Articles avec le tag ‘Grèce’

Quand les manifestants grecs fustigent sur leurs banderoles la ploutocratie, ils demeurent fidèles à l’enseignement de leurs philosophes et à leurs ancêtres qui inventèrent, à Athènes, la démocratie. Quand nous avons commencé à dénoncer l’oligarchie, nous avons craint que le mot soit pris dans un sens polémique. Tel n’est plus le cas depuis longtemps mais voici que la ploutocratie et l’oligarchie se concrétisent avec une violence encore plus forte que dans les premières années de ce siècle : les décisions sont prises contre les peuples, pour satisfaire les puissances d’argent, pour que les milieux dirigeants ne perdent ni la face, ni leur pouvoir. Angela Merkel, Dominique Strauss-Kahn, Jean-Claude Trichet, Pascal Lamy : tels sont les acteurs d’une tragédie qui finira par les détruire. Mais, sans voir que l’issue fatale se rapproche, ils continuent, par conjonction de nombreuses circonstances, de nous dominer.

Parce que les Grecs sont au cœur de l’histoire qui se fait, parce qu’ils peuvent y jouer un rôle décisif, exemplaire pour les autres peuples d’Europe, nous voyons clairement que cette crise est d’abord politique : les programmes d’appauvrissement qui sont décidés par les gens du FMI constituent d’abord un attentat prémédité contre la démocratie. Et c’est le démos d’Athènes, de Salonique et d’autres cités grecques qui le dit, avec ses mots tirés des œuvres d’Aristote et inscrits dans le même alphabet.

Le gouvernement grec avait été élu sur un tout autre programme – et ce sont les ordres de l’oligarchie qu’il se croit obligé d’exécuter. Nous aussi, nous avons connu ce viol du suffrage universel lorsque le dispositif du «traité constitutionnel » fut imposé par manœuvre, mensonge et intimidation aux peuples qui l’avaient refusé. Mais en Grèce c’est pire : le gouvernement a abdiqué sa souveraineté, il envoie sa police contre les manifestants qui l’ont élu et les Grecs viennent nous dire que leur pays est en train d’être acheté par des groupes financiers étrangers. Reprenant le principe premier de la morale politique, Blaise Pascal rappelait que « le propre de la puissance est de protéger ». Tel est le service essentiel et permanent que doit rendre le pouvoir, qui implique la juste répartition des biens et la démocratie qui est le régime légalement garanti des libertés publiques.

C’est cette protection permanente qui légitime le Gouvernement. Or c’est ce rôle protecteur qui a été abandonné par les gouvernements grec, portugais, espagnol, allemand, français… en somme par toute cette « gouvernance » qui ne parle plus au peuple dont elle a la charge, mais aux spéculateurs et aux agences de notation – c’est-à-dire à des sociétés de parieurs et à des incapables. Faire preuve de son efficacité, aujourd’hui, c’est montrer qu’on parvient à imposer, avec des arguments humiliants et imbéciles, une longue et cruelle punition à des peuples qui supportent depuis des années, voire des décennies, le poids des erreurs et des fautes des oligarques.

Hélas, le sang qui a coulé en Grèce, qui va couler dans d’autres villes européennes, ne les rendra pas à la raison politique. Un ministre allemand exige que le plan d’austérité soit appliqué par les Grecs « à la virgule près ». Alain Minc explique qu’il faut réussir la réforme des retraites – appauvrir les retraités – pour sauver la note donnée à la France par les agences américaines. Angela Merkel veut soumettre les pays de la zone euro à une discipline de fer et Dominique Strauss-Kahn va dans le même sens en préconisant la déflation. On parle d’un gouvernement économique comme instrument de contrainte – ce qui impliquerait un nouveau traité !

C’est dans cette épreuve inutile – les recettes ultralibérales ont échoué ou vont échouer – que nous vérifions la force des principes qui vont nous sauver. Tout est lié : la nation, la souveraineté, la démocratie, la justice sociale, le bien-être des citoyens, leur sûreté et leur liberté.

Les événements de ce début mai nous indiquent par quoi il faut commencer : la reconquête, par chaque Etat, de sa souveraineté monétaire. C’est avec des Etats souverains, qui auront les moyens de se reconstruire en assurant une prospérité croissante à leurs citoyens, que nous pourrons refonder une Europe fidèle à elle-même.

Bertrand RENOUVIN

Editorial du numéro 970 de « Royaliste » - mai 2010

Le jeudi 8 avril, Le Figaro affichait la photo de l’épouse de Nicolas Sarkozy en première page avec ce titre étalé sur cinq colonnes : « Nous ne sommes victimes d’aucun complot ». Le même jour, la Grèce recommençait à glisser brutalement, sur la pente infernale de l’emprunt et de l’endettement.

Je souhaiterais que les historiens de l’avenir retiennent cette page et ce moment de la crise terminale de la zone euro. Des conseillers de la présidence et le journal de la classe dirigeante ont été mobilisés pour qu’une femme, qui n’est rien dans l’Etat, s’emploie à démentir une rumeur insignifiante qui avait été présentée comme l’effet d’un complot politique. Le traitement du reste de l’actualité n’est pas moins étonnant : en surtitre et en grosses lettres rouges, Le Figaro nous avertit qu’il y aura « interdiction totale avant l’été » de la burqa. A gauche, sur une colonne, s’entassent les annonces de sujets renvoyés aux pages intérieures : l’accord entre Américains et Russes sur les armes nucléaires, le cours du dollar, la visite à Paris du Premier ministre turc…

Pierre Bourdieu avait raison : les grands médias ne nous informent pas sur les affaires du monde, mais sur ce qui intéresse leurs journalistes. Il est bon de prendre cet angle de lecture, qui permet d’éviter les analyses dramatisantes : on ne nous cache pas la vérité, « nous ne sommes victimes d’aucun complot » pour reprendre la formule attribuée à celle qu’on présente comme première dame de France (1) et il n’y a pas l’ombre d’un totalitarisme insidieux dans les grands médias. Simplement, on évite autant que possible les sujets qui fâchent, sous prétexte que les gens n’y comprennent rien. En matière économique et financière, la crainte des colères élyséennes, la prudence à l’égard des actionnaires (surtout les banquiers) et la paresse de certaines « grandes plumes » s’abritent derrière un mépris de fer pour le peuple français.

Il est cependant possible de s’informer chaque jour sur la crise en cours : la presse financière, qui a l’avantage de se présenter comme telle, est riche d’informations intéressantes et les blogs spécialisés font un remarquable travail de recherche et de pédagogie (2). Mais s’informer demande beaucoup de temps. Chaque quinzaine, nous nous présentons des analyses synthétiques et des perspectives à court ou moyen terme mais, quand la crise flambe, nous sommes dépassés. J’écris en ce dimanche 11 avril, au moment où une téléconférence des membres de l’Eurogroupe est consacrée au cas désespéré de la Grèce : l’Etat emprunte pour payer les intérêts de ses emprunts précédents et financer ses dépenses courantes à des taux qui alourdissent ses charges. Cet étranglement étant visible, les spéculateurs qui prêtent à la Grèce exigent un taux de plus en plus élevé – et serrent encore le nœud financier. Je ne peux prévoir les faits que vous connaîtrez quand vous lirez ces lignes mais l’analyse peut être ainsi cadrée :

Les principaux dirigeants européens avaient décidé en mars de promettre une aide à la Grèce sans rien lui donner : la reprise de la spéculation est logique et les parades à la catastrophe viennent trop tard. Après la Grèce, ce sera le tour du Portugal et d’autres pays membres de la zone euro. Nous ne serons pas épargnés : la tempête menace déjà les banques françaises et allemandes, très exposées en Grèce notamment.

La Banque centrale européenne, les gouvernements français et allemands et le FMI sont totalement d’accord pour lutter contre la crise de la dette par des mesures imbéciles, meurtrières pour la population : pour réduire les déficits budgétaires qui déchaînent les spéculateurs contre les Etats, les hauts responsables imposent des réductions de dépenses publiques et des baisses violentes de salaires qui aggravent la logique de récession ou empêchent la reprise et qui, par conséquent, creusent encore les déficits publics.

Pas de solutions à la crise tant que les oligarques ne serons pas eux-mêmes licenciés.

Bertrand RENOUVIN

(1) Madame Sarkozy, personne privée, m’est indifférente. Je l’évoque parce qu’elle joue divers rôles dans le casting de la propagande sarkoziste.

(2) Pour suivre la crise monétaire et financière, il importe de lire chaque jour le blog de Paul Jorion : http://www.pauljorion.com/blog/

Editorial dunuméro 968 de “Royaliste” - avril 2010

Nous y sommes… La crise générale de l’ultralibéralisme est entrée dans une nouvelle phase, qui va conduire à l’éclatement de la zone euro. Tout y conspire : les illusions premières sur la prétendue « monnaie unique », la rigidité des textes, l’aveuglement des gestionnaires du système, l’attentisme des dirigeants de l’Union européenne, les préoccupations partisanes d’Angela Merkel (1), la cupidité des spéculateurs, le rôle qu’on a laissé jouer aux agences de notations…

Je ne me réjouis pas. Les oligarques français et européens sont des lâches et rien n’est plus dangereux que des lâches en proie à la panique. La peur des spéculateurs (les « marchés »), est une peur abstraite, qui n’empêche pas ces messieurs et ces dames de dîner en ville et de passer d’agréables fins de semaine dans leur maison de campagne. Ils ne se rendent pas compte que la politique de déflation qu’ils imposent en Grèce, au Portugal, en Espagne, est effectivement meurtrière : de combien de suicides sont responsables MM. Trichet, Strauss-Kahn, Lamy ? Lire la suite de cette entrée »

Face à la crise de la monnaie unique, les oligarques de tous les pays concernés, leurs experts et les chroniqueurs accrédités de la presse écrite et radiotélévisée ont tous tenu le même discours et lancé les mêmes mots d’ordre. L’abondance et la cohérence des messages impressionnent. Leur contenu est scandaleux.

Les oligarques dénoncent les grandes banques américaines et deux fonds de pension américains qui spéculent sur les emprunts d’Etat grecs et risquent de déstabiliser la zone euro. Mais c’est avouer que, depuis le début de la grande crise, rien n’a été fait pour empêcher les financiers de spéculer. L’an dernier, la rapacité des banquiers avait failli emporter tout le système. Cette année, c’est avec l’argent versé par les Etats pour les renflouer que les mêmes spéculateurs s’en prennent aux Etats : après la Grèce, ils visent le Portugal, l’Espagne, l’Italie… Pendant un an, les gloires du G 20 ont tenté d’abuser les peuples par de belles promesses sur la moralisation du capitalisme, ce qui n’empêche pas la banque suisse UBS de verser deux milliards d’euros de bonus pour 2009 alors qu’elle est déficitaire. Lire la suite de cette entrée »

Le peuple grec, ou la variable oubliée

Le dogme de la bienfaisance de l’euro est ébranlé. Dans Le Monde du 19 janvier, Pierre Briançon s’en émeut. A juste titre. C’est dans le même quotidien, promoteur de la monnaie unique et des recettes ultralibérales, qu’il a pu lire un texte incroyable : une vive critique de l’euro qui n’émane pas d’un Jacques Sapir ou d’un Jean-Luc Gréau, ces hétérodoxes infréquentables, mais d’une grande signature de la presse ultralibérale : Martin Wolff en personne, éditorialiste au Financial Times ! C’est comme si un brave curé de paroisse lisait dans l’Osservatore romano la remise en question de l’infinie bonté divine par un prélat romain.

Quand la croyance est mise à l’épreuve par un malin génie, on peut en revenir aux textes sacrés. Quand la simple crédulité est ébranlée, quand celui qui croit encore au Père Noël encaisse le sarcasme de celui qui n’y croit plus, le premier réflexe est d’accuser l’iconoclaste de désordre mental. Pierre Briançon ne recule pas devant cette banalité : pour lui, ceux qui annoncent que la Grèce va abandonner l’euro ne produisent qu’un « fantasme » et ont « peut-être abusé de l’ouzo ». Lire la suite de cette entrée »

septembre 2010
L Ma Me J V S D
« août    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930