La monarchie : Une idée neuve en Syrie – par Yves La Marck
Sous le titre « La monarchie : un des codes du régime d’Ahmad el-Chareh », le quotidien francophone libanais « l’Orient-Le Jour » a publié le 31 juillet la traduction d’un texte du chercheur syrien Hossam Jazmati, paru en arabe le 14 juillet sur la plateforme numérique syrienne indépendante Al Jumhuriya.net (la République). « L’information divulguée a d’abord semblé relever de la rumeur infondée, de craintes obsessionnelles propres à l’imagination de certains détracteurs virulents » : Ahmad el-Chareh, président de la transition, « aurait envisagé de faire basculer la Syrie d’un système républicain vers un système monarchique. Ultérieurement, l’information a été confirmée par plusieurs sources concordantes, celles-ci ajoutant qu’il avait sollicité l’avis de responsables étrangers et de conseillers, qui lui auraient déconseillé un changement institutionnel d’une telle ampleur, de peur de provoquer un bouleversement interne violent. »
En réalité, l’auteur ne vise pas ici l’idée d’un recours à une dynastie reconnue comme les hachémites qui en 1920 avaient, pendant quelques mois, confronté à Damas l’imposition du mandat français, sur la base des promesses du « royaume arabe » couvrant la « Grande Syrie », incluant les côtes du Liban et la Transjordanie, voire une union dynastique avec l’Irak. Le média libanais a vu dans l’article une bonne raison de mettre en garde contre un rapprochement excessif entre Damas et Beyrouth présentement favorisé par les Américains, en tout cas entre Damas et Tripoli, capitale du nord-Liban majoritairement sunnite, qui a réservé un accueil populaire chaleureux au ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaïbani, lequel se pense comme un virtuel premier ministre (auprès du roi). Ce n’est pas un hasard si cette publication survient au milieu des débats rétrospectifs sur la formation en cette même année 1920 du Grand Liban à l’occasion de la béatification le 25 juillet du patriarche maronite de l’époque, Elias Hoayek (1843-1931). Cet événement intervenu au siège estival du patriarcat, à Dimane, au nord-Liban, en présence du président de la République Joseph Aoun, auquel il n’a pas été donné de publicité à l’extérieur, s’adressait à une grande figure spirituelle. Mais l’histoire a surtout retenu son rôle en 1919 à la conférence de Paris où il a surpris tout le monde, à commencer par Clemenceau, en abandonnant le projet de petit Liban limité à la montagne (chrétienne et druze) et en s’opposant à la vision de Grande Syrie. Il lui était apparu en effet que privé d’accès à la mer, le Mont Liban, serait vite asphyxié par la majorité sunnite. Le patriarche est ainsi considéré comme le père du Liban dans sa forme actuelle.
Le propos de ce chercheur syrien ne vise pas plus le Liban que les Hachémites. Il se veut une critique des modalités du nouveau pouvoir syrien en réponse au discours du président el-Chareh lors de la séance inaugurale de la nouvelle Assemblée du peuple, à Damas, le 12 juillet. L’auteur a tout loisir de montrer que cette Assemblée élue aux deux-tiers au suffrage indirect et pour le tiers restant nommée par le président, ne marque pas le retour à un régime parlementaire mais doit être considérée comme un simple organe consultatif, une « Choura », comme dans les monarchies du Golfe qu’il semble admirer, « une monarchie dirigeante, conservatrice et riche ». Elle doit être comparée à celle que, sous le nom de guerre d’Al-Joulani, il avait instituée dans la région autonome d’Idlib qu’il a précédemment gouvernée à la tête du Front islamiste al-Nosra. Fort de cette expérience, al-Chareh, lorsqu’il se saisit du pouvoir à Damas « savait parfaitement quel type de prérogatives et quelle ampleur de pouvoirs il souhaitait s’arroger. Il savait également que le régime républicain lui imposerait davantage de contraintes qu’il n’était prêt à en accepter. »
De quel régime républicain est-il fait référence ici sinon de celui qui sera marqué par une instabilité permanente entre l’indépendance de 1946 et le coup d’Etat baathiste d’Hafez-el-Assad en 1970 ? Il est autant impossible de revenir à cet état de choses ante que de restaurer les Hachémites à Damas comme à Bagdad. Prendre comme « modèle » de gouvernement le mini-Etat islamiste d’Idlib est certes chronologiquement plus pertinent mais nul ne saurait le généraliser à l’ensemble de la Syrie.
La conclusion paraît formulée au coin du bon sens : « Il n’existe pas de voie toute tracée vers la démocratie. » Pour l’instant, l’on constate une personnalisation du pouvoir, quoi de plus étonnant vu les circonstances ; d’autre part le modèle traditionnel arabe sunnite n’est-il pas, écrit l’auteur, celui du « despote juste » ou éclairé, « qu’il s’inscrive dans un régime républicain ou monarchique » ?
Yves LA MARCK
Tocqueville est un auteur très intéressant. Bertrand Renouvin a parfaitement raison lorsqu'il écrit que Tocqueville a beaucoup plus d'intérêt que…
Cher Ex-collègue, Merci pour ce soutien et tous les arguments que vous avancez pour défendre ce bel outil qu'est l'IRD…
De Gaulle --bolchévik radical comme chacun sait!-- avait su accepter l'essentiel du programme du CNR, même s'il avait réussi à…
Très intéressant billet. Et très intéressante aussi l'idée de monarchie ! Mais la monarchie que je préfère c'est la monarchie…
Assez d'accords sur l'ensemble à deux choses près: Le Rassemblement "national" n'est pas le Front national qui était un parti…