« Tout ce qui est excessif est insignifiant » nous rappelle fort à propos Talleyrand. Manifestement, nos brillantissimes folliculaires du quotidien de référence du soir, Le Monde, journal qui se pique de fournir à ses lecteurs une information fiable, n’ont cure de cette invitation frappée au coin du bon sens. Gare à celle ou à celui qui ne pense pas bien, qui n’est pas dans la ligne du parti ! Son sort est réglé d’avance au terme d’une parodie de procès stalinien. Elle ou il le vaut bien. La charge est héroïque. Au fait brut, on préfère le commentaire. À la retenue, on préfère l’excès. Au doute, on préfère la certitude. Au procès équitable, on préfère le procès inéquitable. En un mot comme en cent, on privilégie des méthodes que l’on récuse chez tout ce qui penche même très légèrement à droite[1]. Ce qui ne manque pas de sel.
Aujourd’hui, la tête de Turc de notre quotidien du soir est toute trouvée, le Directeur de Sciences Po Paris, le diplomate, Luis Vassy par qui le scandale arriverait au sein d’une école qu’il aurait reprise en main alors que tout y allait très bien. Il porte au tréfond de son âme tous les péchés de l’école de la Rue Saint-Guillaume. Au terme d’un réquisitoire implacable marqué au sceau de la passion, de l’idéologie, notre homme et cloué au pilori, exécuté en place de Grève sur le bûcher médiatique du Monde. Par chance, dès le lendemain, Le Figaro relève le gant en se livrant à un plaidoyer tout à fait réussi, en sens opposé, en faveur de Luis Vassy en utilisant la voix de la raison chère à René Descartes.
UN RÉQUISITOIRE IMPLACABLE CONTRE LUIS VASSY : LA VOIX DE LA PASSION
Luis Vassy, unique objet du ressentiment d’une feuille de chou. La rédaction impartiale du Monde confie à l’une de ses plumes les plus acérées le soin de se livrer à la curée du malheureux Directeur de Sciences Po Paris qui n’en peut mais. Une bonne bretonne qui tourne le fer dans la plaie de notre homme sur une pleine page avec photo en pied du délinquant multirécidiviste[2]. Et pour être certaine de frapper la cible au cœur, on en rajoute une couche en insérant dans la rubrique « Idées » la tribune d’un enseignant grincheux, un « has been », qui est là pour servir la soupe de la Dame et sa thèse dénuée de tout sens de la mesure[3]. Ainsi, le tableau est complet. Le réquisitoire est implacable. Quel lecteur pourrait alors se faire l’avocat de notre technocrate coupable par nature et par essence ? Tout va très bien Madame la Marquise dans le meilleur des mondes médiatiques. Le Directeur a dit la vérité, il doit être exécuté. Mais que nous disent ces Fouquier-Tinville ?
Dans une présentation sans réel fil conducteur, la douce Soizig Le Nevé met en exergue la tribune signée, en avril dernier, par 145 professeurs (sur 272) dans laquelle ces derniers dénoncent « une escalade de la répression » de la part du directeur de Sciences Po ainsi que son mode de gouvernance « unilatéral ». En effet, pour ces enseignants, soixante-huitards attardés, faire évacuer les locaux d’un établissement d’enseignement occupé par des étudiants violents et animés d’une idéologie mortifère est inadmissible. Qui plus est, en sanctionner certains est tout simplement injuste. Mais, ce n’est pas tout, Luis Vassy a le culot de vouloir remettre la méritocratie au cœur du recrutement et de faire évoluer le cursus des relations internationales au-delà d’une approche uniquement sociologique privilégiée par une majorité de vieux grognards de la rue Saint-Guillaume. Il est inadmissible, pour ces idéologues au petit pied, d’envisager les relations internationales sous l’angle des questions de sécurité et de défense, de faire appel à des diplomates et à des représentants de l’industrie d’armement. On lui reconnaît tout juste sa capacité de dialogue mais on lui reproche de décider seul. N’est-ce pas le propre d’un vrai chef que de prendre ses responsabilités ?
Quant à Jean-François Bayart, l’enseignant-chercheur retraité, sans peur et sans reproche, il nous sert un brouet infâme pour un intellectuel de son niveau. Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. Le principal reproche formulé par ce politiste tient à l’approche conceptuelle retenue par Luis Vassy pour les enseignements prodigués à Sciences Po. La sociologie des relations internationales (discipline très confuse et très pifométrique) serait reléguée en seconde zone au profit de la géopolitique, de la recherche et de la politique étrangère, du recours à des chercheurs ne pensant pas bien (Hugo Micheron) et n’ayant pas pour seule obsession Gaza, à des diplomates trop Realpolitik et axés sur les questions de sécurité et de défense, à des marchands de canons … L’autre reproche formulé par Jean-François Bayart tiendrait à une gouvernance verticale, à une « parole vindicative », à sa « répression des étudiants solidaires des Palestiniens » (ceux qui occupaient les locaux, empêcher la tenue des cours et pourchassaient les étudiants soupçonnés de ne pas être sur cette ligne). En un mot comme en cent de ne pas s’en tenir à la collégialité des décisions. Notons, pour la bonne bouche, que notre journaliste fait appel, à plusieurs reprises, à la voix autorisée, de l’inénarrable Bertrand Badie qui adore brasser les concepts n’ayant qu’un lointain rapport avec la réalité des relations internationales.[4]
Quand la vacuité d’une pensée rejoint l’iniquité du jugement !
UN PLAIDOYER RÉUSSI POUR LUIS VASSY : LA VOIX DE LA RAISON
Rappelons que Luis Vassy est diplômé de l’IEP, ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Cachan et de l’ENA dont il est le camarade de promotion d’un certain Emmanuel Macron[5]. Un excellent modèle de méritocratie à la française et non un parachuté. Sa biographie parle pour lui.
On croit rêver en découvrant, que celui qui a eu le courage de remettre de l’ordre dans la pétaudière qu’était devenue Sciences Po Paris, aurait « semé la discorde dans l’établissement » alors qu’il a fait le contraire. Aujourd’hui, on y cultive la méritocratie républicaine, on y travaille, on y enseigne en remettant certaines disciplines à l’ordre du jour, on y fait appel à des praticiens des relations internationales, on y fait revenir les investisseurs qui s’étaient détourné de cette annexe de la Sorbonne des années 68 … Les signataires de la tribune vont jusqu’à lui reprocher deux de ses formules : « Nous recrutons les plus compétents, et non pas les plus militants » et : « Sciences Po n’est ni une ONG, ni une ambassade ». Tout ceci est-il condamnable ou louable ? Les mots ont-ils encore un sens sous la plume de ces perroquets à carte de presse du Monde mais aussi de Libération ? Tout ceci n’est-il pas digne d’un tabloïd britannique ?
Heureusement, existe encore dans notre pays, une pluralité dans la presse. Grâce à une pleine page dans les colonnes du Figaro, une journaliste essaie de remettre les choses à leur juste place et à stigmatiser le mauvais procès fait à Luis Vassy qui ne le mérite pas[6]. Elle résume, parfaitement d’entrée de jeu, les termes du débat autour de trois questions de fond. « Peut-on, au nom de la liberté d’expression, interrompre un cours ? ». Mais aussi, « Les relations internationales, thème d’enseignement majeur à Sciences Po, doivent-elles appréhendées uniquement sous le prisme de la sociologie en faisant l’impasse sur les relations internationales et les nouvelles conflictualités, ». Enfin, « Hugo Micheron … a-t-il sa place à l’école ? ». Ainsi, le débat est clairement posé. La journaliste énumère l’ensemble des critiques formulées à l’encontre de Luis Vassy pour les récuser les unes après les autres sur la base d’un questionnement objectif tant la démarche de nos contestataires est mue par une idéologie et non par l’intérêt bien compris des étudiants. Elle conclut ainsi sa démonstration : « L’affaire ne date donc pas d’hier et s’inscrit dans un désaccord consommé quant à l’avenir de l’école des élites ». On ne saurait mieux dire. Nous pourrions ajouter que : « Cent lapins ne font pas un cheval, cent soupçons ne font pas une preuve » (Crimes et châtiments de Fiodor Dostoïevski)
Cet excellent article est bien complété par un excellent éditorial au titre évocateur : « L’excellence ou l’idéologie ? » et dont la conclusion résume bien la situation : « Mais, en public ou en sourdine, la gauche divine gronde contre sa nomination. La médiocrité, en guise de science, et, pour toute politique, l’idéologie »[7].
Pour être complet, au fil des jours le débat évolue dans la bonne direction. Alléluia ! Quelques enseignants de Sciences Po prennent quelque distance avec la tribune qu’ils ont imprudemment signée. Quelques journalistes tempèrent leur propos a postériori. Quant à Luis Vassy, interviewé le 3 juin 2026 sur France Inter, il reste droit dans ses bottes, sûr de son fait. Il a bien raison de ne pas plier face à des accusations injustes.
L’EXCELLENCE OU L’IDÉOLOGIE ?
« Les chiens aboient, la caravane passe » … nous rappelle fort à propos un proverbe arabe, qui nait au Moyen-Orient autour du XIXe siècle ! Cette polémique, qui n’a pas lieu d’être, révèle au grand jour les errements d’un quotidien qui a perdu ses repères et qui en est réduit à de tels excès pour faire le buzz. Luis Vassy entend poursuivre sur la voie qu’il a tracée depuis sa nomination à la tête de Sciences Po Paris en juin 2024 pour éviter son « décrochage » par rapport à ses homologues étrangers. Et, il a bien raison. Qu’il continue sur la voie de l’excellence qui honore l’université française et cette Maison ayant formé plusieurs générations de grands serviteurs de l’État !
L’on peut s’étonner que tous ces éminents enseignants et chercheurs – dont certains retraités – regrettent le temps passé où ils faisaient la pluie et le beau temps. Jamais, ils ne se sont jamais mobilisés pour dénoncer les errements des prédécesseurs de Luis Vassy : Richard Descoing, décédé dans des conditions étranges dans une chambre d’hôtel à New-York[8] et Mathias Vicherat, contrait de démissionner, en 2024, de son poste après des accusations de violences conjugales … sans parler de la triste affaire Olivier Duhamel. Ses bonnes âmes seraient-elles animées d’une indignation à géométrie variable ? Sciences Po Paris : vous avez dit autoritarisme …
Jean DASPRY
(Pseudonyme d’un haut fonctionnaire, docteur en sciences politiques.
Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur.
[1] Stéphanie Le Bars, La censure de l’information, outil prisé des régimes autoritaires, Le Monde, 30 mai 2026, p. 28.
[2] Soazig Le Nevé, Tensions à Sciences Po autour de Luis Vassy. Le directeur nommé en 2024 est accusé par des professeurs d’avoir semé la discorde dans l’établissement, Le Monde, 28 mai 2026, p. 8.
[3] Jean-François Bayart, Luis Vassy dirige Sciences Po selon une verticale du pouvoir étrangère au principe de collégialité, Le Monde, Idées, 28 mai 2026, p. 25.
[4] Anne Chemin (propos recueillis par), Bertrand Badie : « La culture persane est une alliance impétueuse de dignité et de fureur », Le Monde, Idées, 20 mars 2026, p. 24.
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Luis_Vassy
[6] Caroline Beyer, Sciences Po : cible d’une campagne de déstabilisation, Luis Vassy poursuit ses réformes. Incarnation du retour à l’ordre après les multiples manifestations pro-palestiniennes rue Saint Guillaume, le directeur en poste depuis presque deux ans est visé par des attaques du corps enseignant, Le Figaro, 29 mai 2026, p. 11.
[7] Vincent Trémolet de Villers, L’excellence ou l’idéologie ?, Le Figaro, 29 mai 2026, p. 1.
[8] Raphaëlle Bacqué, Richie, Grasset, 2015.
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