Une offensive antisociale sur fond de mépris

Juin 2, 2024 | la lutte des classes | 1 commentaire

 

Pendant que la campagne pour les élections européennes se traîne dans l’insignifiance, le gouvernement mène une offensive de grande envergure contre les chômeurs en attendant de frapper d’autres cibles.

Dans la guerre sociale, le pilonnage des chômeurs est considéré comme un objectif facile et rentable. La capacité de réaction collective des chômeurs est quasi nulle et les confédérations syndicales ne parviennent pas à mobiliser massivement pour les défendre. On peut donc y aller franchement et avec bonne conscience puisque, dans l’imaginaire de la classe dirigeante, le chômeur est un paresseux qui ne cherche pas de travail tant qu’il encaisse des allocations. Il faut donc lui mettre la pression et réduire au minimum la durée d’indemnisation. Tout le reste n’est que l’enrobage technique et communicationnel de la brutalité des réformes successives de l’assurance chômage.

La brutalité gouvernementale est d’abord dans la méthode. Alors que les modalités de l’assurance chômage doivent normalement résulter d’un accord entre les syndicats et le patronat – le gouvernement n’intervenant qu’en cas d’échec des négociations – la macronie piétine allègrement la gestion paritaire. Dès 2017, la nouvelle gouvernance a décidé de remplacer une partie des cotisations qui financent l’assurance chômage par la CSG, donc par l’impôt, afin de justifier son intervention dans le système. L’année suivante, le gouvernement a mis au point une technique qui lui permet de réformer à sa guise. Il suffit de fixer aux partenaires sociaux des objectifs inatteignables puis de constater l’échec des négociations et d’imposer sa volonté par décret. Les syndicats protestent mais le patronat garde un silence ravi puisque la macronie comble ses vœux. C’est ainsi que les droits des chômeurs ont été réduits en 2019, 2021 et 2023.

Cette année, malgré un accord a minima entre les partenaires sociaux en novembre 2023, Gabriel Attal a décidé de continuer à gouverner par décret et le prochain texte, qui sera publié le 1er juillet, s’inscrit dans la ligne punitive des précédents et se traduit par une très concrète brutalité. Alors que l’accord passé en novembre 2023 prévoyait la réduction de six à cinq mois la durée de travail nécessaire pour recevoir une indemnisation, Gabriel Attal a annoncé le 26 mai qu’il faudrait avoir travaillé huit mois dans les vingt mois qui précèdent l’inscription à France Travail. La durée d’indemnisation maximale passera quant à elle de 18 mois à 15 mois seulement pour les chômeurs de moins de 57 ans. Les chômeurs de plus de 57 ans pourront recevoir pendant un an une indemnité compensatoire s’ils retrouvent un travail moins bien payé que le dernier emploi occupé.

Le gouvernement et la presse néolibérale conjuguent maintenant leurs efforts pour justifier la réforme par une batterie d’arguments spécieux.

On a entendu Gabriel Attal dire qu’il fallait baisser les droits des chômeurs pour éviter d’augmenter les impôts afin de mettre l’ensemble des contribuables de son côté. C’est un artifice qui cache une conviction inavouable :  pour éviter de taxer des riches que l’on côtoie du matin au soir. on fait payer des pauvres sans défense et plus particulièrement les jeunes de moins de 25 ans, les travailleurs précaires et les salariés payés au Smic.

D’ailleurs, l’argument des économies à réaliser a été pulvérisé par les syndicalistes et plusieurs spécialistes de la protection sociale. Le budget de l’Unedic est excédentaire depuis 2022 et son déficit antérieur était dû pour une bonne part à la prise en charge du financement du chômage partiel pendant la pandémie.

Les effets attendus sur le niveau de l’emploi ne sont pas plus sérieusement calculés. Gabriel Attal répète que la nouvelle réforme va accélérer la marche vers le plein emploi sans que le bilan des précédentes mesures ait pu être vérifié. Le Premier ministre cite des bribes de rapports mais oublie que la baisse du chômage a été observée dans divers pays et que les résultats obtenus en France n’ont toujours pas été chiffrés. Pour reprendre une formule du Haut Conseil des finances publiques, on s’appuie sur des “hypothèses avantageuses” pour durcir un dispositif dont l’efficacité est loin d’être prouvée.  D’ailleurs, la macronie n’hésite pas à changer d’argumentaire au gré de la conjoncture. Quand le chômage baisse, la gouvernance réduit les droits des salariés au prétexte qu’il est plus facile de trouver du travail. Quand le chômage augmente, ce qui est le cas depuis novembre dernier, Matignon affirme qu’il faut baisser les droits pour que les gens se remettent plus vite au travail.

Cet effet incitatif n’est pas prouvé alors qu’il est établi depuis longtemps que la fin prochaine de la période d’indemnisation incite à prendre des emplois pénibles et mal payés.

Il va presque sans dire que la classe dirigeante ne se contentera pas de la brutalisation accrue des chômeurs. En écho à des députés macroniens, Le Figaro fait campagne pour la désindexation des retraites et des prestations sociales tandis que la Cour des comptes préconise de ne plus indemniser les arrêts maladie de moins de huit jours. Après les chômeurs paresseux, voici les malades simulateurs. Il est rare que le mépris des hautes classes pour les travailleurs soit aussi clairement exprimé.

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Article publié dans le numéro 1280 de « Royaliste » – 2 juin 2024

 

 

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1 Commentaire

  1. RR

    Décidemment, je suis une fois de plus en plein accord avec ce que vous écrivez (sauf que moi je serais incapable d’être aussi précis dans la critique).

    Les travailleurs ne cherchent pas pour l’immense majorité d’entre eux à être des assistés contrairement à ce que nous balance en permanence la droite depuis des lustres et depuis 2017 les ralliés à M. Macron. Ils demandent en revanche à être rémunérés honorablement en retour de leur travail pour pouvoir bénéficier d’une vie décente. C’est sans doute trop pour certains.
    Et que dire de ceux (les mêmes) qui osent prétendre que ceux qui touchent le rsa refusent systématiquement de chercher du travail !
    Il n’est pas besoin d’être communiste pour le dire et je ne le suis pas même si bien évidemment je ne peux que me féliciter que Lutte ouvrière et quelques autres dont c’est vrai le Parti communiste remette sur cette question les choses au point.

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