La Commission européenne, incarnée en l’occurrence par l’inénarrable Moscovici, la télévision publique et la « grande presse » ont annoncé que la Grèce était sortie de la crise et que son peuple pouvait regarder l’avenir avec confiance. Ils mentent ! Ils mentent autant que Tsípras et son gouvernement.

Commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici s’est voulu solennel au sortir de la réunion de l’Eurogroupe, le 21 juin : « C’est un moment exceptionnel. La crise grecque s’achève ici, ce soir au Luxembourg ». C’est faux. Ce qui est exceptionnel, c’est le niveau de mensonge atteint par la Commission et ses relais médiatiques.

La Grèce n’est pas sortie de la crise qui la ruine depuis huit ans : elle est sortie du plan d’aide qui était censé la sortir de la crise.

Ce plan d’aide était lui-même une imposture : son objectif n’était pas d’aider la nation et le peuple grecs mais d’aider les banques françaises et allemandes bourrées de créances sur la Grèce.

La sortie du plan d’aide à la Grèce ne signifie pas que la Grèce est sortie du système mortifère des plans européistes : le pays est maintenant entré… dans un plan de sortie. Un plan de sortie du plan d’aide, cela reste une contrainte.

Cette contrainte est-elle imposée pour le bien de la Grèce ? C’est ce qu’on veut nous faire croire. Grâce à la discipline du gouvernement grec et aux efforts du peuple grec, nous dit-on, la croissance est repartie, le tourisme est florissant et les émigrés reviennent. Mensonges ! Comme nous l’explique Olivier Delorme depuis Nisyros, on ne peut parler de retour de la croissance quand le PIB augmente de 1,2% en 2017 alors qu’il a baissé de 25 à 30% pendant les années de crise ; ce sont les entrées de touristes en Grèce qui explosent mais pas les recettes touristiques qui vont principalement à des groupes étrangers ; et le retour soigneusement médiatisé de quelques Grecs au pays masque l’accélération de l’exil des jeunes et des diplômés.

La Grèce est et reste plongée dans une crise mortifère.

Le peuple grec continue de souffrir : seuls 10% des chômeurs sont indemnisés et touchent 360 euros par mois ; 43% des ménages déclarent qu’ils ne peuvent pas chauffer leur logement ; entre 2007 et 2017, les suicides ont augmenté de 43%.

La nation grecque continue d’être appauvrie et pillée. Les ports et les aéroports – entre autres biens publics – ont été vendus à des groupes étrangers ; le système de santé a été démantelé ; à bout de ressources, de nombreux grecs vendent leurs terres ou leur maison à des étrangers qui se comportent plus souvent en prédateurs qu’en amoureux de la Grèce.

Comme les plans soviétiques de naguère, les « projections macroéconomiques » de la Commission sont d’un optimisme débridé. Il y est question d’un excédent budgétaire primaire – solde des dépenses et des recettes hors service de la dette – qui augmenterait dans une économie en croissance soutenue. C’est là une sornette, auquel le FMI ne croit même pas. Il est vrai qu’il y a une légère croissance, mais elle sera bridée par l’austérité budgétaire. Il est vrai que la Grèce va pouvoir revenir sur les marchés financiers – mais nul ne sait à quels taux elle devra emprunter pour tenter de rembourser la dette publique.

La dette ! Tel est le seul problème qui intéresse vraiment les gens de Berlin, Bruxelles et Francfort. L’excédent primaire n’est pas recherché pour créer de l’activité en Grèce, mais pour rembourser le maximum possible d’une dette impossible à rembourser. La dette grecque s’élève à 300 milliards, soit 180% du PIB, contre environ 100% il y a dix ans. Il est évident qu’elle ne sera jamais remboursée mais les créanciers – Etats et institutions européennes – exigent qu’on pressure au maximum la victime. L’Eurogroupe prévoit que la dette repassera sous la barre des 100% en 2060. En clair, cela signifie qu’on continuera à réduire les dépenses sociales, à privatiser, à taxer au maximum un peuple martyrisé pendant quarante années supplémentaires !

Tsípras et son gouvernement entérinent toutes les contraintes de ce plan de famine, espérant sauver leur mise lors des prochaines élections. En écho à l’Eurogroupe, ils mentent comme ils trahissent avec la même constance dans le cynisme.

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Article publié dans le numéro 1149 de « Royaliste » – 2018