François Hollande a attendu le vote du Congrès des Etats-Unis. Comme l’initiative russe le rendait inutile, François Hollande a attendu la conclusion de l’accord entre les Américains et les Russes sur les armes chimiques en Syrie pour s’exprimer.

Répondant aux questions de Claire Chazal ce dimanche 15 septembre, le président de la République a voulu nous faire croire qu’il avait joué un rôle dans « la tragédie la plus grave du début du 20ème siècle » – en oubliant la tragédie actuellement vécue par l’Afghanistan – alors qu’il n’en fut que le spectateur. C’est bien beau de disserter à la télévision sur les obligations et les sanctions, sur le maintien de l’option militaire, sur le soutien à l’opposition démocratique syrienne… mais les faits contredisent le ton résolu et les formules martiales.

Notre ministre des Affaires étrangères n’a pas soutenu l’initiative russe mais exprimé à plusieurs reprises un scepticisme rageur et impuissant alors que le président des Etats-Unis sautait sur la perche tendue par Vladimir Poutine pour écarter la fameuse option militaire. Laurent Fabius  préférait sans doute lire les articles imbéciles de « Libération » et du « Monde » qui dénonçaient la « ruse » de Poutine et la « resoviétisation » de la diplomatie russe… Notre ministre des Affaires étrangères n’a pas été convié à Genève pour participer aux discussions entre John Kerry et Sergueï Lavrov : lorsque l’accord a été conclu, Laurent Fabius a été forcé de saluer piteusement une « étape importante ». Pour sauver la face, on prétend à l’Elysée que c’est la menace des bombardements qui a contraint Moscou à changer d’attitude. On oublie que sur le plan militaire les Américains étaient maîtres de la manœuvre. On oublie surtout que Barack Obama, sensible à l’opposition du peuple américain et soucieux de ne pas s’engager dans une affaire à l’irakienne, ne cessait de différer le passage à l’acte et espérait sans doute un vote négatif du Congrès. Entre les Etats-Unis et la Syrie, la Russie a tenu le rôle d’une puissance médiatrice – au grand dépit de ceux qui veulent rejouer la Guerre froide.

A la faveur de la crise syrienne, François Hollande va-t-il prendre conscience de l’inconsistance de sa diplomatie ? J’en doute. Il pourra continuer à se donner le beau rôle, parce que la France est membre permanent du Conseil de sécurité. Mais s’il voulait mener une politique d’indépendance nationale, il lui faudrait reconsidérer toute la politique militaire de la France et en tirer les conséquences budgétaires. C’est ce que montre très justement le colonel Goya (1). Si la France avait maintenu le même effort qu’au temps de la Guerre froide, explique-t-il, « on aurait investi plus de 200 milliards d’euros (constants) supplémentaires dans notre outil de défense, dont environ 80 milliards en investissements industriels et technologiques. Le budget s’élèverait aujourd’hui à environ 56 milliards d’euros au lieu de 31. Si les contribuables français faisaient le même effort que les contribuables américains ce budget avoisinerait les 80 milliards d’euros ». Cet effort aurait eu des retombées économiques et technologiques en tous points positives mais surtout «nous disposerions d’un outil de projection de forces puissant, second seulement de celui des Etats-Unis. Nous ne serions pas obsédés par l’idée de « peser dans une coalition » puisque nous n’aurions pas besoin de coalition. Nous serions intervenus seuls en Libye s’il avait fallu, nous aurions pu porter nous-mêmes nos troupes au Mali et nous serions capables de lancer une campagne de frappes sur n’importe quel pays proche si le Président de la République le décidait. L’« indépendance nationale » chère au général de Gaulle serait préservée ainsi que la possibilité de constituer une alternance à la protection des Etats-Unis. Nous ne serions pas obligés, phénomène inédit dans notre histoire, d’attendre le vote d’un parlement national étranger pour engager notre propre armée ».

Il n’est jamais trop tard pour se donner les moyens d’une politique conforme aux intérêts de la France. Mais le propre de la gouvernance, c’est d’organiser sa propre impuissance.

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(1)    Lire son article sur le blog « La voie de l’épée » : http://lavoiedelepee.blogspot.fr/2013/09/la-france-troisieme-puissance-militaire.html