Union européenne

Après l’allocution présidentielle, le 10 décembre au soir, des « experts » ont disserté à n’en plus finir sur le « tournant du quinquennat ». Des Gilets jaunes avaient été conviés sur les plateaux pour montrer qu’on donnait la parole au peuple révolté mais ce n’était qu’une mise en scène. Ce que les Gilets jaunes parvenaient à dire était immédiatement corrigé et rejeté avec arrogance par les « grands journalistes parisiens » et les « économistes sérieux » : les révoltés n’avaient rien compris à la politique économique et n’étaient pas reconnaissants pour les milliards qu’on mettait sur la table !

Isolés, accablés de reproches, les Gilets jaunes des plateaux ne pouvaient pas voir les informations qui commençaient à être publiées ni deviner les explications qui seraient données le lendemain matin.

Non, il ne s’agit pas d’une hausse du Smic mais de l’augmentation prévue de la prime d’activité qui sera versée en accéléré !

Non, l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraites de moins de 2000 euros par mois n’est pas une solution suffisante puisque les retraites ne sont pas indexées sur l’inflation.

Non, la défiscalisation des heures supplémentaires n’est pas une bonne nouvelle car elle provoquera la destruction de 30 000 à 100 000 emplois.

En revanche, il est certain qu’on ne rétablira pas l’impôt sur la fortune.

En revanche, ce même 10 décembre, le Sénat a voté l’allègement de l’exit tax : alors que les Français installés à l’étranger devaient attendre 15 ans pour vendre leurs actions sans payer une taxe de 30% sur leurs plus-values, ils pourront le faire dans un délai de deux à cinq ans après leur départ selon le vœu exprimé en mai dernier par le président des riches.

Quant aux promesses sur la délibération collective, elles seront à examiner selon les projets et propositions de loi qui seront effectivement déposés mais il est probable que ces belles paroles visent à endormir les Gilets jaunes. Ceci en attendant de remettre le débat public dans un cadre polémique classique par la relance du débat sur l’identité et sur l’immigration. Marine Le Pen, toujours mal à l’aise sur les questions sociales – elle s’est opposée à une augmentation du Smic – sera ravie de reprendre ses thèmes habituels et de faire revivre jusqu’aux élections européennes l’affrontement entre les xénophobes et les « progressistes ».

Les misérables concessions faites aux Gilets jaunes et les manœuvres qui vont être tentées ne doivent pas nous détourner des deux conditions préalables à tout débat :

Quant à la crise de la représentation politique, pas d’avancées démocratiques sans retour au fonctionnement normal des institutions de la Vème République. Le président de la République est un arbitre, non le chef du gouvernement et de la majorité parlementaire. Le gouvernement est responsable devant le Parlement, non devant le président de la République. C’est le gouvernement qui détermine et conduit la politique de la nation, non le président de la République. Si Emmanuel Macron en vient à respecter la Constitution, et la fonction qu’elle lui assigne, il pourra être accepté par les Français. Sinon, il s’exposera toujours et de plus en plus à subir leurs coups directs.

Quant à la crise économique et sociale, pas de remèdes sans reconquête, contre Bruxelles, Francfort et Berlin, de notre souveraineté. Comme l’écrit Coralie Delaume dans « Le Figaro » : « Les gouvernements des pays membres ne disposent que d’un très petit nombre d’instruments de politique économique. Aucune politique industrielle volontariste ne leur est possible puisque les traités interdisent de « fausser la concurrence » par le biais d’interventions étatiques. Aucune politique commerciale protectrice ne leur est possible puisque la politique commerciale est une « compétence exclusive » de l’Union. Aucune politique de change n’est possible puisque dans le cadre de l’euro, les pays ne peuvent dévaluer. Aucune politique monétaire n’est possible puisque c’est la Banque centrale européenne qui la conduit. Enfin, aucune politique budgétaire n’est possible puisque les pays qui ont adopté la monnaie unique sont soumis à des « critères de convergence », notamment la fameuse règle – arbitraire – des 3 % de déficit public. »

Comme l’Union européenne est une construction antidémocratique, comme le président de la République est, selon notre Constitution, le garant de l’indépendance nationale, il faut vouloir à la fois que le président de la République change ou soit changé et que l’Union européenne disparaisse sous l’effet de sa logique de dislocation interne et grâce à l’explosion de la zone euro. Cette volonté largement partagée trouvera un jour ou l’autre son expression concrète dans un vaste rassemblement politique.

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