Citoyen préoccupé, Mathieu Morel publie régulièrement sur les réseaux et parfois sur le blog de Régis de Castelnau. 

 

Les experts découvrent, hébétés, quelque chose de l’ordre de l’insurrectionnel. A la bonne heure ! Ce n’est pourtant pas faute d’avoir averti.

Certains vont même jusqu’à théoriser qu’il y a de la violence DANS le mouvement, depuis le début. Violence animée par une « colère légitime » (on sent la fierté dans cette prise de risque toute révolutionnaire) mais qui, parfois, s’enflamme. Bravo ! Quelle découverte !

Puis, aussitôt, ils rappellent qu’elle est inacceptable parce qu’il y a « d’autres moyens d’exprimer sa colère ».

Et bien NON ! Ce qu’ils expriment depuis quatre mois, c’est précisément qu’ils n’en voient plus d’autre : les manifestations ne servent plus à rien, les référendums non plus, et les élections ne sont plus que des pitreries – de plus en plus grotesques d’ailleurs, y compris dans la subtilité du chantage – dont n’émerge, quoi qu’on fasse, que Giscard, Giscard ou Giscard.

Les gens s’insurgent quand ils sont mécontents, quand ils sont à bout. Ils s’insurgent quand ils sont convaincus qu’on se fout de leur gueule. Ils s’insurgent quand ils sentent qu’il ne leur reste plus que ça pour être entendus, quoi qu’il en coûte.

Le problème de l’insurrection, c’est que ça fait des saletés. Et ça n’est peut-être qu’un début. S’il avait suffi de foutre le feu au Fouquet’s pour libérer la France en 1944, on s’en souviendrait peut-être moins (vu ce qu’on en a fait, remarquez…).

Comment discute-t-on avec des gens qui vous méprisent, qui vous insultent depuis des mois, des années ? Comment dialogue-t-on avec des individus qui organisent un grand machin national pour palabrer vainement et faire campagne (sans le dire et aux frais de la princesse) ?

Voilà quarante ans que le politique se cache derrière la « gouvernance », qu’il a délégué sa puissance à une technocratie grabataire pour n’en conserver que les dorures dont il se goinfre. Quarante ans que, d’élection en élection, on se lamente à grandes eaux des progrès incessants du Vront Nazional et qu’on se promet que, nom de nous de bordel de nous, il va falloir « tirer les enseignements » et « faire quelque chose ». Que tire-t-on ? RIEN ! Quelle « chose » fait-on ? Sempiternellement la même, la même, la même et encore la même. Un peu moins subtilement à chaque fois puisqu’il n’y a qu’une feuille de route : le « rêve européen » et le « réalisme allemand » (le vrai couple, c’est lui).

Comment peut-on demander à des gens qui en sont, depuis quatre décennies, à la fois les cocus et les victimes de considérer cette mafia-là avec un minimum de bienveillance ?

Ils avaient plus ou moins intégré que voter ne servait à rien puisque Giscard gouverne sans discontinuer depuis 40 ans (en appliquant le programme de la modernité que vantait déjà Laval en 1935, c’est dire la garantie de succès). Il leur restait l’espoir d’un « troisième tour » dans la rue pour amortir les effets de ce piège à cons. Désormais, c’est fini aussi : on s’en fout ostensiblement. Pire : les médias se feront un plaisir de vous dépeindre comme d’antiques connards confits au vinaigre.

En matière de cohésion sociale, on a pu goûter quelques savoureuses saillies depuis 10 ou 20 ans… depuis quelques mois, on ne les goûte plus tant elles sont devenues quotidiennes.

« Ah oui mais au moins, Macron, on ne peut pas dire qu’il a menti : il a été ELU SUR SON PROJET ».

Bon.

Pouf pouf.

Commençons par le commencement…

D’abord, on constate que plus grand monde ne vante les qualités de pensée complexe de l’éminent philosophe. Forcément, à part aux yeux de quelques fanatiques (ça existe, il y en a de très drôles – mais brièvement), le truc ne tient pas debout : cet hologramme est un générateur de poncifs, une espèce de Picsou-tambour qui s’applaudit tout seul. Notons déjà qu’au niveau du mensonge, on en tient un premier.

Ensuite, c’est plus compliqué : on savait effectivement à quoi s’en tenir, c’est pourquoi on ne peut pas dire vraiment qu’il a trahi ses promesses : il avait promis de trahir. Il savait heureusement pouvoir compter sur la présence au second tour de la plus belle escroquerie intellectuelle de ces trente dernières années, estampillée Mitterrand, pour être élu triomphalement, quoi qu’il fasse et quoi qu’il dise.

Il n’a pas menti : celui que toutes les couvertures de journaux nous ont vendu, unanimes et orgasmiques, comme un enfant prodige, un prince-enfant-philosophe-roi, avait déjà inventé le voyage en bus à la place du voyage en train. C’était presque l’invention de la roue. Il avait annoncé la couleur : il venait liquider au lance-flamme avant que les cocus s’agacent. Il n’a été élu que parce que ses concurrents (pas beaucoup plus crédibles eux-mêmes) ont été soigneusement torpillés pour ouvrir un boulevard au duel Macron-Le Pen : un vague moindre mal contre la très méchante Méchanceté.

On ne dira pas qu’on ne savait pas.

Ce qu’on constate en revanche, c’est que les cocus s’agacent avant d’être passés au lance-flamme. Et ça, les experts trouvent ça très inconvenant : après, ça aurait eu plus de panache. Ben tiens donc ! Voilà quatre longs mois et quarante petites années qu’un petit entre-soi politico-médiatique nous explique doctement que remettre en cause leurs totems, c’est chavirer dans les heures sombres, le complotisme, le confusionnisme, le rougebrunisme, le néonazisme, le populisme…

Pendant 40 ans, par inclination culturelle, j’ai voulu me convaincre que la barricade n’avait pas que deux côtés. Je me suis vraisemblablement gouré là aussi.

Non seulement elle n’en a que deux mais en plus, il y a des casseurs de part et d’autre. Et vu d’ici, il y en a un qui se fait passer pour un Président d’une feue République.

Il y a déjà un mort notoire dont personne ne parle : le contrat social.

C’est précisément le problème.

Il ne faudra peut-être pas trop pleurer ensuite : quand on voulait dialoguer, on se faisait traiter de nazis.

Mathieu MOREL