Comme nous l’avions annoncé, l’absence de politique écologique fait monter dans les fractions jeunes de l’écologisme des pulsions violentes qui se manifestent aujourd’hui dans des actions spectaculaires.

Au retour du front des Deux-Sèvres, Sandrine Rousseau sut comme à son habitude trouver les mots pour évoquer la bataille de Sainte-Soline : “Nous avions la gorge qui grattions, nous avions les yeux qui brûlions”. Il est tentant de poursuivre le récit sur le mode parodique mais les affrontements du 29 octobre ont fait 61 blessés parmi les gendarmes et 50 chez les manifestants…

Objectif de la mobilisation : dénoncer un projet de retenue d’eau élaboré par un groupement d’agriculteurs pour assurer l’irrigation pendant l’été. Ces méga-bassines pomperaient abusivement dans la nappe phréatique une eau qui risque de s’évaporer partiellement avant d’être utilisée par quelques agriculteurs seulement. Le chantier de la méga-bassine de Sainte-Soline a donc été promu Zone à défendre par des groupes d’écologistes radicaux – Extinction Rébellion, Soulèvement de la Terre – avec le soutien toujours percutant d’éléments de la gauche radicale. L’incontournable Sandrine Rousseau a apporté son soutien à ces franges extrémistes en déclarant que Yannick Jadot, violemment insulté à Sainte-Soline, devait entendre leur colère. Cette entorse à la camaraderie prêterait à sourire si elle ne traduisait une profonde division chez les Verts où l’on trouve de nombreux partisans d’une “écologie de combat”.

Loin de Sainte-Soline mais dans le même esprit, des “écoguerriers” jettent divers produits sur des tableaux célèbres ou maculent des bâtiments pour dénoncer l’inaction climatique et l’utilisation massive du pétrole. Ces attaques vont s’intensifier. Aussi vaines que spectaculaires, elles sont inévitables en raison de la mollesse des gouvernements, incapables de maîtriser la logique du capitalisme.

En décembre 2019, au lendemain de la COP 25, François Gerlotto annonçait que l’absence de politique écologique ferait monter une vague d’intégrisme et de violence dans l’écologisme. Nous y sommes. Le jet de soupe sur des toiles de Van Gogh à New York et à Londres, une tentative identique empêchée à Paris contre une toile de Gauguin et une intervention au cours d’une représentation à l’Opéra Bastille constituent des provocations destinées à faire bouger l’opinion publique. Elles sont vouées à l’échec car les attaques symboliques sur des œuvres d’art, sans qu’elles aient le moindre lien avec la cause défendue, seront vues comme des manifestations de haine de la culture. Quant aux “Zones à défendre”, elles ne mobilisent que les différentes tendances d’une radicalité qui manifestent en cassant du gendarme sa haine de l’Etat. Or il n’y aura pas de révolution écologique sans l’action délibérée d’un Etat à nouveau capable de mobiliser l’économie autour d’un plan national et de faire valoir ses objectifs dans les relations internationales. La radicalité verte est à l’opposé de ces enjeux politiques.

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Article publié dans le numéro 1243 de « Royaliste » – 2 novembre 2022

 

 

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