autre races composant la population des USA, ce qui devrait être la démonstration parfaite de la difficulté à inclure l’homme dans la sélection naturelle : car enfin, soit les afro-américains sont inférieurs aux populations blanches et la sélection naturelle ne marche pas, soit la sélection naturelle fonctionne et ils sont supérieurs aux  blancs. Soit, ce qui est évidemment le cas, ils ne sont ni supérieurs ni inférieurs aux autres, car la sélection naturelle chez les humains est biaisée –et rendue complètement inefficace- par l’aspect culturel prépondérant dans notre espèce (sans parler du fait que les mélanges raciaux ont été considérables et que penser qu’il existerait une « race noire » pure aux USA est une aberration génétique et sociologique). Mais le « racisme éthologique », inconscient, était passé par là.

La dérive vers le racisme « conscient » (non éthologique)

Des définitions du racisme, il y en a des quantités sur la toile, et je soumets ici la première que j’ai pu récupérer, car elle est assez claire[13] : «Le racisme est une idéologie, qui part du postulat de l’existence de races humaines, considère que certaines races sont intrinsèquement supérieures à d’autres. Cette idéologie peut entraîner une attitude d’hostilité ou de sympathie systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes.»

L’intérêt de cette définition, c’est de montrer que le racisme est une idéologie ; il s’agit donc d’une réaction consciente. Le racisme « conscient » s’appuie souvent sur des « preuves » scientifiques bidon, et utilise des concepts contradictoires dans le but de démontrer la supériorité de leur race. Stephen Gould l’a bien montré en décrivant l’adaptation des théories racistes quand l’hypothèse d’une cause néoténique[14] dans l’apparition de l’homme s’est faite jour : de « inférieur car resté grand enfant », le noir est devenu « inférieur car pas assez néoténique ». Dans le cas que nous présentons, un raciste blanc pourrait déclarer qu’en effet la sélection naturelle a joué (à preuve les succès des Noirs dans toutes les disciplines sportives, puisqu’ils ont été sélectionnés par l’esclavage en vue de capacités physiques  performantes), et qu’elle démontre à l’évidence que les capacités intellectuelles des Noirs sont par nature inférieures à celles des Blancs, puisque la moyenne des noirs ne réussit pas aux tests de QI aussi bien que la moyenne des Blancs ; les racistes noirs pourraient clamer que leur supériorité est démontrée chaque fois qu’ils ont accès à un domaine, ce qui a été le cas des disciplines sportives (voir l’argument du raciste blanc), mais que le niveau d’éducation où on les a maintenu pendant des siècles, justement du fait de l’esclavage, ne leur a pas permis encore de démontrer leur supériorité intellectuelle, de la même manière qu’ils ne pouvaient le faire du point de vue sportif quand on ne leur donnait pas accès aux stades et aux possibilités d’entraînement. Enfin il existe une théorie disant que si les afro-américains sont intellectuellement inférieurs, ce serait parce que justement les marchands d’esclave ont appliqué des critères de sélection particuliers et n’ont retenu pour leur trafic d’esclaves que les plus dociles, les moins intelligents. Sans même chercher à argumenter sur les critères de sélection, on pourrait poser alors la question : dans ce cas, et puisqu’on a ponctionné les imbéciles pendant des siècles, la population noire restée en Afrique devrait avoir atteint le génie. Nous n’avons pas vu cette conclusion chez les tenants de cette théorie… Que tirer (à l’avance) d’un tel débat imaginaire, sinon qu’il n’est que la démonstration de la tendance tribale de l’homme et sa volonté de séparer l’humanité en « bons » (lui et les siens) et « mauvais »  (les autres) et de donner un sens au terme de progrès ?

 

Fin du racisme : une hypothèse démographique ?

Il peut être intéressant, puisque l’on considère l’homme dans sa composante animale, d’analyser les causes du développement (et de la disparition) des races. J’en propose ici une hypothèse tirée des histoires démographiques de nombreuses espèces animales.

Les abondances des populations sont variables, en général une espèce passe par de longues périodes d’étiage, où ses populations sont relativement isolées à l’intérieur de l’habitat général de l’espèce, dans les niches écologiques éloignées les plus favorables. C’est la théorie des bassins de McCall[15]. C’est le principe des metapopulations[16]. Puis pour une cause souvent imprévisible et infime, l’une des populations passe par une phase d’expansion importante. Elle s’étend sur tout l’habitat de l’espèce, et finit par connecter toutes les autres sous-populations. Ces dernières avaient développé durant leur phase d’isolation des variations génétiques (des mutations) adaptatives les rendant plus aptes à survivre dans les niches où elles se trouvaient. L’interconnexion permet alors aux mutations « utiles » (dans une acception strictement darwinienne) de se répandre dans toute l’espèce. Puis la phase de grande abondance s’achève, et peu à peu l’espèce se concentre dans les zones les plus favorables de son habitat, et reprend son évolution divergente.

L’espèce humaine semble avoir subi ces dernières décennies cette phase d’expansion immense, dans laquelle toutes les sous-populations (les « races ») sont de nouveau connectées, et les échanges de gènes se font naturellement. Les démographes nous disent que l’espèce entre maintenant dans sa phase d’effondrement, mais les échanges ont été trop nombreux pour que les divergences évolutives ébauchées lors de l’isolement des populations puisse se poursuivre. Le métissage est en train de devenir la règle (au moins dans notre continent européen), annonçant à terme la fin du racisme. En tout cas on peut l’espérer.

François GERLOTTO

La sociobiologie suit une démarche inverse de celle de l’éthologie : au lieu de partir d’observations empiriques, elle adopte un point de vue déductif, cherchant quelles conséquences peuvent être tirées d’une application de la théorie de l’évolution au niveau des gênes.

[1] Interview de Boris Cyrulnik https://www.ouest-france.fr/culture/livres/lire-magazine/entretien-boris-cyrulnik-plus-j-etudie-les-animaux-plus-je-comprends-la-dimension-humaine-6d9da5a0-b296-11eb-af28-7060889facb9

[2] Konrad Lorenz, « L’agression », Ed. Flammarion, coll. Champs, 1983

[3] Edward O. Wilson. Sociobiology: The New Synthesis (1975; 25th anniversary edition 2000). Notons une remarque pertinente de Cyrulnik : « La sociobiologie suit une démarche inverse de celle de l’éthologie : au lieu de partir d’observations empiriques, elle adopte un point de vue déductif, cherchant quelles conséquences peuvent être tirées d’une application de la théorie de l’évolution au niveau des gênes » (Ethologie humaine, cours de Boris Cyrulnik).

[4] Voir par exemple le libre “La science face au racisme », Edition Complexe, 1986 (réédition du  nº 1 de la revue Genre Humain, Ed. Arthème Fayard, 1981); mais depuis cette date les travaux se sont multipliés.

[5] “norme” dans le sens statistique de “courbe normale”, ou de Gauss, ou courbe en cloche, etc., qui présente la variabilité d’un paramètre autour d’une moyenne.

[6] voir par exemple Marchetti, 1998. Notes on the limits to knowledge explored with Darwinian logic: clarifying and expanding the boundaries of the knowable using learning systems. Complexity, Ed. John Wiley & sons, Inc., volume 3, nº 3, pages 22-35

[7] Si l’on donne à « préjugé »» l’acceptionpéjorative habituelle, d’un jugement émis sur des bases subjectives. Bien sûr si l’on pense à un « préjugé » comme à un jugement émis avant que l’individu ait analysé de façon consciente toutes les pièces du « dossier », c’est exactement le cas : l’évaluation s’est faite sans implication consciente de l’individu.

[8] Je m’étais amusé lors d’un entretien d’embauche auquel je participais comme observateur, à classer le candidat comme « reçu » ou « refusé », avec une « note de faciès », dans un laps de 10 secondes après son entrée devant le jury, donc avant même d’avoir pu l’entendre, donc sans avoir la moindre idée sur ses compétences dans le poste proposé. Bien entendu ce classement restait complètement personnel et sans aucun impact sur les évaluations du jury. En comparant ma sélection avec celle du jury, établi après un interrogatoire et des discussions scrupuleusement objectives, j’ai pu me rendre compte que les deux candidats qui avaient reçu la meilleure note de ma part étaient aussi les deux meilleurs d’après le jury. Expérience unique et sans aucune valeur scientifique, mais intéressante…

[9] Je n’ai pas fait de recherche bibliographique sur ce point, mais j’ai bien l’impression que c’est dans les régions où une race particulière est complètement absente qu’elle est perçue par les habitants comme la plus dangereuse. Il n’est guère étonnant que les électeurs du FN soient nombreux soit dans les zones où la diversité est très élevée, soit dans celle où elle n’existe pas : les habitants d’un petit village campagnard qui ne voient pas passer d’étrangers et qui laissent leur portes ouvertes en permanence reçoivent sans les relativiser les informations sur les dangers des grandes villes : on a d’autant plus peur des immigrés qu’ils sont loin de chez nous et qu’on n’en connait aucun.

[10] On retrouve là toutes les analyses de Claude Lévi-Strauss écrites dans « Tristes Tropiques » sur les castes en Inde, qu’il analyse comme étant des instruments inventés par l’homme pour réduire la densité en « êtres humains » dans une région surpeuplée : les autres castes regroupent des individus qui ne sont pas humains dans le sens que donne la mienne à cette définition, et comme tels n’ont pas à être comptabilisés dans la démographie locale : un humain est « seul » dans une île, même s’il est accompagné d’un million de lapins.

[11] souligné par nous

[12] La sélection sexuelle : essai sur la filiation de l’homme. Darwin, 1871.

[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/Racisme

[14] Le néoténisme est l’existence d’une capacité de maturité sexuelle avant la fin de la croissance. Le cas le plus emblématique est celui de l’axolotl, batracien mexicain qui peur se reproduire à l’état de têtard. Cette hypothèse néoténique sur l’évolution humaine s’appuie sur le fait que la croissance de l’homme est de loin la plus lente de tout le règne animal, et que dans certains cas elle semble ne pas s’achever.

[15] McCall basin model (McCall 1990)

[16] Hanski I.A., 1999, Metapopulation ecology. Oxford University Press.

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