Dans notre patrie confrontée aux multiples conséquences de la crise économique, sociale et écologique, la confusion politique accroît les incertitudes et s’ajoute aux angoisses provoquées par la menace terroriste. Face à des enjeux considérables, les activités de la Nouvelle Action royaliste et les engagements de « Royaliste » peuvent sembler dérisoires. A quoi servons-nous, si la réalisation du projet royaliste est improbable à moyen terme et si nos contributions au débat public sont minimes dans le champ médiatique ? Ces questions existentielles méritent des réponses précises.

Nous sommes un tout petit mouvement politique qui, faute de pouvoir nouer des alliances partisanes dans le moment présent, se concentre sur les tâches de la réflexion. Nous fonctionnons comme une société de pensée, sans capacités financières, mais qui bénéficie des moyens offerts par Internet et par les réseaux sociaux. La diffusion des idées s’en trouve considérablement accrue, surtout si cette diffusion est systématisée par un réseau militant qui est lui-même relié à d’autres réseaux partageant peu ou prou les mêmes orientations politiques.

Le rôle des sociétés de pensée dans la formation de l’esprit public et dans les révolutions politiques étant attesté par maints historiens, les complexes liés à la petite taille et à la pauvreté n’ont pas lieu d’être. Notre contribution au débat public est spécifique mais jamais séparée des enjeux collectifs. En voici le schéma :

 

Le récit national. Ce n’est pas à nous de le définir mais nous voulons y apporter notre contribution selon un rapport précis à l’histoire. Nous ne sommes pas historiens. Nous nous plaçons sous l’égide de la recherche historique et nous sommes attentifs à plusieurs écoles. C’est dans le respect du métier d’historien que nous voulons participer au travail de la mémoire nationale dans une perspective unifiante (nous assumons toute l’histoire de France) tout en soulignant l’apport de la monarchie et le rôle positif qu’ont pu jouer divers courants et personnalités royalistes. Nous sommes bien entendu particulièrement attentifs à nos propres filiations : légistes de l’ancienne monarchie, grands serviteurs de l’Etat en voie de formation (Colbert, Richelieu), monarchiens de 1789 et monarchistes libéraux du XVIII et XIXème siècles, christianisme social, gaullisme de gauche. Nous prenons place, comme patriotes français et sans aucune volonté d’accaparement, dans les cérémonies mémorielles : millénaire de la France en 1987, bicentenaire de la Révolution en 1989, mémoire de la Résistance et de la Déportation, hommage aux vainqueurs des deux guerres mondiales à l’occasion du centenaire de la victoire de 1918.

Notre souci politique ne s’exprime pas de manière singulière mais selon les concepts communs – la République comme idéal du bien commun, la nation comme unité forgée par l’histoire et le droit, la souveraineté, l’Etat comme mode d’organisation du droit – et selon les principes communs de liberté, d’égalité et de fraternité. Nous démontrons qu’il est insensé d’opposer la « République » conçue comme un régime alors qu’elle est, au-delà de tout régime, le Politique en tant que tel et une « Monarchie » idéologisée – de surcroit figée dans une vision étriquée de l’absolutisme. Nous regardons les institutions de la nation selon leur évolution historique et jugeons positive l’instauration de la Vème République gaullienne, que nous définissons comme une monarchie élective, démocratique et parlementaire qui peut se transformer en monarchie royale par consentement populaire exprimé au suffrage universel. Nous défendons la laïcité, résultat d’une dialectique multiséculaire dans laquelle la monarchie capétienne a joué un rôle important.

La question royale reste en suspens faute d’un engagement princier effectif et par conséquent risqué, sur le chemin tracé par le défunt comte de Paris depuis les années trente jusqu’à la fin des années quatre-vingt dix. Cette défaillance ne ferme pas la perspective de l’instauration d’une monarchie royale : elle la diffère dans l’attente d’une décision d’un prince de France qui se présenterait, autrement qu’en paroles et formules écrites, comme le serviteur de tous. Cette attente est riche d’activité : nous voulons préserver l’acquis institutionnel, défendre l’unité nationale, revenir sur les abandons de souveraineté, agir selon l’esprit des révolutions de 1789, 1830, 1944 et 1958. Cela signifie que nous partageons les soucis et les engagements de très nombreux citoyens, patriotes de droite et de gauche, gaullistes, socialistes, communistes, « souverainistes » selon le terme ambigu qui s’est répandu. Les Mercredis de la NAR sont pour eux tous, depuis 35 ans, l’occasion d’écouter des conférenciers de grande qualité et de participer aux débats.

La question de l’unité des royalistes est pour nous inopportune. Un parti royaliste unifié nuirait gravement au prince qui voudrait être l’homme de la nation – et il faut se souvenir que toute l’action du comte de Paris a été conçue et menée contre l’Action française qui monopolisait alors l’expression royaliste. Le chef de la Maison de France entretenait d’excellentes relations avec Pierre Mendès-France sous la IVème République, avec le général de Gaulle puis avec François Mitterrand sous la Vème République – trois hommes d’Etat honnis par l’Action française.

Une unification des courants royalistes réputés « orléanistes » supposerait de larges convergences sur l’histoire nationale, sur les révolutions institutionnelles, sur les principaux enjeux politiques… Entre les héritiers de l’Action française nationaliste, antidémocratique, antiparlementaire, parfaitement antirépublicaine et la Nouvelle Action royaliste patriote, démocrate, parlementariste et rigoureusement républicaine, les oppositions sont insurmontables comme nous l’avons constaté en juin 2010 après quelques heures de confrontation.

Nos engagements politiques nous tiennent éloignés des polémiques entre royalistes et du spectacle folklorique organisé autour d’un prétendu « roi Louis XX » par de prétendus « légitimistes ».

Nous sommes engagés dans les luttes sociales – de la grève du « Joint français » en 1971 à la mobilisation contre la loi El Khomri en 2016 – dans les campagnes contre le racisme et la xénophobie, et dans la bataille pour l’indépendance nationale avec pour cibles principales l’euro et l’Otan. Nous avons pour référence le courant hétérodoxe en économie – en référence, avec toutes les distinctions nécessaires, aux œuvres de Keynes, de François Perroux, de Jacques Sapir. Nous réfléchissons aux conditions qui permettront le rétablissement et le développement de l’Etat social établi à la Libération. Contre l’écologisme politicien et le courant climato-sceptique, nous sommes en train de définir un projet écologique, à inscrire dans la planification nationale et dans la politique extérieure de la France. Contre les dérives induites par l’exploitation idéologique et commerciale d’Internet et des réseaux sociaux, nous voulons que l’Etat mette en œuvre un plan de reconquête de la souveraineté numérique et de protection de la liberté des citoyens.

Quand se dessinait la crise terminale de l’Union soviétique, nous avions repris le projet gaullien de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Alors que l’Union européenne est proche de l’effondrement, nous travaillons dans la perspective d’une Europe des Etats souverains, continentale et confédérale. Quant à l’Europe, nous insistons sur la fonction bienfaisante des monarchies royales actuellement instituées sans pour autant négliger les évolutions politiques qui marquent l’ensemble des nations européennes. Nous avons suivi attentivement l’opposition extra-parlementaire en Russie entre 2010 et 2012, souhaité la victoire de Syriza en Grèce et nous observons de près l’évolution de Podemos en Espagne.

Débattues et votées lors des congrès annuels de la Nouvelle Action royaliste, les motions qui forment programme fixent la ligne politique de « Royaliste » et déterminent les alliances possibles.

- Le projet de ré-instauration d’une monarchie royale nous est bien entendu spécifique mais tous les éléments de notre programme peuvent être partagés avec d’autres formations politiques républicaines et démocratiques.

- Depuis 1974, nous avons privilégié les alliances avec les mouvements gaullistes. Après 1981, nous avons milité pour la formation qu’une quatrième composante de la majorité présidentielle, là encore aux côtés des gaullistes puis avec le Mouvement des Démocrates de Michel Jobert, brièvement avec France unie après la réélection de François Mitterrand en 1988 puis nous avons intégré la direction du Pôle républicain en 2002 pour la campagne de Jean-Pierre Chevènement.

Ces rassemblements auxquels nous étions publiquement partie prenante ont tour à tour échoué et aucune alliance n’a pu être conclue depuis 2002. Mais nous demeurons persuadés que la reconstitution d’un « parti des politiques » est possible.

Les repères pour les élections de 2017 sont à prendre en fonction de nos convictions souvent réaffirmées et de nos engagements passés.

Rejet des candidats de l’oligarchie – qu’il s’agisse de François Fillon, d’Emmanuel Macron ou du  candidat « socialiste ».

Rejet de la candidate frontiste qui n’a répudié ni le nationalisme xénophobe qui inspire depuis l’origine sa formation, ni sa reformulation « identitaire » qui contredit l’impérative unité nationale dans le mépris du caractère primordial de la réaffirmation de la souveraineté nationale.

Au premier tour, des choix restent possibles mais probablement sans engagement militant. Ils se feront début avril lors de notre congrès, au vu des programmes des candidats.

La recomposition du paysage politique commencera après l’élection présidentielle selon des modalités qui ne sont pas encore prévisibles. Nous espérons pouvoir alors reprendre des activités de mouvement politique sans pour autant renoncer à la réflexion fondamentale. Les conditions théoriques d’un rassemblement patriotique sont depuis longtemps réunies et divers réseaux auxquels nous sommes reliés esquissent sa réalisation pratique dont nous entretiendrons régulièrement les lecteurs de « Royaliste ».

Nicolas PALUMBO, président du Comité directeur de la NAR

Bertrand RENOUVIN, directeur politique de « Royaliste »

Christophe BARRET, directeur politique adjoint de « Royaliste »

 

Références

Bertrand Renouvin, La nation et l’universel, IFCCE, Collection Cité. 2015.

Patrick Germain, Le roi légitime, Bourbons ou Orléans, L’impossible querelle dynastique entre cousins, Editions Patrice du Puy, 2013.

Christophe Barret, Podemos, Pour une autre Europe, Cerf, 2015.

Recueil des motions des congrès de la Nouvelle Action royaliste, disponible par envoi internet en format PDF sur simple demande.

Pour plus de précisions sur nos conceptions, il suffit de faire une recherche sur les concepts et les personnalités évoqués dans cet article en se rendant sur le blog de Bertrand Renouvin où se trouvent réunis plus de mille articles et études. www.bertrand-renouvin.fr