De nouveaux facteurs de crise économique viennent s’ajouter aux anciens mais la classe politique ne veut rien voir ni savoir. Les chefs de factions, qui s’estiment présidentiables, se chamaillent autour de la question des primaires. Des sondages dénués de toute pertinence accroissent la confusion.

Banalisé depuis une quinzaine d’années, le spectacle de la pré-campagne présidentielle relève plus de la psychanalyse sauvage – nous n’avons écouté personne sur un divan – que de l’analyse politique. Curieusement, ce sont les formations classées aux extrêmes qui se comportent de manière classique : la France insoumise a toujours-déjà son candidat ; le Rassemblement national se rangera derrière Marine Le Pen ou Jordan Bardella en juillet.

De gauche ou de droite, les autres partis étalent leurs divisions et les chefs de tendance entrent dans la logique de la rivalité mimétique. C’est là une autre curiosité de la situation politique. La droite national-populiste et la gauche radicale se préparent à défendre un programme de gouvernement, selon les règles du débat démocratique. En revanche, ceux qui rivalisent à gauche, chez les écologistes, au sein du “bloc central” et à droite n’ont entre eux aucun désaccord fondamental. Tous savent fort bien qu’ils prolongeraient vaille que vaille les politiques européistes et néolibérales si, d’aventure, ils prenaient la direction du pays.

L’accord sur le fond décuple la jalousie voire la haine entre les personnes, dans une rivalité sans limites. A la différence du schéma développé par René Girard, l’objet du désir – le Pouvoir – est désiré en tant que tel, non parce que l’autre le désire. L’adversaire est un ennemi, qu’il faut éliminer.

La violence de la compétition est compliquée par des tactiques de groupes, qui fédèrent provisoirement des ambitions personnelles. Dans toutes les configurations, les idées politiques ne sont pas considérées comme les sources de projets et de programmes ultérieurs, mais comme des armes destinées à créer de la différence avec le rival et à séduire les sympathisants.

Sur cette toile de fond, les manœuvres à gauche sont d’une complexité croissante. Il y a ceux qui sont partisans d’une primaire de la gauche unie : Marine Tondelier, Olivier Faure, François Ruffin. Et puis il y a l’opposition interne du Parti socialiste, menée par le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, qui souhaite une primaire associant le Parti socialiste et la tendance Glucksmann. N’oublions pas le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Boris Vallaud, qui voudrait que le PS désigne son propre candidat avant tout rassemblement… sans Mélenchon, tandis que François Hollande guette dans l’ombre. Sans attendre que la question des primaires soit tranchée, Jérôme Guedj s’est déclaré candidat en février et Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre, a fait de même fin avril.

A droite, les choses sont tout aussi compliquées. Laurent Wauquiez, président du groupe Les Républicains à l’Assemblée, est partisan d’une primaire ouverte, qui irait de Gérald Darmanin à Sarah Knafo, jeune ambitieuse inscrite pour le moment dans l’extrémisme zemmourien. Le président du Sénat, Gérard Larcher, est hostile à cette proposition, de même que Valérie Pécresse. On croit deviner que, pour Laurent Wauquiez, le problème n’est pas la primaire mais la meilleure manière de faire tomber Bruno Retailleau. L’ancien ministre de l’Intérieur vient de se faire élire candidat à la candidature par son parti – qui a par conséquent rejeté tout projet de primaire, ouverte ou fermée. Comme Laurent Wauquiez a dénoncé un “jeu de dupes”, il y aura des rebondissements, des chausse-trapes et des coups tordus. Éric Ciotti n’a pas peut-être pas tort lorsqu’il prévoit qu’à la fin des fins, c’est peut-être Edouard Philippe qui ramassera la mise. Ceci pour porter toujours plus loin et toujours plus haut les “valeurs” de l’oligarchie.

La publication de sondages sur les candidats déclarés est une absurdité qui consiste à jeter de l’huile de perlimpinpin sur des feux de paille. Comme tous les candidats ne sont pas en piste, cela n’a aucun sens de placer telle personnalité en tête et telle autre en queue avec des pourcentages précis, qui sont exploités plus ou moins finement par les divers compétiteurs. Souvenons-nous qu’en 2021 Valérie Pécresse était créditée d’environ 16% d’intentions de vote, qu’elle en avait perdu la moitié lorsque la liste officielle des candidats a été publiée et qu’elle s’est retrouvée avec 4,79% des suffrages au soir du premier tour de 2022.

A propos de défaites cinglantes, on se souviendra que la même Valérie Pécresse avait été désignée contre Laurent Wauquiez lors d’une primaire. Du côté gauche, Benoît Hamon avant remporté la primaire citoyenne de 2017 face à Manuel Valls pour se retrouver avec 6,4% des voix. Les primaires sont l’expédient des partis faibles et des pensées molles, dopées par des sondages insensés.

L’opinion publique ne semble guère intéressée par ces manœuvres tactiques. Elle assistera de loin au spectacle traditionnel du lancer de slogans. Il s’agit, pour le candidat à la candidature, de narguer son proche adversaire et de séduire ses partisans avec des mots qui passent pour l’expression de convictions mais qui sont de simples marqueurs en vue de se positionner en foudre de guerre. On évoque un blocus de l’Espagne, comme Bruno Retailleau. On refait le coup de la tronçonneuse comme David Lisnard. On nous annoncera des réductions mirifiques du nombre de fonctionnaires. Des coupes “drastiques” dans les dépenses. Des renvois massifs de clandestins… Voici que les matamores de plateau ouvrent une fois de plus le festival de l’impuissance bavarde.

Et pendant ce temps, Jordan Bardella fait en douceur une campagne de second tour, celle des amabilités rassembleuses et des ronds-de-jambe au patronat.

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 Article publié dans le numéro 1323 de « Royaliste » – 2 mai 2026

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