Oubliées les canicules ! Oubliés les grands incendies ! Les nombreux candidats en campagne se consacrent au recyclage de thèmes rebattus. Le décalage entre leurs messages ciblés et les angoisses de Français à nouveau frappés par l’inflation est flagrant. Or le pire ne s’est pas encore produit.

 

Ils reviennent et ils ont encore très faim – de pouvoir. Et quand ils sont nouveaux dans la course à la candidature, ils reprennent les slogans éculés, les idées moisies avant d’avoir servi, les rengaines qui fabriquent de la peur à défaut d’espoir.

Y croient-ils ? Allez savoir… Ils croient aux sondages, aux “messages” ciblés qui permettent de gagner un quart de point. Ils fabriquent des récits fictifs pour provoquer des réactions artificielles, drainées sur Internet pour être soumises aux experts médiatiques. On mouline dans le vide, mais d’un ton sentencieux…

Voici ceux qui ont tout raté mais qui sont pressés de se porter à la tête du bloc oligarchique pour recommencer à échouer. Ainsi Gabriel Attal, qui aurait fait un bon communicant en 1980. Ainsi Edouard Philippe qui rêve de reprendre une réforme des retraites qui avait mis un million de citoyens dans les rues avec le soutien massif de la population.

La fraction gauche de l’oligarchie n’est pas plus attrayante : une pléthore de candidats pour une primaire qui éliminera les candidats les plus intéressants – François Ruffin, Emmanuel Maurel – avec en prime le retour de Ségolène Royal, qui participe à la primaire, et de François Hollande qui trace sa route en solitaire. Dans le cimetière des éléphants, certains sont dopés à l’élixir de la vie éternelle et viennent défier le toujours jeune Glucksmann qui promène sur les décombres de la gauche son européisme lunaire.

Comment continuer à gouverner contre le peuple ? Telle est la question centrale de l’oligarchie, qui fait le pari d’un rejet in extremis de Marine Le Pen. La réponse est simpliste : on agite le classique épouvantail extrémiste, doublé de la menace d’une attaque massive des marchés financiers contre la France et lesté du soupçon d’ingérence russe. A ce propos, une question aux oligarques de droite et de gauche : pourquoi n’avez-vous pas dénoncé le Front national et sa présidente à l’époque où ils pouvaient être pris la main dans la matriochka blindée de thunes ?

A la droite du bloc oligarchique, on affecte de combattre Marine Le Pen tout en pratiquant, une fois de plus, la récupération inefficace du nationalisme ethnique. Ainsi Bruno Retailleau qui déclare son opposition au principe du droit du sol, que Marine Le Pen prétend détruire par voie de référendum – une voie impraticable car le Conseil constitutionnel s’y opposera.

Comme la suppression du droit du sol, l’interdiction du voile dans l’espace public est impossible en droit mais l’agitation sur ce sujet permet au Rassemblement national de conforter sa base électorale par le rappel de ses “fondamentaux”. Ce qui donne à Jean-Luc Mélenchon l’occasion de prendre la position contraire et de conforter sa propre base, style “Nouvelle France”. Bien entendu, la médiasphère d’extrême droite, CNews en tête, s’emploie à promouvoir l’immigration comme thème principal de la campagne afin de relancer, comme tous les cinq ans, un interminable bavardage qui comme d’habitude n’aboutira à rien.

Le prétendu “débat sur l’immigration”, auquel les spécialistes sont très rarement conviés, est d’autant plus hallucinatoire que les enquêtes d’opinion affirment, comme d’habitude depuis quarante ans, que le pouvoir d’achat est la préoccupation première des Français. A la fin du mois d’août, les ténors de l’oligarchie, Alain Minc en tête, ont tenté d’imposer le thème de la dette publique pour noyer le débat économique dans les ritournelles austéritaires. On a de nouveau entendu que les caisses de l’Etat étaient vides et que le poids de la dette retomberait sur les épaules de nos enfants si les retraités n’étaient pas plumés. Nous avons souvent expliqué que ce discours alarmiste ne tenait pas debout et il faut à nouveau souligner que l’inflation diminue les taux réels d’intérêt et augmente les rentrées fiscales. A court terme, nous ne sommes pas menacés par le poids de la dette, aussi coûteux soit-il, mais par quatre crises dont les effets, connus ou inconnus, ne sont pas maîtrisables :

La première crise, classique et immédiatement violente, est économique et sociale. Liée à la guerre en Orient, la poussée inflationniste va s’intensifier. Elle touche les produits pétroliers et leurs nombreux dérivés – les engrais, les plastiques – dont la hausse se combine avec celles des produits agricoles sous l’effet de la sécheresse. Le taux d’inflation pourrait atteindre 4 ou 5% à la fin de l’année et entraîner une baisse de la consommation des ménages, tandis que le taux de chômage dépassera 8% en fin d’année ans un pays où la croissance tend vers zéro.

Il n’est donc pas étonnant que les automobilistes et les paysans demandent un renforcement des aides de l’Etat, en prélude à d’autres revendications. Déjà les policiers, en grève le 15 septembre, et les sapeurs-pompiers, en grève de longue durée, manifestent contre le manque d’effectifs et de moyens. La gouvernance oligarchique, qui répète que les caisses sont vides et qui étale son impuissance au grand jour, va être obligée de lâcher des milliards pour éviter un durcissement des conflits sociaux. C’est dans cette ambiance que les chroniqueurs nous expliquent que le budget en préparation ne pourra pas être adopté…

On s’indignerait du chaos s’il ne fallait pas réserver ce mot pour les trois autres crises dont nous sommes frappés. Celle, écologique, dont nous nous ne mesurons pas encore les effets ravageurs. Celle, dramatique, qui résultera de la crise financière aujourd’hui menaçante. Celle, catastrophique, qui viendra des fuites toujours plus massives de données informatiques. Face à ces noires perspectives, les radicalités de droite et de gauche apparaîtront telles qu’elles sont : dérisoires.

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Article publié dans le numéro 1328 de « Royaliste » – 13 septembre 2026

 

 

 

 

 

 

 

 

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