Le virus néolibéral – par François Gerlotto

Mai 16, 2026 | Billet invité | 0 commentaires

La crise sanitaire de l’hantavirus argentin, qui s’est manifestée sur le paquebot Hondius et a fait cinq morts, rappelle à toute la planète que des virus, normalement liés à des espèces animales (rongeurs en Argentine) peuvent se répandre à tout moment à l’issue d’une mutation ou d’un changement de comportement, et se retourner contre nous. Nous l’avons vu avec le Covid  (chauve-souris), mais des cas de ce genre ont été nombreux lors des dernières décennies : Ebola (chauve-souris également), sida et chikungunya (primates), grippe H1N1 (oiseaux), sans parler des épizooties tout aussi nombreuses.

Bien sûr, nous ignorons tout de l’avenir. Sauf mutation imprévue du virus, il semble que les conditions d’une pandémie mondiale ne soient pas réunies : l’hantavirus est peu transmissible de l’homme à l’homme, les sources (rongeurs, principalement) sont en général très circonscrites, et l’OMS ne recense que 200 cas par an. Cela dit, il ne s’agit pas de réaliser ici une étude épidémiologique, mais de voir si les leçons du Covid ont été retenues en France et dans le monde. Pour cela, il nous faut reprendre point par point les mécanismes qui favorisent une pandémie. Comme ils sont d’abord dépendants du fonctionnement économique international et des exigences d’un système néolibéral dominant, ils s’avèrent presque impossibles à réformer. Citons-en quelques-uns.

Le gouvernement semble avoir retenu les leçons de ses erreurs de communication de 2019, et s’exprime d’abondance pour montrer que nous sommes prêts :  des « cellules de crises » sont réunies quotidiennement, les médias nous abreuvent d’informations, l’industrie nous rassure, tout serait sous contrôle. Derrière l’écran de la com’, c’est moins glorieux. Mondialisation aidant, les leviers dont l’Etat dispose sont inutilisables. Au niveau de l’hôpital et de la santé, la situation est souvent pire qu’il y a dix ans. Les urgences sont toujours plus engorgées, les hôpitaux sous-équipés manquent toujours cruellement de médecins, d’infirmiers, d’aides-soignants, etc.

La société non plus  n’a pas changé son mode de fonctionnement, et les métiers de la voirie, de la distribution, du transport, etc., dont  nous avions découvert qu’ils étaient vitaux, sont restés méprisés et sous-payés. En cas de nouvelle pandémie, nous pouvons nous attendre à voir surgir à ces niveaux les mêmes problèmes et les mêmes blocages qu’en 2019.

Le tourisme est responsable du développement des pandémies. La bougeotte moderne est encouragée par l’industrie du tourisme qui, avec 8 % du PIB en France (le triple de l’agriculture, près de la moitié de l’industrie), est un acteur majeur de notre économie. Cette explosion du tourisme favorise l’expansion rapide d’un virus. Pensons que dans un petit paquebot comme le Hondius  (moins de 150 personnes), pas moins de 23 nationalités étaient représentées ! Mais, du fait de son poids économique, il semble inenvisageable d’imposer des régulations au tourisme. Rien n’a pu changer : au contraire, le tourisme de masse croît de façon géométrique.

Les échanges commerciaux n’ont pas été remis en cause, le commerce international étant vital dans un système mondialisé. Impossible de réduire le trafic ou les échanges. Alors, mêmes causes, mêmes effets : combien de vecteurs de maladies ont-ils été apportés d’un pays ou d’un continent à l’autre avec les marchandises transportées ?  Certains changements avaient pourtant été annoncés, comme la relocalisation de l’industrie pharmaceutique : rappelons les problèmes de la disponibilité des vaccins en 2019. Rien n’a été fait et les leçons n’ont pas été retenues – ou n’ont pas pu être appliquées dans notre système néolibéral.

Les relations internationales se sont fortement dégradées.  Les guerres favorisent les pandémies et empêchent leur suivi. Le blocage du détroit d’Ormuz et les destructions des infrastructures pétrolières auront des répercussions à long terme et nous préparent des pénuries sérieuses y compris dans le domaine de la santé (matériel hospitalier jetable, masques, emballages stériles…).

Les organisations internationales se sont effondrées depuis que les Etats-Unis les ont quittées. Les grandes agences de l’ONU, comme l’OMS, la FAO, l’UNESCO, le PNUD[1], ont été vidées de leur substance. L’OMS  a perdu 18 % de son budget et vu ses activités rendues souvent impossibles dans des zones affectées par les guerres (Gaza) ou les famines.

On le voit, c’est le système néolibéral dans son ensemble qui fait qu’aucune réforme sérieuse ne peut être appliquée. Pas très optimisme, tout cela ? Alors, rajoutons-en une couche. Tout indique que nous nous acheminons vers une crise grave dans les mois qui viennent : les réparations des dégâts accumulés dans les pays du Golfe prendront des années, pendant lesquelles des pénuries multiples se feront sentir. Dans un pays fragilisé comme le nôtre, ces pénuries ajoutées au chômage, à la dette et à l’inflation, risquent de réduire encore plus les financements de santé et de prévention. Souhaitons qu’une pandémie n’arrive pas à ce moment-là !

François GERLOTTO

[1] FAO : Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture. PNUD : Programme des nations-Unies pour le Développement. OMS : Organisation Mondiale de la Santé

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