Il ne suffit pas de voler de capitale en capitale pour prendre de la hauteur.  De Charm el-Cheikh à Bali, puis à Bangkok, Emmanuel Macron a donné comme à son habitude le consternant spectacle de l’irréflexion arrogante.

A la COP 27, il s’est vanté d’avoir “engagé beaucoup d’argent” dans la lutte contre le réchauffement climatique et disserté sur les radicalités écologiques sans bien sûr s’interroger sur les responsabilités du capitalisme financier.

Au sommet du G20, il a prétendu indiquer à la direction chinoise quel était “l’intérêt de la Chine” dans les relations internationales, comme s’il pouvait fixer le rôle de chacun. Mieux vaudrait qu’Emmanuel Macron précise les intérêts et le jeu de la France, alors que dans son discours de Toulon du 9 novembre, il a tout à la fois exalté l’Otan et notre “puissance indépendante, respectée, agile”.

Au sommet de l’APEC en Thaïlande, il s’est d’abord occupé de l’affaire du l’Ocean Viking. Après avoir donné l’autorisation d’accostage au bateau convoyant des migrants, l’Elysée a été obligé de reconnaître, après la fuite d’enfants mineurs, une évidente perte du contrôle de la situation.

Tandis qu’Emmanuel Macron brasse de l’air en s’occupant de mille détails et d’abord de sa communication, le gouvernement remplit les tâches ordinaires de destruction de la protection sociale. La réforme de l’assurance-chômage est votée. Elle va se traduire par une forte baisse des indemnités pour un million de personnes et fait désormais dépendre l’indemnisation du chômage de la conjoncture économique et non plus des salaires reçus. La nouvelle réforme des retraites est en préparation. Elle vise à faire des économies qui ne se justifient pas, pour répondre aux injonctions du chancelier allemand et de la Commission.

C’est aussi pour faire des économies qu’on annonce la réduction de plusieurs programmes majeurs d’équipement militaire – alors qu’Emmanuel Macron avait insisté à Toulon sur “le risque de guerre de haute intensité entre Etats”. Certes, d’autres déclarations présidentielles  peuvent paraître rassurantes, mais quel Macron croire, et à quel moment ?

Le doute et l’angoisse se répandent d’autant plus vite dans notre pays que chacun constate l’abîme qui sépare les intentions affichées et les situations concrètes. Il y eut les grandes promesses sur l’hôpital public et voici la sinistre réalité de l’épidémie annuelle, donc prévisible, de bronchiolite à laquelle doivent faire face des services hospitaliers plus que jamais débordés. Il y eut de beaux discours sur la reconquête de la souveraineté pharmaceutique mais la délivrance du paracétamol est rationnée dans les pharmacies. Les coupures de courant annoncées pour janvier prochain viennent souligner l’ampleur des erreurs stratégiques commises par la gouvernance oligarchique – qui persévère en préparant sans le dire le démantèlement d’EDF…

Les dirigeants de l’Union européenne subissent les bouleversements du monde avec une résignation proche du fatalisme. Nous avons appris par La Tribune que la Banque centrale européenne avait demandé aux banques de se préparer au pire et lançait un appel à la prudence avant d’engager un “dialogue” avec les financiers. La nervosité des superviseurs s’explique, nous dit-on, par la “remontée du risque de crédit”. Nous aurons à analyser ce risque mais, même s’il n’est pas facile de comprendre ce qui se passe, on se demande si la nervosité évoquée ne ressemblerait pas à celle de véliplanchistes voyant arriver un tsunami. Comme Le Figaro nous a appris par ailleurs que l’Union européenne – toujours incapable de se mettre d’accord sur le prix du gaz – est “désarmée face au protectionnisme européen”, on s’aperçoit que l’ampleur du désarroi des élites bruxelloises est proportionnelle à l’inertie dont elles font preuve.

Après les élections législatives, nous espérions que les groupes d’opposition éclaireraient le débat public par des critiques argumentées et des propositions riches de sens. Or les formations populistes de gauche et de droite soignent leurs postures et campent sur leurs positions, sans écho significatif dans l’opinion publique. Les divertissements et diversions orchestrés par les grands médias télévisés contribuent à cette atonie – y compris les émissions de Cyril Hanouna, création conjointe du capitalisme financier et de la complaisance politicienne.

A Paris comme à Bruxelles, les élites du pouvoir et des affaires ont cru que les classes moyennes et populaires pourraient tout supporter, parce qu’elles  n’avaient pas d’autre choix politique qu’un populisme facile à contrôler, pas d’autre choix existentiel qu’un travail tantôt précaire, tantôt stable mais usant et toujours mal payé, assorti d’une protection sociale en peau de chagrin. Au sortir de la pandémie, le mouvement de la Grande Démission aurait dû alerter les milieux dirigeants. Le manque de personnel dans de nombreux services ; les menaces de pénuries qui s’ajoutent aux privations provoquées par l’inflation créent une angoisse générale aggravée par les images de la guerre en Ukraine. Elle conduira à des phases alternées de repli sur soi et de violences tant qu’une issue politique d’ensemble ne sera pas trouvée.

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Editorial du numéro 1244 de « Royaliste » – 20 novembre 2022