Le thème de la « dérive monarchique » des institutions est aussi vieux que la Vème République et presque tous nos présidents en ont été accusés. Emmanuel Macron recevant Vladimir Poutine à Versailles puis s’adressant au Congrès dans l’Aile du Midi a relancé la machine à clichés. Cette année, la « monarchie présidentielle » est plus que jamais associée à l’image de Louis XIV, à l’absolutisme, voire au despotisme. Les usages polémiques des concepts politiques ont l’inconvénient de brouiller les analyses et de masquer les véritables enjeux, stratégiques et programmatiques. Si dérive il y a, il faut tenter d’en saisir la nature et l’ampleur pour bien la combattre tout en préparant la remise en ordre et la rénovation de nos institutions.

Quant à l’exercice macronien du pouvoir, l’évocation de la monarchie absolue est dénuée de toute pertinence. L’absolutisme est un bref moment dans l’histoire de la monarchie capétienne et l’Ancien régime a été abattu en 1789 par des révolutionnaires qui ont institué une représentation nationale sans remettre en question la monarchie royale. La première Constitution monarchique et parlementaire a été un échec mais c’est la monarchie restaurée après la parenthèse impériale qui a établi le régime parlementaire selon des principes qui sont au fondement des institutions de la Vème République. A la suite d’éminents juristes, nous avons expliqué mille fois que notre régime politique était une monarchie élective – depuis que le président défini par l’article 5 est élu au suffrage universel – et que cette monarchie démocratique est parlementaire puisque le gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale. A l’opposé du régime politique des Etats-Unis, notre monarchie présidentielle, dans sa conception gaullienne, s’apparente au modèle monarchique et royal des nations européennes dans lequel le chef de l’Etat est le symbole de l’unité et l’ultime recours en période critique. Royales ou élective, les monarchies européennes sont républicaines dans la mesure où elles respectent la primauté de l’intérêt général défini par la délibération démocratique.

Ce rappel permet de situer précisément Emmanuel Macron. L’élu du 7 mai n’a rien changé dans le mode de gouvernance établi au début du siècle : il s’est inscrit d’emblée dans le mouvement subversif qui nous a fait passer de la République à l’oligarchie, du gouvernement selon la visée de l’intérêt général à la prise en main du pouvoir par une petite minorité chargée de promouvoir un conglomérat d’intérêts privés – en l’occurrence ceux de la classe dominante. Cette oligarchie s’est installée avec le quinquennat et grâce à l’euro qui est un mode de direction autoritaire, radicalement antisocial, dont les Grecs font la cruelle expérience. Dès le début de sa carrière, à la banque puis dans le cercle dirigeant, Emmanuel Macron s’est placé dans le système oligarchique dont il a maintenant l’entière maîtrise. Son projet n’est pas le retour à la monarchie parlementaire gaullienne, comme il le laisse parfois entendre, mais l’accélération du processus de domination du pays par l’élite du pouvoir, des affaires et des médias. Maître de l’Assemblée nationale par le biais du parti qu’il a créé, ignorant le principe de séparation des pouvoirs au point de désigner lui-même le président du groupe parlementaire de La République En Marche, décidé à légiférer par voie d’ordonnances, le chef de l’Etat s’est adressé au Congrès pour montrer à tous qu’il était le maître et que son Premier ministre avait rang de simple secrétaire, chargé de régenter une équipe ministérielle encadrée par des directeurs de cabinet aux ordres de l’Elysée. La mise en œuvre d’un « système des dépouilles » contraire à la conception française de l’Etat viendra compléter d’ici peu ce dispositif.

L’efficacité du management oligarchique sera peut-être atteinte, mais au prix d’une accélération du processus de destruction de la Vème République. Emmanuel Macron pense et agit au mépris de la fonction arbitrale qui lui est assignée par la Constitution, selon l’ambition dictatoriale que suppose la pleine réalisation de l’ultralibéralisme.

La lutte contre les « réformes » macroniennes n’est pas séparable du projet de restauration et de rénovation des institutions gaulliennes.

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Editorial du numéro 1126 de « Royaliste » – 2017