Dans l’attente, impatiente, de son retour sur le terrain électoral, la Nouvelle Action royaliste fonctionne comme une société de pensée. Les débats internes donnent le plus souvent naissance à des motions débattues et votées lors de ses congrès annuels. Les débats sur les choix électoraux ne sont d’ordinaire pas rendus publics avant la prise de décision collective.

Membre du Conseil national de la NAR et rédacteur à « Royaliste », François Villemonteix m’a proposé de lancer un débat interne qui porte à la fois sur les élections législatives des 11 et 18 juin et sur nos enjeux de civilisation. Nous avons décidé de rendre public ce débat, en publiant la lettre de notre camarade dans son intégralité. La discussion se poursuivra en interne sur la question des législatives. Le débat sur ce blog concernera la question principale posée par François Villemonteix : l’avenir de notre civilisation.

 

Chers amis,

Vous vous souvenez que j’avais voté contre la motion de politique générale de la NAR, à cause de la décision prise de voter pour Nicolas Dupont-Aignan. Je n’avais pas été capable à l’époque d’expliquer clairement les raisons de mon vote. Du coup j’y ai réfléchi, et l’analyse du livre de Paul Jorion que Bertrand a eu la gentillesse de poster sur son blog, ainsi que la préparation d’un article sur la famine pour Royaliste m’ont permis d’y voir un peu plus clair.

Dans mon analyse, qui considérait les mécanismes éco-éthologiques qui participaient de l’évolution démographique de l’humanité, je concluais que le problème principal n’était pas d’ordre biologique ou écologique, mais touchait « notre avenir comme civilisation ». Nous y sommes et maintenant nous nous trouvons à l’heure du choix, et pas seulement en France : dans le monde. Pourquoi ?

Mon interprétation. La conjonction entre le réchauffement climatique et ses conséquences en termes de dégradation du milieu, et le pic de production des énergies fossiles et du pétrole en particulier, nous laissent penser que la productivité agricole a atteint ses limites et ne pourra plus augmenter de façon significative : les progrès de productivité (OGM, méthodes, engrais, nouvelles espèces…) serviront principalement à compenser les baisses dues à la dégradation des sols et des conditions climatiques (pluviométrie etc.). Nous nous approchons donc de la limite de ce que peut fournir la planète, si nous ne l’avons déjà dépassée. Par chance (?) la population va arriver elle aussi à son niveau asymptotique. Mais sa survie va dépendre de la façon dont la production sera partagée. Et il n’y a que deux méthodes de partage de cette manne de plus en plus limitée : inégalitaire ou égalitaire.

-          Inégalitaire. Tous n’ont pas droit aux mêmes rations et services. Cela veut dire que l’on décide explicitement que certains parmi nous ne sont pas vraiment humains. Je vois trois types de comportements inégalitaires :

- Le cow-boy. C’est George Bush déclarant que le mode de vie américain n’est pas négociable. En clair : les autres peuvent crever, cela ne nous regarde pas, qu’ils se débrouillent, nous ne changerons pas notre mode de vie d’un iota pour eux.

- Le faux-cul. C’est l’Union Européenne, qui délocalise sa pollution et son besoin d’un prolétariat sous-payé dans des pays qu’elle accuse ensuite, en se voilant la face, de contaminer la planète et d’exploiter les enfants ; ou qui dit à ses propres membres : vous n’avez peut-être pas lu les petits caractères, mais le contrat est signé et maintenant il faut payer, ou c’est la rue. L’UE est bien représentative de l’ultra-libéralisme, qui a le même comportement hypocrite.

- L’apartheid. C’est l’Arabie Séoudite qui déclare sans état d’âme que seuls les mâles arabes musulmans sont des êtres humains à part entière, les autres (femmes, étrangers…) ne pouvant pas avoir les mêmes droits qu’eux. On retrouverait dans ce groupe, s’ils existaient encore, les nazis, les dictateurs type Pinochet, les Khmers rouges, les sud-africains du temps de l’apartheid, et bien d’autres…

-          Egalitaire. Je n’en vois que trois représentants :

- L’ONU, tenant des Droits de l’Homme, qui exige un traitement égal pour tous, les individus jouissant à la naissance des mêmes droits quels que soient leur nationalité, sexe, races, religion, etc.

- Le pape François, qui a la même position, en y ajoutant une composante de fraternité, puisque les hommes sont tous fils du même Père.

- Enfin (pour combien de temps ?) notre pays, « patrie des Droits de l’Homme », qui a fait de l’humanisme et de l’universalisme son crédo, sans pour autant renier sa personnalité nationale. C’est cet équilibre entre national et universel qui fait l’originalité de la France dans le monde.

Voilà, il faut choisir : partager de façon égale ou pas. Les deux options sont viables, mais elles impliquent des choix de civilisation opposés. Elles aboutissent évidemment à des résultats différents, la seconde menant à la disparition d’une partie de la population mondiale (guerres, famines…), mais conservant leurs mode de vie à la caste des « vrais humains » ; la première gardant tous les individus en vie, et surtout sauvegardant la notion d’humanité, mais au prix de sacrifices de la part de chacun, et probablement aussi de bouleversements profonds de nos cultures nationales.

Mon choix (le nôtre ?) est sans équivoque la seconde option.

Et si l’on regarde à la lumière de ce filtre binaire ce que l’élection présidentielle nous a proposés comme alternatives, nous retrouvons bien deux groupes de candidats représentant ces deux options.

Dans le rang des inégalitaires se situaient E. Macron, représentant la version faux-cul ; F. Fillon, le cow-boy ; et M. Le Pen l’apartheid (plus quelques micro-candidats).

Dans celui des égalitaires, outre les trotskystes, deux candidats : B. Hamon (quoiqu’un peu faux-cul quand-même) et J.-L. Mélenchon.

Le cas de N. Dupont-Aignan est plus compliqué, du fait de son changement de camp en cours de partie. Mais déjà, avant cet évènement, sa campagne avait évolué par rapport à la précédente, et il était sorti d’une position gaulliste sans équivoque qui le mettait dans le groupe égalitaire pour en prendre une autre, plus proche du cow-boy, et montrant l’existence d’une dérive inquiétante. Avec le recul, je me rends compte que c’était cette dérive qui m’avait gêné lorsque nous avions dû faire un choix.

On voit que cette réflexion nous sort complètement de la dualité « souverainiste-européiste » pour aller vers celle « égalitaire-inégalitaire », qui dépasse largement le cadre étroit de la politique française, et même européenne ; mais que pourtant seule la France, dans l’état actuel de la politique mondiale, est capable d’expliciter et de défendre.

D’où mon soutien à la candidature de J.-L. Mélenchon, malgré un programme aux positions parfois douteuses, malheureuses, voire dangereuses sur certains dossiers. Mais si l’alternative est bien celle que je décris, je ne vois pas d’autre choix.

Bon, la présidentielle, c’est cuit ; restent les législatives.

Bien amicalement,

François VILLEMONTEIX

Membre du Conseil national de la Nouvelle Action royaliste