La République et ses principes fondamentaux procèdent de concepts qui recèlent de multiples significations et implications philosophiques, sur lesquelles les Etats et les sociétés se sont construits depuis les commencements de notre civilisation.

Liberté, égalité, fraternité, justice, souveraineté : loin d’être abstraits, ces principes protègent les collectivités politiques de la violence et de la destruction dès lors qu’ils sont articulés dans un système de médiations politiques. Il faut lier les dynamiques de la liberté et de l’égalité, composer les ordres de justice, mettre en œuvre les modes de souveraineté – populaire, nationale, étatique -, organiser la relation entre le pouvoir politique, l’Etat et la nation au fil de l’histoire…

Par rapport à ces enjeux, la Nouvelle Action royaliste n’est en rien originale. Nous sommes banalement mais strictement républicains, dans la filiation du parti des Politiques qui se reforme en temps de crise depuis le XVIè siècle pour rétablir l’unité nationale. Comme tous les Politiques, nous estimons que les institutions sont primordiales : il faut que la nation soit gouvernée pour que les tensions soient maîtrisées et orientées. Mais comment ?

Les “solutions”, toujours fragiles, ont varié au cours de notre histoire millénaire. Nous avons connu, à l’époque médiévale et jusqu’aux guerres de Religion, une première forme de monarchie républicaine selon la théorie du gouvernement mixte. L’Etat a ensuite affirmé sa pleine souveraineté pour résorber les risques de guerres civiles mais sans comprendre la nécessité d’une représentation de l’ensemble des Français.

C’est pendant la première phase de la Révolution française que notre tradition royaliste commence à s’affirmer. Elle inspire, avec les monarchiens, une bonne part de la Déclaration de 1789 et de la Constitution de 1791. Elle invente le régime parlementaire après 1814. Elle s’oppose, selon sa tradition libérale, au Second Empire. Elle échappe à la dialectique Monarchie-République en participant de manière décisive à la formulation des lois constitutionnelles de 1875 avant d’être éliminée du champ électoral puis exclue du débat par le maurrassisme. Mais c’est bien dans la logique monarchique que la IIIè République, à l’encontre du vieux républicanisme, renforce la fonction gouvernementale et se donne une constitution administrative. Notre tradition renaît avec la France libre, se reconnaît dans le mouvement gaulliste et trouve un premier accomplissement dans la Vème République, cette monarchie républicaine, démocratique et parlementaire.

Fondé en 1971, notre mouvement a appris du comte de Paris, chef de la Maison de France, comment aurait pu se dessiner le chemin menant de la monarchie élective à la monarchie royale, sous l’égide des principes de la République et à condition que le peuple souverain accorde son consentement par la voie du suffrage universel. Il était dès lors logique que la Nouvelle Action royaliste se consacre à la réflexion sur les principes communs, incite ses militants à servir l’Etat et la nation et recherche des alliances selon l’esprit du parti des Politiques.

C’est selon cette ligne de conduite que nous avons fait valoir les avantages de la Constitution de 1958, tout en soulignant ses failles et ses contradictions – observées de près pendant les deux septennats de François Mitterrand. Nous avons dit cent fois que la Vè République était une synthèse provisoire, périlleuse dès lors que la fonction symbolique du chef de l’Etat ne pouvait être complètement assumée. Puis nous avons dénoncé la négation oligarchique des institutions gaulliennes et du principe de souveraineté…Aussi faut-il à nouveau instituer la République. Mais selon quelles modalités ?

Depuis bientôt cinquante ans, la Nouvelle Action royaliste affirme la nécessité d’une monarchie royale, comme moyen d’accomplir autant que possible la République – non comme absolu. Avant 1789, la monarchie capétienne a connu une tension entre le gouvernement mixte et l’administration de la chose publique par l’Etat – entre Aristote et Bodin – qui se retrouve dans l’hésitation entre le régime parlementaire et le présidentialisme. Cette tension demeurera, avec des résolutions provisoires suscitées ou dictées par le moment historique.

Selon les mêmes principes républicains, d’autres citoyens envisagent des modalités institutionnelles différentes des nôtres. Il y a là matière à de riches débats, qui n’excluent pas l’engagement commun pour le service de l’Etat et de la nation. Instituer à nouveau la République implique le rétablissement du fonctionnement régulier de nos institutions politiques, le renforcement de la constitution administrative et de la constitution sociale et la mise en forme de la constitution économique esquissée à la Libération puis dans les premières années de la Vè République.

Le parti républicain, ou parti des Politiques, dispose d’une longue expérience historique, d’un ensemble de réalisations effectives et d’une doctrine mûrie dans les combats communs. Il faut maintenant que ce parti cohérent dans ses intentions mais physiquement dispersé, se rassemble et s’incarne. Telle est l’urgence.

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Editorial du numéro 1199 de « Royaliste » – Novembre 2020