Mobilisation politico-médiatique contre la criminalité pédophile à la mi-juin. Mobilisation contre la canicule à la fin du même mois. Nous avons connu dans un passé récent des mobilisations contre les émeutes, contre le narcotrafic, contre les incendies de forêts, et bien sûr contre la Covid. Nous aurons, à la rentrée de septembre, une mobilisation contre les effets économiques de la guerre au Moyen-Orient…
Chaque fois, les milieux officiels sont douloureusement surpris par l’ampleur du désastre. Chaque fois, ils annoncent des mesures énergiques dont on s’apercevra qu’elles ont été insuffisantes… Nous avons compris depuis belle lurette que toute crise, en haut lieu, se traite par la communication de crise, qui permet de passer l’épreuve aux moindres frais. Tandis que les médias télévisés tirent tous les profits possibles de la dramatisation, la gouvernance se décharge de ses responsabilités sur les soutiers du système, accablés par un empilement de “priorités” changeantes ou contradictoires. Ceux qui ont toujours tout raté, sauf leur accès aux rentes symboliques et matérielles, comptent sur le dévouement de tous ceux qui travaillent dans les secteurs essentiels au fonctionnement de la société – et sur la discipline du reste de la population priée, en cas de pandémie, de canicule, d’émeutes ou de grand froid, de rester chez elle.
Comme l’histoire de ces périodes critiques est racontée par l’élite du pouvoir, des affaires et des médias, les causes profondes des désastres ne sont jamais mises au jour. Mais il est aussi possible de raconter l’histoire de ces élites faillies, de leurs trahisons, de leur veulerie. Évoquant les dirigeants de la société bourgeoise, le général de Gaulle disait à Georges Pompidou : “ce sont des damnés, amoureux de leurs bassesses” (1). Le Général se heurtait à une classe mobilisée, mais tout de même fragilisée par sa compromission avec les Allemands et surtout empêchée de trop nuire par les structures économiques et sociales mises en place à la Libération.
Après 1986, la contre-révolution néolibérale a paru l’emporter et l’oligarchie formée d’éléments de droite et de gauche au début de notre siècle a connu son triomphe avec l’élection d’Emmanuel Macron. Tout cela est loin, très loin, même si les dégâts continuent de s’accumuler. Les sociologues ont certes raison de s’inquiéter de la fragmentation de la France, mais la décomposition des élites est plus rapide et plus nette que la dislocation de la société française.
C’est dans cette perspective qu’il faut envisager la prochaine élection présidentielle. Les divers éléments du bloc oligarchique veulent sauver leurs places et privilèges face à des formations extrémistes qui sont des tigres de papier. Le Rassemblement national continue à négocier avec le patronat l’entrée de son candidat à l’Elysée et adoptera tout le programme néolibéral pour récupérer l’électorat de M. Retailleau. L’épisode d’un Bardella changé sous nos yeux en ravi de la crèche mondaine est à cet égard d’une cocasserie hautement significative. Jean-Luc Mélenchon n’est pas plus crédible, en termes de radicalité. Il a su passer du compromis à la compromission lorsqu’il était membre du gouvernement de Lionel Jospin, champion des privatisations. Il passera tous les compromis possible avec la gauche oligarchique si d’aventure il parvient à se faire élire. A l’extrême droite comme à l’extrême gauche, on pliera devant Bruxelles, qui vient de présenter à la France son programme de purge budgétaire et de dérèglementation.
Nous sommes dans une situation désespérante où les pratiques de corruption poussent les formations réputées extrémistes à s’assurer des rentes de situation encore plus confortables, dans le parfait mépris des électorats. A nouveau trahies en 2027, les classes moyennes et populaires auront le choix entre la résignation ponctuée de révoltes et une révolution visant le renversement des élites en place. Nous avons souvent montré comment on peut en finir avec la contre-révolution néolibérale dans le domaine économique et social – planification, nationalisations, protectionnisme – mais le premier acte de la révolution à venir doit s’accomplir dans l’ordre symbolique. La monarchie élective instaurée en 1962 ne permet plus de faire du président l’homme de la Nation, indépendant de ses forces sociales. La monarchie royale permet de libérer le pouvoir politique de l’emprise des élites, quelles qu’elles soient, et de présider à leur recomposition au fil des conflits entre les groupes sociaux ou pendant une phase révolutionnaire. C’est en posant et en incarnant le principe de la légitimité nationale à Londres en 1940 que le Général a pu mener, à Alger puis à Paris, la révolution démocratique et sociale que la France libre appelait de ses vœux. Il n’est pas étonnant que les monarchistes aient été nombreux à s’inscrire dans la démarche gaullienne pendant la guerre puis lors du retour du Général aux affaires. La révolution selon la légitimité est, aujourd’hui, un projet qui mérite le plus attentif des examens.
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1/ Cité par Arnaud Teyssier, Charles de Gaulle, L’angoisse et la grandeur, Perrin, août 2024, page 349. L’ouvrage est à lire ou à relire d’urgence.
Editorial du numéro 1327 de « Royaliste » – 28 juin 2026
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