Au lendemain du sommet européen de Bruxelles, il importe de dresser froidement un premier bilan des brillants résultats obtenus par la chancelière allemande.

C’est Jean-Claude Juncker, le candidat d’Angela Merkel, qui a été porté le 27 juin à la présidence de la Commission européenne. François Hollande souhaitait Michel Barnier. Il s’est incliné.

C’est le Polonais Donald Tusk, le candidat d’Angela Merkel, qui a été élu président du Conseil européen le 30 août. François Hollande soutenait la candidature du Premier ministre danois, la social-démocrate  Helle Thorning-Schmidt. Il s’est incliné.

C’est le ministre des Finances espagnol, Luis De Guindos, qui assurera, avec l’assentiment d’Angela Merkel, la présidence de l’Eurogroupe en 2015. François Hollande ne s’y opposera pas.

Plus encore : comme le constate avec dépit le très europhile Jean Quatremer, « le poste de chef de cabinet de Jean-Claude Juncker est occupé par un Allemand et Berlin truste les présidences du Parlement européen, du Mécanisme de stabilité européen (MES), de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de la BERD… ».

Vivement souhaité par Jacques Delors et ses disciples, le « gouvernement économique » de l’Union européenne est et sera un « gouvernement » allemand qui confirme un état de fait : la puissance allemande est désormais sans partage. Sans partage au sein de l’Union européenne car le jeu se déroule sous l’égide des Etats-Unis.

Une Europe germano-américaine qui trouve un semblant d’unité dans la confrontation avec la Russie : telle est la situation, en tous points défavorable à la France, que ses dirigeants ont choisi d’accepter. Au soir du 31 août, les chaînes d’information en continu se complaisaient dans le récit des journées « socialistes » de La Rochelle, alors que c’est l’effacement de François Hollande au sommet de Bruxelles qui devrait susciter commentaires et débats.  Mais non… On nous redira que la France n’a que ce qu’elle mérite : elle n’est pas assez rigoriste, elle n’est pas assez compétitive !

Les donneurs de leçons oublient un point capital. Le président des Etats-Unis, la chancelière allemande, le Premier ministre polonais et bien d’autres chefs d’Etat ou de gouvernement font la politique qui est ou qu’ils croient conforme aux intérêts de leur pays. En France, les oligarques, toutes tendances confondues, pensent qu’il est plus confortable de s’aligner sur des puissances extérieures. Confort intellectuel et politique qui s’accompagne, malgré les défaites électorales, d’un étonnant sentiment d’impunité.

Ce n’est pas une fronde qui changera l’attitude de Manuel Valls et de François Hollande. Ce n’est pas Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé, artisans de l’alignement sur l’Allemagne et sur les Etats-Unis, qui sauveront l’UMP. Dans les petites et dans les grandes formations de droite et de gauche, ceux qui ne veulent pas avoir comme seule perspective le jeu plus ou moins pervers avec le Front national devraient réfléchir en urgence aux conditions premières de notre indépendance nationale : sortie de l’euro, rupture des négociations transatlantiques, sortie de l’Otan.

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