Inertie, violences, incertitudes
Le prix du carburant fait partie des préoccupations quotidiennes et le gouvernement doit s’en préoccuper. Il est cependant urgent que l’ensemble des facteurs de crise soit pris en considération. La menace qui pèse sur les citoyens français et leurs voisins européens est d’une violence inédite en raison de la conjonction sur une courte période de facteurs négatifs qui vont multiplier leurs effets.
Spectaculaire à cause du blocage du détroit d’Ormuz et immédiatement sensible, la crise de l’énergie a déjà engendré des difficultés majeures dans le secteur pétrochimique où l’on a très rapidement observé des pénuries – ammoniac, hélium – et des augmentations de prix qui affectent gravement la production d’engrais, de plastiques et de microprocesseurs. La crise de l’énergie s’accompagne d’une crise industrielle et agricole de longue durée, puisqu’il faudra plusieurs années pour que les pays du Golfe remettent en service les sites touchés par les bombardements iraniens. Plusieurs pays d’Asie sont déjà gravement affectés par la hausse du prix des carburants et des engrais, et nous ne tarderons pas à subir les conséquences de leurs difficultés, par exemple dans le domaine du tourisme.
Cette crise industrielle et agricole est en train de se développer dans un monde qui subit les effets du changement climatique, les bouleversements liés à la démondialisation, les premiers ravages de l’Intelligence artificielle – et qui vit sous la menace d’une crise financière globale. S’ajoutent les incertitudes liées à l’évolution de la guerre d’Ukraine et aux déconvenues des Etats-Unis et d’Israël face à l’Iran. La multiplication des facteurs critiques est d’autant plus angoissante que la classe dirigeante censée relever les nouveaux “défis” est constituée par des gens qui se sont trompés depuis des décennies. Ceux qui ont célébré la logique vertueuse qui mène des profits aux investissements et aux emplois, la “mondialisation heureuse”, la “Chine, atelier du monde”, le déclin industriel au profit de la “société de services”, la convergence des économies par l’euro, la “solidarité atlantique” comme horizon indépassable et l’américanisation technologique sont incapables de nous guider sur des chemins périlleux.
Pourtant, nous ne sommes pas désarmés.
Nous disposons de formidables capacités d’analyse, qui sont élaborées par les institutions internationales et nationales et par maints centres de recherches privés. Les gouvernements peuvent s’appuyer sur leur réseau diplomatique et sur l’expérience de ceux qui sont directement en charge de la production.
Nous disposons, en France et en Europe, de fortes capacités de réflexion critique sur les crises en cours. Les chercheurs hétérodoxes sont marginalisés ou exclus des grands médias publics et privés où règne un conformisme résolument néolibéral mais leurs rapports et leurs ouvrages sont disponibles et immédiatement exploitables.
Nous savons que les Etats nationaux ont une capacité de réaction beaucoup plus rapide que l’Union européenne. Engoncée dans ses normes bureaucratiques, dépendante des groupes de pression industriels et financiers, résolue à persévérer dans un néolibéralisme qui favorise ces derniers, la Commission européenne est le dernier lieu où l’on peut concevoir et mettre en œuvre des politiques de crise.
Dans notre pays comme chez nos voisins, des gouvernements résolus à agir devraient pouvoir s’appuyer sur de larges fractions de la population. Ceci à deux conditions : étendre la protection sociale au lieu de la réduire ; faire participer les travailleurs à la gestion des entreprises publiques et privées.
Les échanges de slogans qui ponctuent la pré-campagne présidentielle viennent souligner, une fois de plus, l’inertie profonde du milieu dirigeant sous son agitation de surface. La première cause de cette impuissance bavarde tient aux “solutions” néolibérales qui ont soulevé une telle masse de problèmes qu’il n’est plus possible de les résoudre par des réformes ponctuelles : par exemple, il n’est pas possible de réindustrialiser dans un système ultra-concurrentiel.
Jusqu’à présent, l’oligarchie a cherché à gagner du temps en compensant les dégâts du néolibéralisme par l’octroi d’aides massives aux entreprises et par le versement de compléments de salaires – mais au prix d’un endettement considérable et d’un déficit budgétaire qui n’est pas supportable. Or les Français ont vu le prix du gaz augmenter de plus de 15% le 1er mai et on nous annonce une inflation de 4%. Ceci dans un pays où la précarité alimentaire est devenue endémique. Nous verrons donc l’Etat consentir de nouvelles aides, pour répondre à des pressions directes ou par crainte d’une révolte – mais en creusant les déficits et sans apporter la moindre réponse de fond.
L’année électorale qui s’ouvre va être, comme les précédentes, celle de l’attente paralysante. Des élites inertes distribuant des promesses et quelques subsides peuvent-elles étouffer ou différer les effets violents des mutations technologiques et des conflits armés ? Ce serait un miracle… qui laisserait les vainqueurs de l’an prochain au fond des mêmes impasses.
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Editorial du numéro 1323 de « Royaliste » – 4 mai 2026
On ne peut qu'être entièrement d'accord avec cet éditorial. Mais il s'agit d'un vœu pieux, inutile de se faire des…
"Nous l’avons déjà dit : le Rassemblement national est en train de devenir le grand parti de la droite française.…
Décidemment, en pleine forme Bertrand ! Entièrement d'accord avec tous ces propos. Pour avoir bien connu l'extrême droite (ou prétendue…
On ne peut évidemment que souscrire aux propos de cet excellent éditorial. Mais il faut aussi mettre l'accent que le…
A mon avis la solution à la pénurie énergétique est le nucléaire et plus précisément la FUSION nucléaire dont les…