Jean-Luc Mélenchon est comme l’enfant qui détruit son château de cartes parce qu’il a voulu trop en rajouter pour épater la galerie. Il passe ainsi du meilleur au pire et du pire au meilleur selon des cycles qui se répètent ou se mélangent car il peut y avoir tout à la fois le meilleur et le pire dans une même séquence.

Après avoir lancé sa campagne présidentielle dans un style gaullien, méprisant les combines partisanes et les primaires pour s’adresser directement au peuple français, le chef de la France insoumise avait mené une partie de sa bataille sur des enjeux décisifs – l’indépendance nationale, la planification écologique – mais poursuivit la chimère de la « Sixième République ». Des objectifs incompatibles et de fortes ambiguïtés ont provoqué son échec au premier tour mais il a ravi à Marine Le Pen la fonction tribunitienne et il a réussi à constituer un groupe parlementaire.

Entrée en résistance contre les ordonnances réformant le code du Travail, la France insoumise mène un combat qui relie judicieusement l’action parlementaire et la manifestation de rue. A la Bastille le 23 septembre, Jean-Luc Mélenchon a réussi sa première démonstration de force, dénoncé vigoureusement l’ultralibéralisme… puis tout gâché par sa célébration de la «rue », lieu de toutes les victoires – y compris la victoire sur le nazisme. Même gâchis à l’Assemblée nationale : en attaquant grossièrement Manuel Valls qui s’est empressé de lui répliquer sur le même ton, le chef de la France insoumise a offert aux médias une polémique qui a effacé le lancement de son offensive contre la thématique macronienne de la « souveraineté européenne ».

Les improvisations populistes de Jean-Luc Mélenchon et les basses polémiques auxquelles il se livre soulignent les inconséquences du chef de la France insoumise qui s’ajoutent à la confusion qui règne au sein de cette organisation. Il est bon d’entendre Adrien Quatennens, député du Nord, dénoncer les ordonnances à la tribune de l’Assemblée nationale. Il est bon d’entendre François Ruffin s’étonner, lors de la discussion de la loi sur la sécurité intérieure, que rien ne soit proposé pour lutter contre le financement du terrorisme depuis l’Arabie séoudite et le Qatar.  Il est bon d’entendre Adrien Quatennens déclarer que la France insoumise a « une ambition qui est plus grande que de rassembler la gauche », qu’elle a « un projet à vocation majoritaire » auquel des citoyens qui n’ont jamais voté à gauche peuvent adhérer.

La vigueur dans la lutte sociale, la cohérence dans le combat contre le djihadisme, la volonté de rassemblement : à entendre ces jeunes députés, on se dit que la France insoumise est riche de promesses. Mais la démagogie communautariste d’autres députés exaspère – Clémentine Autain, Danièle Obono – et le découragement saisit à la lecture de la lettre ouverte qu’Ambroise de Rancourt, jeune sympathisant de la France insoumise, a adressée à son chef charismatique (1). Hostile aux entrepreneurs identitaires de droite et de gauche – Eric Zemmour, Houria Bouteldja – qui rivalisent dans la même vision ethniciste, Ambroise de Rancourt s’indigne de l’omerta qui règne à la France insoumise sur l’islamisme et s’étonne des lourdes ambiguïtés de Jean-Luc Mélenchon.  Ce ne sont pas les seules ! Le discours sur l’avenir de l’Europe qu’il a prononcé le 10 octobre à la tribune de l’Assemblée contenait de fortes réflexions sur la souveraineté et sur les frontières nationales mais il se terminait par des invocations à « l’Europe sociale » et à « l’Europe fiscale » – ces foutaises attestées – et par un appel à « maintenir le niveau de l’euro au niveau du dollar » qui signifie qu’il n’est pas question d’en finir avec la prétendue monnaie unique.

Une fois encore, Jean-Luc Mélenchon est allé du meilleur au pire. S’il célèbre la République tout en acceptant le communautarisme, s’il défend la souveraineté nationale sans annoncer qu’il veut nous délivrer de l’euro-mark, s’il continue à dénoncer nos institutions sans comprendre qu’elles permettent la réaffirmation de notre indépendance nationale, il s’enfermera dans son statut de tribun populiste alors qu’il pourrait peut-être encore devenir ce qui manque au pays : un homme d’Etat.

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(1)    Lettre publiée sur le blog de Coralie Delaume, L’Arène nue.