Archive pour novembre 2009

Lorsque Nicolas Sarkozy avait voulu, en févier 2008, « confier la mémoire d’un des 11000 enfants français victimes de la Shoah » à tous les enfants de CM2 j’avais dénoncé cet acte de division, d’une violence inouïe et conclu par ces mots : sur la Résistance et sur la Déportation, il faut que Nicolas Sarkozy se taise désormais.

Plus tard, j’appris que le supposé président avait découvert son texte en le prononçant devant ses auditeurs du CRIF, comme s’il s’agissait d’un banal discours de campagne électorale. Je ne peux plus m’adresser au personnage désinvolte qui, ce soir-là, ajouta l’insulte à l’insulte. C’est donc au rédacteur attitré des discours élyséens que je m’adresse.

Ça suffit, Henri Guaino. Cessez de manipuler le souvenir de la Résistance. Cessez d’utiliser, pour les besoins de la propagande officielle, la mémoire des combattants, des fusillés, des déportés. Lire la suite de cette entrée »

FILS DE DEPORTE

Mes chers amis,

Lorsque notre présidente m’a demandé de vous apporter mon témoignage, j’ai su qu’il me impossible de lire moi-même les mots que vous allez entendre.

Tout au long des quarante quatre années d’une vie militante très active, j’ai pris à d’innombrables reprises la parole, devant toutes sortes de publics. C’est la première fois que je dois m’exprimer à titre personnel. C’est la première fois que je dois dire ce que j’ai en moi de plus intime.

Me voici requis de sortir du silence que j’ai gardé tout au long d’une vie commencée le 15 juin 1943, à l’hôpital du Val de Grâce où ma mère, internée comme mon père à Fresnes, avait été transférée pour son accouchement. Lire la suite de cette entrée »

Réflexions sur la crise, par Jacques Sapir

Texte rédigé pour le magazine de Séoul « KRX Magazine », revue destinée aux milieux d’affaires Coréens.

Interview réalisée par LEE Sang Won

1. La plupart des économistes considèrent cette crise comme une crise du marché d’immobilier américain; vous voyez dans cette crise la fin de l’hégémonie américaine. Qu’est ce que vous voulez dire par là?

La crise actuelle a certes débuté sur le marché hypothécaire américain. Mais, ses sources réelles plongent leurs racines dans les désordres qui ont affecté l’économie américaine depuis la fin des années 1980. Ces désordres sont de nature réglementaire : la libéralisation et la déréglementation des marchés financiers a joué un grand rôle. Ainsi, la suppression de la loi qui séparait les fonctions des banques, ce que l’on appelle le « Glass-Steagal Act », a eu un rôle important dans cette crise. La responsabilité des économistes du courant dominant a ici été importante. La thèse des « marchés efficients » qui a été vulgarisée à partir du début des années 1990 a certainement donné une justification pseudo-scientifique à ces pratiques de déréglementation. Lire la suite de cette entrée »

IMPRESSIONS DE KABOUL


Les points de vue exprimés ici n’engagent que leur auteur à titre de chercheur, et ne sauraient engager aucune administration publique.

Je me suis rendu à Kaboul du 5 au 15 octobre, invité par l’opération Epidote afin de prononcer des conférences au profit des équivalents afghans du Collège interarmées de défense (CID) et du Centre des hautes études militaires (CHEM) (soit au total sept officiers généraux et vingt colonels) et suivre, avec eux, le stage de contre-insurrection organisé par les Américains. Le principal intérêt de ma mission a été d’échanger avec ces officiers afghans mais aussi de rencontrer, outre le personnel d’Epidote, le chef de corps du Bataillon français de Kaboul-Surobi, des officiers des OMLT [1]et certains membres français du quartier-général de la FIAS [2]. Je n’ai pas pu malheureusement me rendre dans la province de Kapisa.

La formation de l’armée nationale afghane

La Coalition apparaît comme une immense machine tournant un peu sur elle-même et souvent pour elle-même, en marge de la société afghane. Lire la suite de cette entrée »

LA DEROUTE DES PRAGMATIQUES

Les pragmatiques de toutes tendances en sont pour leurs frais. Ils annonçaient la fin des idéologies et la mort des utopies. Ils dénonçaient les « idées abstraites », ce qui signifiait dans leur langage qu’ils ne voulaient plus du tout entendre parler d’idées. Ils se voulaient hommes ou femmes « de terrain », se colletant au « réel » afin de trouver des « solutions concrètes »…

Il y avait, il y a encore dans les milieux dirigeants une haine de la pensée qui résulte d’une peur panique : celle d’un mouvement intellectuel qui bouleverserait le cours des choses et ruinerait les privilèges arrachés de haute lutte et les plans de carrières minutieusement élaborés. D’où cette marche d’âne bâté, nez au sol pour ne pas voir le paysage embrasé.

La guerre des idées n’a jamais cessé. Ni en France, ni dans les nations et les empires qui s’efforcent de faire l’histoire. Lire la suite de cette entrée »

Libéralisme

LE SAVANT INDIGNE

Prix Nobel de Sciences Economiques, Maurice Allais est le meilleur théoricien français et européen du libéralisme économique. De livre en livre, il dénonce l’utopie du marché mondialisé et les effets désastreux du libre-échange dans un silence écrasant.

Qui dénonce « les ignorants, les sectaires aveugles et fanatiques » qui propagent l’idéologie dominante ? Un trotskyste énervé ? Pas le monde du monde. La citation est tirée de l’ouvrage d’un membre éminent de l’Académie des Sciences morales et politiques.

Maurice Allais est ce savant. Un savant indigné par les recettes simplistes qu’on présente sous le couvert du libéralisme, et révolté par les conséquences meurtrières d’une mondialisation qui n’est ni souhaitable, ni nécessaire, ni fatale. Imaginons Marx assistant à la collectivisation forcée au temps du stalinisme, et dénonçant la dérive du socialisme. Lire la suite de cette entrée »

Institutions

LA MONARCHIE ALEATOIRE

La République gaullienne, monarchie élective généralement reconnue comme telle, est aujourd’hui une « monarchie aléatoire » qui est une des trois formes prises par notre Constitution. L’analyse subtile et sévère d’un professeur de droit public dérange tout le monde – y compris nous-mêmes. Tant mieux !

Notre défense et illustration de la république gaullienne est au point depuis bien des années. Jusqu’à la fin du septennat de François Mitterrand, les institutions de la 5ème République ont fait de nous des monarchistes en phase avec l’actualité et des royalistes confiants – puisque la voie vers l’instauration d’une monarchie démocratique et royale était clairement tracée. Le quinquennat est un attentat contre l’édifice, le régime présidentiel sa négation – mais rien n’interdit de reprendre, de préciser et de prolonger l’œuvre gaullienne.

Or voici qu’on nous tire de notre sommeil quelque peu dogmatique. Lire la suite de cette entrée »


On croit, parfois, que les sociologues sont des gens qui vivent dans les bureaux poussiéreux d’ « observatoires » aux initiales obscures, d’où ils analysent la société à l’aide de données statistiques passées à la moulinette de doctrines absconses.

C’est confondre un travail d’intention scientifique et le commerce de sondages commentés par des pifomètreurs moliéresques. Les sociologues ne sont certes pas ennemis des théories et des chiffres, mais ce sont surtout des passionnés de l’enquête, des explorateurs du terrain. Bien entendu, le terrain sociologique ne se réduit pas au marché du dimanche matin parcouru au pas de charge par les ministres en campagne électorale.

Ce souci de connaissance directe, mais soigneusement préparée et mûrement réfléchie, n’est pas le propre d’une école. Avant de guider leurs lecteurs dans les rues de Paris (1), Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon rappellent que Maurice Halbwachs, l’un des fondateurs de la sociologie, fut un grand promeneur qui se faisait au besoin journaliste. Lire la suite de cette entrée »

Organisée par la loi de 1982, la décentralisation peut faire l’objet de réformes, en vue de l’accroître ou de la réduire. Ce qui mérite un vaste débat civique et des décisions réfléchies. Mais le gouvernement nous place devant une autre perspective : celle d’une « rupture » qui ferait entrer la France dans une toute autre logique, au risque de l’éclatement de la nation française.

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Selon la détestable habitude de l’oligarchie, Jean-Pierre Raffarin et les ministres impliqués dans la nouvelle décentralisation cachent sous la langue de bois et le verbiage démagogique des principes inédits, au nom de présupposés idéologiques qui contredisent notre tradition nationale et qui porteront gravement atteinte à l’unité de la France. Bien entendu, l’idéologie de la rupture décentralisatrice se cache derrière le langage du « réalisme ». Lire la suite de cette entrée »

Les anti-européistes et certains supranationalistes espéraient la victoire du Non en Irlande. L’effacement du traité de Nice aurait conforté les premiers dans leur vision nationale, et les seconds voyaient dans cette nouvelle réaction négative l’occasion d’adopter au plus vite une constitution fédéraliste. Il se vérifie que la construction européenne – ou ce qui en tient lieu – est étrangère aux grands soirs comme aux matins radieux.

Faute de fondations solides, le bâtiment s’enfonce peu à peu dans un sol meuble. Architectes rêveurs, concepts élastiques, pensées molles, idéologie creuse : tout conspire pour qu’on perde en densité ce qu’on croit gagner en hauteur et en étendue. Aux traités ambigus (Rome et Maastricht) se sont ajoutés d’autres traités (Amsterdam et Nice) que les européistes les plus fervents fustigent avec pertinence. Le projet de constitution, préparé dans l’indifférence des peuples européens, est présentée comme la solution miraculeuse au système à blocages multiples qui sert maintenant de charte commune aux quinze pays membres de l’Union européenne. Le Non irlandais nous aurait enfoncés dans l’impasse. La victoire du Oui nous contraint à y patauger quelques années de plus. Et qu’on ne nous dise pas que l’élargissement de l’Union nous permettra d’y échapper ! Lire la suite de cette entrée »

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