Au soir du 27 octobre, François-Marin Fleutot, historien, a rendu hommage aux résistants royalistes morts pour la France devant le monument « aux morts fusillés par les nazis » situé avenue de la Porte de Sèvres à Paris.

« Ici, ce soir, nous sommes devant ce monument qui rappelle le sacrifice des fils de France. Tous n’étaient pas royalistes évidemment mais tous, communistes, socialistes, démocrates-chrétiens… ont fait le sacrifice de leur vie.

Entre 1939 et 1940, les Allemands nazis, en quelques mois, balayent l’Europe. Des hommes de toutes nations, de toutes opinions se sont dressés pour chasser du monde cette aberration meurtrière. Par chez nous, l’enjeu ne se limite plus au vieil antagonisme franco-allemand : c’est l’avenir de l’homme libre et de la civilisation qui est en cause. Nous devons à tous ceux qui se sont mis délibérément en travers de ce projet monstrueux d’être encore des hommes.

En 1940, certains de nos compatriotes prennent le parti de collaborer avec l’occupant. D’autres choisissent de se réfugier dans un attentisme précautionneux. Avec le général de Gaulle, ou sans lui, d’autres Français décident de s’opposer à l’envahisseur, de reprendre le combat jusqu’à la libération totale du pays. Bref, de devenir des résistants. Nonobstant leurs motivations profondes, ils représentent alors objectivement l’honneur de ce pays.

Ici, place Balard, près de cent cinquante résistants furent abattus par les nazis dont une partie du groupe La Vérité Française : Le 27 octobre 1942, à quatre heure de l’après-midi, Roland Coqueugniot, Jean de Launoy, Pierre Stümm, Daniel Donay, Alfred Veguel, Emile Louys y sont fusillés. Jean de Launoy écrit une dernière lettre à ses enfants que nous entendrons tout à l’heure.

Les royalistes sont issus de l’histoire de France. Plus sans doute que d’autres familles de pensée, ils ont de fortes raisons de s’opposer à la déferlante totalitaire. Il ne s’agit pas d’expliquer ce qu’ont été ces raisons. Il importe pourtant de savoir qu’ils n’ont pas attendu la guerre pour dénoncer ce qui se passait en Allemagne : dès 1933, plusieurs d’entre eux ont donné l’alerte… dont le maréchal Lyautey… Ils ne furent pas entendus.

Pendant l’Occupation, un grand nombre va poursuivre cet engagement. Leur rôle dans la guerre clandestine, amplement sous-estimé, voir négligé, n’est pourtant pas mince. Pensons à ces royalistes de raison ou de sentiment qui, dès 1940, traversent clandestinement la Manche pour reprendre le combat, comme Honoré d’Estienne d’Orves, Philippe de Hauteclocque, futur maréchal Leclerc, Pierre Messmer ou Daniel Cordier. Pensons à d’autres qui sont des tout premiers résistants de l’intérieur, comme le duc de Choiseul Praslin ou Jacques Renouvin. Tous ont été de ceux qui ne désespèrent pas de la France, qui ne désespèrent pas des Français. Ce sont bien leurs idées. Et d’abord l’idée qu’ils se font de la France, l’idée qu’ils se font de ce que doit être un Français et de la manière dont, en toute circonstance, il doit se comporter.

Nos pensées ce soir vont à la rencontre de ces femmes, de ces hommes, de conviction royaliste : de réflexion, de tradition, de tempérament ou de cœur ; qui, dès que la défaite militaire fut consommée, se sont engagés dans le combat pour libérer le pays du nazisme.

Les tenants du roi, comme les autres résistants, ont accepté de se battre aux côtés d’hommes qui étaient hier leurs adversaires politiques. A l’exemple d’un Henri d’Astier de La Vigerie qui va travailler main dans la main avec José Aboulker, jeune juif d’Alger. Ou encore du socialiste Jean Moulin qui appelle auprès de lui les jeunes royalistes Daniel Cordier et Raymond Fassin.

Que dire pour la partie militaire. Les résistants royalistes se retrouvent à l’Armée Secrète, à l’Organisation Résistance Armée, dans les Forces Françaises Libres, à la 2ème D.B., dans la 1ère armée française, comme dans l’escadrille Normandie-Niemen, à la Brigade Alsace-Lorraine comme dans les commandos. Dans les réseaux de renseignement, et dans les maquis.

J’ai dit les hommes comme les femmes. Ayons une pensée pour deux belles figures féminines de la Résistance : Madame Pauline Barré Saint-Vérant qui avec opiniâtreté a rassemblé le réseau Marie-Odile et qui, arrêtée, sera déportée et trouvera la mort à Ravensbrück. Et Madame Hélène de Suzannet qui organisera dans le Paris occupé le transport des enfants juifs vers la Vendée. A la sortie de la guerre elle sera l’une des 33 premières femmes élues à l’Assemblée constituante.

Mais revenons au petit groupe autour de Jean de Launoy qui décide de publier dès septembre 1940 une feuille-tract La Vérité française. Très vite par l’intermédiaire des colonels Charles Dutheil de la Rochère et Paul Hauet ce groupe est rattaché au réseau du Musée de l’Homme de Germaine Tillion. Ils n’agissent pas en zone vichyste mais en zone occupée, c’est-à-dire au milieu des nazis. Évidemment ils ne sont pas les seuls : au même instant Hubert de la Garde rassemble le premier réseau de renseignements pour le mouvement Libération-nord, d’Estienne d’Orves s’apprête à revenir en France où il assumera en chrétien et en royaliste son destin. Pensons aussi aux groupes « Ceux de la Résistance » et « Ceux de la Libération » où nous retrouvons nombre d’amis du roi alliés à d’autres Français. Mais n’est-ce pas une généralité…. En zone sud c’est la même chose, du mouvement « Combat » d’Henri Frenay au maquis des Montagnes noires.

Mais revenons encore un instant sur ce petit groupe qui s’assemble au tout début de la résistance. Cacher des soldats anglais ou français déserteurs des geôles nazies, récupérer le matériel militaire qui servira à la Libération, désinformer les Français des boniments quotidiens des journaux et de la radio, cela a pu sembler ridicule face aux mensonges qui se sont installés partout. Et pourtant sans désespérer ils l’ont fait !

Dénoncés par un traître, ils seront arrêtés, jugés comme espions, condamnés par les nazis. Beaucoup connaîtront la déportation et la mort comme Charles Dutheil de la Rochère, déporté à Sonnenbourg, et d’autres autour de Jean de Launoy seront fusillés ici même.

Ne les oublions pas. Ils sont morts pour que nous soyons libres.

François-Marin FLEUTOT

Résistants royalistes morts pour la France

Maurice Anjot, dit Bayard, chef du Maquis des Glières, mort au combat le 27 mars 1944.

Jean Armand, membre de l’Organisation de la Résistance Armée, mort au camp de Neuengamme le 14 décembre 1944

Pauline Barré Saint-Venant, dite Marie Odile Laroche, fondatrice et chef du réseau Marie-Odile, morte au camp de Ravensbrück le 23 mai 1945

Fernand Bonnier de la Chapelle, fusillé à Alger par les giraudistes le 26 décembre 1942

Charles de Choiseul Praslin, des Forces Françaises Libres, mort au combat à La Rochelle le 6 mai 1945.

Jean Dauphin, membre du réseau Hector, mort au camp de Neuengamme en 1945.

Charles Dutheuil de la Rochère, membre des réseaux : Musée de l’homme et La Vérité française, mort au camp de Sonnenburg le 3 janvier 1944

Philippe d’Elbée, membre du réseau Brutus, mort au camp d’Ellrich le 15 janvier 1945.

Honoré d’Estienne d’Orves, Compagnon de la Libération, Officier des Forces Françaises Libres, fusillé au Mont Valérien à Paris le 29 août 1941.

Jean Fanneau de la Horie, officier de la IIe D.B., mort au combat dans les Vosges le 18 novembre 1944.

Raymond Fassin, membre du secrétariat de Jean Moulin, mort au camp de Neuengamme le 12 février 1945.

Roger de la Grondière, Compagnon de la Libération, officier des Forces Aériennes Françaises Libres, mort au combat en Bretagne le 20 juin 1944.

Maurice Halna du Fretay, Compagnon de la Libération, officier des Forces Aériennes Françaises libres, mort au combat (opération Jubilée) le 12 août 1942.

Hubert de la Garde, membre de l’état-major des Forces Françaises Libres, fondateur et chef des réseaux Eleuthère et Villars, mort au camp de Dora le 25 janvier 1945.

Jean de Launoy, fondateur du réseau La Vérité française, fusillé place Balard le 27 octobre 1942

Théodose Morel, dit Tom Morel, chef du maquis de Glières, assassiné le 10 mars 1944.

Léonel de Moustier, député qui a voté non aux pleins pouvoirs à Pétain, Compagnon de la Libération, chef de l’Organisation de la Résistance Armée dans le Jura, mort au camp de Neuengamme le 8 mars 1945.

René Ortlied, membre du réseau Martial-Septième colonne d’Alsace, fusillé au camp de Volfach le 17 avril 1944.

Louis Pélissier, dit Carton, coordinateur des maquis du Sud-Ouest pour les Mouvements Unifiés de la Résistance, fusillé à Céret le 8 juin 1944.

Amalric de Rambuteau, des Forces Françaises Libres, mort au camp de Stassfürt-Buchenwald le 13 décembre 1944

Jacques Renouvin, Compagnon de la Libération, chef des groupes francs de Combat, mort au camp de Mauthausen le 24 janvier 1944.

Albert de Reyniès, chef de l’Armée secrète pour la région sud-Est, membre de l’Organisation de la Résistance Armée, mort au combat dans le Vercors le 6 mai 1944.

Monsieur l’abbé Stamm, membre du réseau Martial-Septième colonne d’Alsace, fusillé au camp de Volfach le 17 avril 1944.

Pierre Stümm, membre du réseau La Vérité française, fusillé Place Balard le 27 octobre 1942.

Raymond Toublanc, membre du réseau Hector, mort au camp de Neuengamme le 27 mars 1945.

Alfred Touny, Compagnon de la Libération, membre des réseaux : Confrérie Notre Dame et Organisation Civile et Militaire, fusillé à Arras début avril 1945.

Henri Veit, F.F.I., membre du réseau Martial-Septième colonne d’Alsace, fusillé à Belfort autour du 16 septembre 1944.

Jean de Vomécourt, membre du S.O.E. réseau Scientist, mort au camp d’Orianenbourg le 12 février 1945.