Nous entrons, comme tous les quatre ans, dans une période festive pour la planète : la Coupe du monde de football, le « Mondial », va se dérouler du 11 juin au 19 juillet. Tout, pendant un mois et demi, va tourner autour du ballon rond, gé­niteur du plus grand événement mondial en termes d’écoute : les spectateurs, dans les stades, ou devant leur télévision seront cinq milliards, soit plus de 63 % des humains ! C’est que tous les pays (ou presque) font du football, que 48 nations ont été sélection­nées et y sont directement engagées : ce sport est de loin le plus populaire du monde.

Il faut lui reconnaître des qualités uniques. Les règles sont simples et intuitives et tout le monde peut les comprendre : une équipe de 11 joueurs doit mettre un ballon dans la cage adverse (sans les mains) et empêcher l’adversaire d’en faire autant, durant deux mi-temps de 45 minutes. Ce sport possède toutes les quali­tés d’un bon film d’aventures : objectif sans équivoque, mélange d’héroïsme et de faiblesse, victoire toujours incertaine, suivant ce qu’en décident les dieux du Hasard ; coups de théâtre, joie et larmes, passions et sacrifices, force et douleur, blessures et adré­naline, tout y est. Enfin tous les pays y sont sur un pied d’égalité : ce n’est pas la richesse ou le PIB qui compte, mais la ferveur des citoyens et les vocations qu’elle suscite, puisque les joueurs les plus brillants de tous ces pays se retrouvent dans les mêmes grands clubs, dont ils partagent l’expérience, l’entraînement et l’excellence : les joueurs Sénégalais, par exemple, évoluent dans des clubs anglais, français, italiens, espagnols, turcs, arabes. Tout est prêt, qui fera du Mondial, comme chaque fois, la grande fête planétaire du sport.

Tout ? Pas vraiment. On comprend que l’organisation et le sui­vi de cet événement soient aux mains d’une structure spécialisée, puisqu’il faut bien organiser cette fête. C’est le rôle de la FIFA, la « Fédération Internationale de Football Association », une as­sociation sans but lucratif, sous la loi suisse, qui est l’instance dirigeante du football mondial depuis 1904. Et pour cela, elle gère beaucoup d’argent : les recettes de 2026 devraient atteindre 11 milliards de dollars (cinq de plus qu’en 2022), avec les droits de retransmission (4 Md), les sponsors (3 Md), la billetterie (3 Md), etc.

Tant d’argent ne peut que mener à des dérives, et la FIFA n’a pas pu échapper à ces tentations financières (souvenons-nous de 2015). Elle ne veut plus « avoir de l’argent pour faire la coupe du monde » ; elle veut « faire la coupe du monde pour avoir de l’argent ». Et en 2026 nous pouvons découvrir les méthodes « légales » qu’emploie la FIFA pour en faire entrer encore plus dans ses caisses. Les billets, par exemple, sont maintenant gé­rés comme chez beaucoup d’autres entreprises, par un « modèle dynamique des prix » très apprécié dans le monde des affaires : les prix évoluent (à la hausse) en fonction de la demande ins­tantanée. Ils n’ont plus aucun rapport avec leur coût réel, le but étant de monter aussi haut que l’acheteur acceptera de payer, avec l’aide d’une publicité agressive. Beaucoup se sont retrouvés ainsi à payer bien plus que ce qui était affiché, pour des places ne cor­respondant plus à ce qui était promis. Les droits de retransmission sont en hausse de 22 % par rapport à 2022, par une espèce de chantage auprès des pays acquéreurs. Même hausse vertigineuse des recettes de publicité (52 % de hausse), puisque la FIFA va interrompre chaque mi-temps par une « pause hydratation », qui dénature les matchs mais permet de créer des espaces publici­taires supplémentaires. Le nombre de pays sélectionnés est passé de 32 à 48, ce qui représente 104 matchs : à cent millions de re­cettes par match…

Cette avidité sans frein est particulièrement visible cette fois-ci, du fait du comportement du principal pays hôte, les États-Unis. Ce pays, qui est peut-être le seul au monde à rester imperméable au football (au point de lui donner un autre nom : soccer), ne semble pas intéressé par le Mondial, et ne fait aucun effort pour faciliter le déroulement de la fête : visas refusés, tourisme décou­ragé, vexations, surveillance et soupçons sur les équipes, et même refus de visa à un arbitre somalien : l’événement n’apporte pas as­sez de voix à Donald Trump pour qu’il s’y intéresse, même après avoir reçu l’absurde « prix FIFA pour la paix » …

Mais sans parler du comportement de l’hôte, c’est le principe même de la recherche effrénée du bénéfice qui est en cause. Puisque la FIFA considère les gains financiers comme plus im­portants que le jeu et la passion des spectateurs, l’intérêt de la compétition tend à disparaître. Cette gloutonnerie trop visible laisse un goût amer : que reste-t-il de l’esprit de la Coupe du monde dans un système où le seul objectif est de faire cracher tout l’argent qu’il peut à l’amateur de football ? Et cette obser­vation dépasse le cas du football pour toucher le sport en général (pensons aux JO) : si l’argent est plus important que le bonheur de la fête, le désenchantement n’est pas loin. Peut-être faut-il y voir, au moins en partie, une cause des dégâts qui accompagnent les victoires, comme ceux qui ont pourri celle du PSG à Paris ?

François GERLOTTO

Editorial du numéro 1326 de « Royaliste » – 15 juin 2026